‹ Le cartilage primordial et son ossification dans le crâne humain avant la naissanceChapitre 23 sur 30 · PARTIE PIERREUSE · texte numérisé non relu

PARTIE PIERREUSE

La partie pierreuse n’est pas une partie particulière (Schaltstück) qui serait enfoncée dans le cartilage primordial du crâne. Elle forme une masse cohérente avec le reste du cartilage, comme on l’observe le mieux chez de très jeunes fœtus de .deux mois et au-dessous. Elle fait suite a.u cartilage qui contribue à la formation de la partie externe de l’anneau cartilagineux qui entoure le trou occipital, et n’est reconnaissable que par l’orifice rond du conduit auditif interne et par le trou déchiré, qui se montre comme une fente entre la partie pierreuse et la partie basilaire. Chez les fœtus âgés d’un peu plus de deux mois, le canal demi-circulaire supérieur saille et est muni sous l’arc d’une fossette, remplie d’une masse fibreuse (fossa subarcuata v. Troltsch1). Chez les fœtus du même âge, on voit en outre à la surface inférieure deux éminences très planes d’une longueur de 3mm pour le limaçon, séparées par une pièce cartilagineuse intermédiaire. Chez les fœtus de deux mois et demi, la partie pierreuse forme à sa surface supérieure un renflement qui est plus mince en avant, plus gros en arrière, avec un grand orifice pour le conduit auditif interne, où on peut déjà distinguer une cloison; en même temps des compartiments se forment à l’intérieur du limaçon. La fenêtre ronde apparaît comme une fossette tournée en bas et en arrière. Chez les fœtus de trois mois les deux fenêtres sont distinctes; les parois du limaçon ne contiennent que de petites cellules cartilagineuses; le canal demi-circulaire supérieur est plus saillant. La fossa ' subarcuata a la même grandeur que l’orifice du conduit auditif interne, et, chez les fœtus de trois mois et demi, on remarque aussi une excavation cartilagineuse derrière elle. Toute la partie pierreuse s’agrandit beaucoup chez les fœtus de quatre mois; son extrémité antérieure en forme de massue est, à sa face supérieure, fixée au bord latéral de la partie basilaire par un revêtement fibreux du cartilage; plus en arrière, elle en est séparée par le trou déchiré, qui a la forme d’une fente. En arrière, la partie est plus large, le canal demi-circulaire supérieur s’élevant davantage; la branche supérieure externe est presque deux fois plus grosse que l’inférieure interne; derrière le canal on trouve dans le cartilage une ouverture pour un vaisseau. En arrière, le cartilage passe dans la partie occipito-mastoïdienne, en dedans et en avant de l’apophyse mastoïde. Le limaçon a pris la forme d’une bouteille, tournée

1 A. Kolliker (Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 741) mentionne ses observations sur le contenu de la fosse, qui ne sont pas d’accord avec celles de M. v. Troltsch. J'ai toujours trouvé le fond rempli de cartilage; plus tard il y a dans le cartilage des ouvertures que je ne considère que comme des trous pour des vaisseaux.

en dedans et en avant, et la fenêtre ovale est séparée par une crête de la fenêtre ronde, qui est tournée tout à fait en bas. Chez les fœtus de quatre mois et demi, un cône cartilagineux apparaît au fond de la fossa subarcuata; sur sa face postérieure il y a une dépression.

