‹ Le cartésianisme; ou, La véritable rénovation des sciences. Ouvrage couronné par l'Institut. Suivi de la Théorie de la substance et de celle de l'infiniChapitre 85 sur 230 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

forme, se vide par son équateur, il doit y rentrer d'autre premier élément par ses pôles, car cette étoile ne se peut vider d*un côté qu'elle ne se remplisse de Pautre, puisqu'il n'y a point de vide dans le monde. Mais comme il peut y avoir une infinité de causes qui peuvent empêcher qu'il n'entre beaucoup du premier élément dans cette étdle dont nous parlons, il est nécessaire que les parties du premier élément qui sont obligées de s'y arrêter, s'accommodent pour se mouvoir dans un même sens. C'est ce qui fait qu'elles s'attachent et se lient les unes aux autres et qu'elles forment des taches qui, s'épaississant en croûte, couvrent peu à peu ce centre et font du plus subtil et du plus agité de tous les corps une matière solide et grossière. C'est cette matière que Descartes appelle le troisième élément^ et il faut remarquer que comme elle est engendrée du premier, dont les figures sont infinies, elle • doit être revêtue d'une infinité de formes différentes.

Dans le Monde ou la lumière, ouvrage publié avec le Discours sur la méthode en 16S7, et par conséquent avant les Principes , où il assigne k son troisième élément Torigine qui vient d'être indiquée par Malebranche, Descartes dérive ce troisième élément de l'agrégation des parties primitives de l'étendue. Il suppose que parmi les parties résultant de la division originelle de retendue, celles qui n'ont p oint eu leurs angles brisés se sont agrégées et ont formé ce troisième élément. Régis et Rohanlt suivent la même hypothèse (1). Mais la véritable opinion

(l) Syit. de phiL Phyt,, liv. II, part, ii, chap. vi.— frdlé de Physiquet part h cbap. XXI, art. 7.

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de Deacartes doit être celle des Principeâ^ composés alors que ses idées étaient définitivement arrêtées.

Revenons. Cette étoile ainsi couverte de taches et de croûtes n*a plus la force de soutenir et de défendre son tourbillon contre T effort continuel de ceux qui TentourenU Ce tourbillon diminue donc peu à peu. La matière qui le compose se répand de toutes parts ; et le plus fort des tourbillons d'alentour en entraîne la plus grande partie, et enveloppe enfin T étoile opaque qui en est le centre. Cette étoile se trouvant tout entourée de la matière de ce grand tourbillon ^ elle y nage en conservant, avec quelque peu de la matière de son tourbillon, le mouvement circulaire qu'elle avait auparavant, et elle y prend enfin une situation qui la met en équilibre avec un égal volume de la matière dans laquelle elle nage. Yoilà une planète. Si elle a peu de solidité et de grandeur, elle descend fort proche du centre du tourbillon qui Ta enveloppée, parce qu'ayant peu de force pour continuer son mouvement en ligne droite, elle doit se placer dans l'endroit de ce tourbillon, où un égal volume du second élément a autant de force qu'elle pour s'éloigner du centre; car elle ne peut être en équilibre qu'en cet endroit. Si cette planète est plus grande et plus solide, elle doit se mettre en équilibre dans un lieu plus éloigné du centre du tourbillon. Et enfin, s'il n'y a dans le tourbillon aucun lieu où un égal volume de la matière ait autant de solidité que cette planète, et par conséquent autant de force pour continuer son mouvement en ligne droite^ à cause que cette planète sera peut-être fort grande et

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couverte de taches fort solides et fort épaisses, elle ne pourra s'arrêter dans ce tourbillon, puisqu'elle ne pourra s'y mettre en équilibre avec la matière qui le compose. Cette planète passera donc dans les autres tourbillons , et si elle n'y trouve point son équilibre, elle ne s*y arrêtera point aussi. Telles sont les comètes. Si Ton pense maintenant qu'un seul tourbillon, par sa grandeur, par sa force, et par sa situation avantageuse, peut miner peu & peu, envelopper et entraîner plusieurs tourbillons, et des tourbillons même qui en auraient surmonté quelques autres^ il sera nécessaire que les planètes qui se seront faites dans les centres de ces tourbillons, étant entrées dans le grand qui les aura vaincues, s'y mettent en équilibre avec un égal volume de la matière dans laquelle elles nagent. De sorte que si ces planètes sont inégales en solidité^ elles seront à des distances inégales du centre du tourbillon dans lequel elles nageront. Et s'il se trouve qu'une planète entraîne dans son petit tourbillon une ou plusieurs autres plus petites planètes qu'elle aura vaincues, alors ces petites planètes, ou satellites, tourneront autour de la plus grande, tandis que la plus grande tournera sur son centre, et toutes seront emportées par le mouvement du grand tourbillon.

Yoilà^ dit Malebranche, ce qu'avec Descartes on peut déduire de l'idée de l'étendue et du mouvement dans la formation des corps célestes. Et lorsqu'on examine les phénomènes, savoir les révolutions elliptiques des planètes et des satellites, leur rotation et celle du soleil, leurs distances, leurs volumes, d'autant plus grands

qu'ils sont plus éloignés, les comètes errantes^ les étoiles, qui gardent les mêmes positions et luisent comme de petits soleils, parce qu'elles sont les centres de tourbillons pareils au tourbillon du soleil qui nous éclaire, quelques-unes cependant diminuent et disparaissent entièrement, parce qu'il s'y forme des taches et des croûtes, tandis que d'autres paraissent toutes nouvelles, augmentant beaucoup d'éclat et de grandeur, parce qu'il s'y efface des croûtes et des taches; lorsque nous observons, dis-je, ces phénomènes, nous sommes comme surpris de voir qu'ils s'accommodent assez bien avec ce qui vient d'être découvert par l'esprit, en considérant les rapports les plus simples et les plus naturels qui se trouvent entre les parties et les mouvements de Tétradue(l).

Pour trouver cet accord, il faut, comme Malebrancbe, ne considérer que quelques effets en gros. L'ellipticité même ne peut venir de la pression des tourbillons, puisque les planètes qui se meuvent le plus près du Soleil et qui devraient la subir le moins, comme Mercure, ont en général les orbites les plus allongées et dans des sens différents ; puisque encore la vitesse devrait s'accélérer à l'endroit de la pression, c'est-à-dire sur les côtés de Tellipse, tandis que c'est au sommet périhélie. L'excentricité d'ailleurs est impossible; la matière d'un tourbillon ne peut avoir son centre qu'au centre de ce tourbillon. A supposer donc qu'il se produisît un mouvement

(1) Bech, de la Vérité, Hv. VI, part. «•, ch, iv.

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