L’ossification commence chez les fœtus de cinq mois; le bord supérieur de l'orifice auditif interne devient d’abord blanchâtre et puis s’ossifie; l’ossification s’étend graduellement jusqu’au canal demi-circulaire supérieur et de là en dehors dans une lisière cartilagineuse, qui se trouve au bord externe de la partie pierreuse et forme la portion postérieure de la voûte de la caisse du tympan. Le canal lui-même est d’abord seulement blanchâtre; c’est pourquoi il s’ossifie un peu plus tard que les canaux demi-circulaires inférieur et externe, dont nous avons mentionné plus haut l’ossification chez les fœtus de cinq mois, en traitant de la partie mastoïdienne. En même temps le limaçon aussi commence à s’ossifier; son cartilage est déjà, chez les fœtus de quatre mois et demi, plus dur que celui du canal demi-circulaire supérieur. Il se forme, chez les fœtus de cinq mois, au tiers postérieur du limaçon, une coque osseuse qui entoure la fenêtre ronde et atteint derrière elle sa plus grande épaisseur; de là, avec une limite bien marquée, elle gagne l'apophyse mastoïde cartilagineuse. Autour de la fenêtre ovale il n’y a qu’une coque mince et effilée, qui avec une lame mince s’étend au dedans de la fenêtre ; en haut la coque forme une fossette osseuse où est logée la portion supérieure des osselets de l’ouïe. Les deux tiers externes du limaçon en forme de bouteille sont encore cartilagineux. La fossa subarcuata, dans laquelle se trouve une pyramide cartilagineuse munie de plusieurs petites ouvertures, se remplit peu à peu, la masse fibreuse qui la ferme avançant en dehors, et en même temps la dépression de sa’ face postérieure devient plus plane.

On voit par ce qui précède que l’ossification de la partie pierreuse se fait assez vite, une fois qu’elle a commencé. Or, on trouve, chez les grands fœtus de cinq mois et chez ceux de cinq mois et demi, que toute la portion antérieure de la partie pierreuse est ossifiée à partir du canal demi-circulaire supérieur, qui est muni d’une lamelle mince, à savoir les trois canaux demi-circulaires, les alentours du conduit auditif interne dont la grandeur a diminué, la portion postérieure de la lisière cartilagineuse à la face externe de la partie pierreuse, mais qui n’est pas encore soudée à la partie écailleuse, enfin les alentours de l’hiatus de Fallope, de la fenêtre ovale et de la ronde, ces dernières sur une grande étendue. En même temps le limaçon, qui a bien conservé sa forme de bouteille, a commencé à devenir rugueux et inégal à sa face inférieure, par suite d’un revêtement osseux d’origine intermembraneuse; c’est pourquoi le périoste ne peut plus en être détaché qu’avec difficulté. Autant que j’ai pu en juger à l’aide

d’une aiguille, toutes les parties de l’oreille interne étaient aussi ossifiées. Au contraire, il y a encore du cartilage dans la fossa subarcuata sous forme d’une pyramide plane avec diverses petites ouvertures, et le cartilage s’étend de là jusqu’aux apophyses cartilagineuses pétroso - pariétale et pétroso- occipitale dont il sera fait mention plus bas; la partie pierreuse est en outre faiblement reliée par un cartilage au bord latéral de la partie basilaire, et est couverte d’une masse fibreuse épaisse.

Chez un fœtus de six mois et demi, l'ossification commençait à rayonner en haut derrière le canal demi-circulaire supérieur, et chez un fœtus de sept mois, le fond de la fossa subarcuata était ossifié en partie, et le reste de sa cavité rempli d’une masse fibreuse; on peut pourtant encore trouver du cartilage chez des fœtus plus âgés. Le limaçon conserve encore sa forme de bouteille, mais sa surface est rugueuse et anguleuse, et les éminences étaient encore plus fortement développées chez un fœtus de sept mois et demi. L’ossification plane que forment conjointement les canaux demi-circulaires inférieur et externe à la face externe de la partie mastoïdienne, se prolongeait en dehors et en avant dans la lisière ossifiée à la face externe de la partie pierreuse. C’est cette lisière qui, nous l’avons déjà dit, forme la portion postérieure de la voûte de la caisse du tympan; la portion antérieure de la voûte, au contraire, ne se forme pas dans le cartilage primordial mais entre des membranes comme la partie écailleuse voisine.1 Du reste la partie écailleuse, chez un fœtus de huit mois, n’était pas encore soudée à la lisière ossifiée ou à la portion membraneuse qui se trouve devant celle-ci.

Pour les rapports de quelques portions spéciales de la partie pierreuse, je communiquerai quelques observations. La fenêtre ovale, qui au commencement forme une seule pièce avec l’étrier, sera décrite plus tard avec les osselets de l’ouïe.

Fenêtre ronde. La première trace de cette fenêtre se montre chez les fœtus de deux mois comme une fossette dans une petite élévation ; le fond de la fossette est

1 H, Spôndli (Primordialschàdel 1846, Pag. 25, Fig. 8, Nr. 19), qui transfère la lisière cartilagineuse au cartilage occipital, mais pourtant dit qu’elle est «unzertrennlich mit dem knorpligen Felsentheile verbunden», lui fait gagner l’endroit où plus tard la racine de l’apophyse zygomatique part du temporal, seulement séparée de l’épine du sphénoïde par un intervalle peu considérable. Mais A. 1. Vrolik (die Verknocherung des Schlàfenbeins der Sàugethiere; Niederlandisches Archiv fiir Zoologie 1871 — 1873, 1, Pag. 290, PI. 21, Fig. 44) représente correctement l’étendue de la portion cartilagineuse de la voûte de la caisse du tympan chez des fœtus humains de 12 et 15cm de longueur, et remarque que Kôlliker (Entwicklungsgeschichte 1861, Pag. 196, Fig. 87, o) en prolonge à tort le cartilage jusqu’à la grande aile. Le dessin en est reproduit dans son Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 435, Fig. 266, o, Pag. 450, Fig. 278, o, «Knorpelstreifen zwischen der Parietalplatte und dem Keilbeine.» J. Gruber (zur Entwicklungsgeschichte des Hôrorganes der Sàugethiere und des Menschen; Monatsschrift fiir Ohrenheilkunde 1878, Pag. 54) dit seulement, que la portion de la voûte de la caisse du tympan, formée de la portion horizontale de l’écaille temporale, naît d'une autre substance fondamentale que le reste de la caisse du tympan.

plan et opaque; elle est tournée en bas et en arrière chez les fœtus de deux mois et demi. Chez ceux de trois mois la fenêtre ronde est complètement formée, mais même chez les fœtus de quatre mois les limites n’en sont pas si bien marquées que chez l’adulte. L’ossification apparaît dans toute son étendue chez les fœtus de cinq mois, peut-être plus tard en bas. L’ossification suivante a déjà été mentionnée plus haut. M. Kolliker1 dit que la fenêtre ronde «lange Zeit hindurch eine von mâchtigen Weichtheilen erfiillte Lücke der knorpeligen Schnecke darstellt», et pense que cette partie ne contient pas de cartilage au commencement. Je ne suis pas d’accord avec lui à cet égard; car chez les fœtus de moins de deux mois il n’y a pas trace d’ouverture, et quand la fenêtre apparaît comme une fossette, la membrane qui en forme le fond est opaque et offre le même aspect que le reste du cartilage. Je suis donc de l’avis qu’il y a du cartilage dès l’origine, mais que celui-ci disparaît successivement, et il ne reste alors qu'une membrane transparente.

L’ouverture de l’aqueduc du vestibule est distincte chez les fœtus de deux mois et demi, et forme dans le cartilage une petite fente verticale qui au commencement est couverte d’une sorte de soupape cartilagineuse ; celle-ci peut plus tard devenir ridée ou offrir quelques petites éminences sous lesquelles une petite surface plane conduit à l'ouverture. Elle s’ossifie chez les fœtus de cinq mois, et semble reculer un peu pendant la croissance.

Aqueduc de Fallope. L’hiatus de cet aqueduc, chez les fœtus de deux mois et demi, se présente comme une ouverture ovale et relativement grande à la face supérieure (externe) du cartilage, qu’il pénètre verticalement; l’ouverture conserve sa grandeur et n’est réduite que par l'ossification qui survient chez les fœtus de cinq mois, après quoi il se forme devant elle un sillon dans l’os. Sa grandeur était encore plus amoindrie chez un fœtus de sept mois. Le canal est relativement beaucoup plus court que chez l'adulte. La prominentia canalis Fallopii, sur la paroi interne de la caisse du tympan, est visible chez les fœtus de deux mois et demi, et s’ossifie chez les fœtus de cinq -mois; bien que, chez un fœtus de sept mois, elle fût entourée d’une coque osseuse, sa surface interne était revêtue de cartilage; cette masse cartilagineuse séparait le canal des canaux demi-circulaires inférieur et externe. M. Vrolik2 pense que le passage du nerf facial chez les fœtus de très bonne heure se fait hors du crâne, de l’hiatus jusqu'au trou stylo-mastoïdien,

1 A. Kolliker, Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 734, 751.

2 A. I. Vrolik, Niederlandisches Archiv 1871 — 1873, Pag. 306. C. Gegenbaur (Bemerkungen über den Canalis Fallopii; Gegenbaur, Morphologisches Jahrbuch 1876, 2, Pag. 435) à l’occasion d’une observation semblable par Rüdinger. Cfr. A. Kolliker, Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 740.

parce que le canal ne serait pas préformé comme cartilage mais seulement représenté par une rainure dans le cartilage. Il faut cependant remarquer que la prominentia, comme nous l'avons dit, est distincte déjà chez les fœtus de deux mois et demi, et j’ai trouvé du cartilage à sa face interne chez un fœtus de sept mois. J’ai examiné plus tard un fœtus de quatre mois et demi, chez lequel il y avait un petit trou rond stylo-mastoïdien dont l’ouverture était complètement enfoncée dans le cartilage devant la petite apophyse mastoïde, et en ouvrant tout l’aqueduc de Fallope à partir du trou stylo-mastoïdien, j’ai observé que les parois en étaient partout entourées de cartilage jusqu’à l’hiatus; la paroi externe de l’aqueduc dans la prominentia avait même une épaisseur assez considérable.

Canal carotidien. Il apparaît chez les fœtus de cinq mois et demi comme une rainure à la face inférieure et antérieure du limaçon. Il était parfaitement ossifié chez un fœtus de sept mois, mais sa paroi externe ne semble pas être formée dans le cartilage primordial et peut faire défaut chez des fœtus plus âgés.

L’orifice inférieur de l’aqueduc du limaçon était distinct chez un fœtus de quatre mois et demi. Exactement derrière l’orifice j’ai trouvé, chez un fœtus de cinq mois, une ossification intermembraneuse dans la paroi externe du trou déchiré postérieur.

L’apophyse styloïde est une continuation immédiate du cartilage de la branche supérieure de l’enclume. 1 Cela est visible chez les fœtus de deux mois, mais déjà chez les fœtus un peu plus âgés il se dégage facilement de l’enclume. La transition entre ces parties se fait par une colonne cartilagineuse du côté externe et postérieur du cartilage de la caisse du tympan (probablement l’efninentia papillaris qui s’ossifie plus tard), où on discerne une fine ligne transversale blanche entre la branche supérieure et la colonne cartilagineuse (PL i , Fig. 6, a) ; cette ligne se montre aussi chez les fœtus de trois mois. Au commencement, il n’y a pas de différence entre l’aspect du cartilage dans la branche supérieure et dans la colonne cartilagineuse, mais elle peut se présenter plus tard. Chez les fœtus de deux mois et demi, on peut isoler l’apophyse styloïde sur une longueur de 5mm; en sortant du crâne, elle forme un angle droit et passe comme une corde sur le tiers inférieur du conduit auditif externe, qui repose sur la membrane du tympan. Elle garde encore le même cours chez les fœtus de quatre mois, et la corde à travers la membrane du tympan a une longueur de 6mm. Chez les fœtus de cinq mois elle est composée de deux pièces réunies à angle droit

1 Pour le cartilage de Reichert, ainsi appelé par Kôlliker, voyez son Entwicklungsgeschichte 1879, Pag- 475—477-

(PI. i, Fig. 14); la pièce supérieure plane part de la partie pierreuse droit en dedans, et le cartilage est clair et mou; la pièce inférieure, plus longue, ferme, arrondie et pointue en bas descend obliquement sur la face externe du conduit auditif externe, est dirigée en avant, en dedans et un peu en haut, et forme, comme le fait aussi la membrane du tympan, un angle de 30 0 avec le plan horizontal du crâne. La forme rectangulaire s’observe chez des fœtus plus âgés, mais le segment que coupe la corde s’amoindrit, de manière que celle-ci, chez un fœtus de six mois et demi, ne coupait que le quart inférieur de la membrane du tympan et du conduit auditif externe. La corde descend graduellement, et, chez les fœtus de sept mois et demi et de huit mois, l’apophyse styloïde longeait le bord inférieur du cercle du tympan. Ce déplacement du cours de l'apophyse styloïde est en rapport avec la rotation de toute la partie pierreuse, dont je parlerai en détail plus bas. Je n’ai pas observé d’ossi-

fication de l’apophyse styloïde avant la naissance; sa forme originelle rectangulaire est à peine sensible sur le crâne de l’adulte; la pièce supérieure plane s’arrondit graduellement.

Synchondrose pierreuse-basilaire. La connexion entre l’extrémité antérieure de la partie pierreuse et la partie basilaire avec la selle turcique est cartilagineuse. Tandis qu’on ne peut saisir la transition entre ces deux parties chez les très jeunes fœtus, la limite entre elles est marquée, chez les fœtus de trois mois, par un sillon sur la face supérieure; il s’approfondit graduellement et, chez les fœtus de quatre mois, est revêtu de tissu fibreux, le cartilage s’affaiblissant en même temps. La couverture fibreuse devient plus forte avec l’âge, mais la connexion cartilagineuse reste comme un pont cartilagineux et se voit encore vers la naissance; la bandelette cartilagineuse appartient surtout à la partie basilaire et à la selle turcique.

Apophyses pétroso - pariétale et pétroso - occipitale. De l’extrémité postérieure de la partie pierreuse s’élève, derrière le canal demi-circulaire supérieur, un prolongement cartilagineux qui, chez d’autres mammifères, a une étendue beaucoup plus grande et a reçu de M. Spondli 1 le nom de lamina parietalis. Chez l’homme on

1 H. Spondli, Primordialschâdel 1846, Pag. 17, chez le cochon et la souris. W. K. Parker, on the structure and development of the skull in the pig (Sus scropha); Philosophical transactions 1874, 164, Pag. 289, PI. 28 — 37. F. B. Hagen (Monatsbericht 1879, Pag. 265) donne à l’apophyse pétroso-occipitale le nom de pariétale-occipitale, ce qui est moins correct, le cartilage partant de la partie pierreuse. Le meme auteur décrit un arc pariétal-occipital dans la région de la future suture lambdoïde; mais cet arc n’a sans doute été qu’une variété, la ligne demi-circulaire supérieure ayant passé plus haut, ou la portion supérieure de l’écaille ayant été moins haute qu’à l’ordinaire; l’arc disparaît selon lui dans la iôème ou iyéme semaine, quelquefois dans la ^ème; jl a observé des granules calcaires, mais il n’y avait pas d’ossification.

observe une petite masse cartilagineuse, plane et triangulaire que j’ai appelée apophyse pétroso-pariétale. Elle s’applique en haut sur la face interne de la fontanelle latérale postérieure, l’endroit où plus tard se forme l’angle postérieur et inférieur du pariétal, mais ne participe en rien à la formation de cet os. Elle est relativement plus grande chez les petits foetus que chez de plus âgés. Chez les fœtus un peu plus grands de deux mois et demi, on voit que son bord antérieur se prolonge directement dans la lisière cartilagineuse de la face externe de la partie pierreuse, qui se réunit à la face interne de la partie écailleuse du temporal. Sa forme et sa grandeur varient beaucoup même aux deux côtés du même crâne. Sa partie postérieure donne en outre ordinairement naissance à une apophyse cartilagineuse triangulaire, l’apophyse pétroso-occipitale, qui s’applique sur la face interne de la fissure entre les portions supérieure et inférieure de la partie écailleuse de l’occipital, et vraisemblablement prend part à l’ossification qui se fait" entre elles. On peut rencontrer, dans le cartilage, des vestiges de la gouttière latérale, mais cette apophyse n’existe pas toujours ou est rudimentaire. Déjà, chez les fœtus de quatre mois et demi , ces deux apophyses diminuent de grandeur , et chez un fœtus de huit mois, il n’en restait que de faibles traces. Par cette raison, elles appartiennent à ces parties du cartilage primordial qui disparaissent avant la naissance.

Une rotation particulière de toute la partie pierreuse accompagne la croissance du fœtus. C’est un fait bien connu que la membrane du tympan chez le fœtus occupe une position presque horizontale, tandis qu’elle se rapproche chez l'adulte de la direction verticale; mais on n’a pas fait attention que le même phénomène se reproduit pour tous les organes de la partie pierreuse, et que le changement de direction qui se manifeste pendant la croissance pour la membrane du tympan, a également lieu pour tous les organes de la partie pierreuse et pour le cartilage dans sa totalité. Nous allons examiner cette question plus en détail.

Chez les fœtus de deux à trois mois, la membrane du tympan est presque horizontale, et on peut en trouver chez lesquels elle l’est complètement. Le conduit auditif externe qui embrasse le cercle du tympan avec la membrane y enchâssée, a une position horizontale correspondante. La paroi supérieure en est beaucoup plus courte que l’inférieure, parce que celle-ci s’étend plus loin en dedans. La paroi inférieure est en contact immédiat avec la membrane du tympan; elle est mince et transparente et ressemble tellement à la membrane du tympan qu’on peut s’y méprendre à première vue; lorsqu’on la coupe, il peut apparaître en haut une ouverture qui sans doute a dû être prise au moins" quelquefois pour une ouverture de la membrane du tympan

elle-même (foramen Rivini) 1 Sur la surface externe du conduit auditif repose l’apophyse styloïde, mais celle-ci, qui, chez l’adulte, a une direction oblique en avant et en bas, passe dans cet âge, comme nous 'l’avons décrit, sur le tiers inférieur du cercle du tympan et est dirigée en avant, en dedans et un peu en haut. Les osselets de l’ouïe situés en dedans de la membrane du tympan ont de même une position presque horizontale. Le marteau est placé à peu près exactement dans la ligne transversale et horizontale de la tête, et l’extrémité du manche, un peu en arrière et un peu plus bas que sa tête. L’enclume est située derrière le marteau, un peu en dedans et au-dessus de lui. L’étrier est tourné en dedans vers la ligne médiane du corps, et sa base, dans la fenêtre ovale, est tournée directement en haut et en arrière. La position relative de la fenêtre ovale et de la ronde n’est pas changée pendant la croissance, mais toutes deux sont tournées presque directement en bas, et la fenêtre ronde est placée très peu au dessous de l’ovale. La fenêtre ronde se trouve exactement en dedans de la portion interne (inférieure) du bord du cercle du tympan, et par suite les fenêtres rondes des deux côtés du corps sont situées l’une près de l’autre, séparées seulement par une pièce intermédiaire dont la largeur correspond à l’âge du fœtus. Tout le limaçon, qui est renfermé dans le renflement en forme de bouteille à la face inférieure du cartilage primordial, est tourné en bas, et les extrémités antérieures des limaçons des deux côtés convergent vers la ligne médiane du corps.

En regardant la surface supérieure de la partie pierreuse tournée vers le cerveau, nous trouvons des rapports correspondants; cela saute mieux aux yeux chez les fœtus un peu plus âgés, au-dessous de quatre mois. Le bord de la partie pierreuse, nommé chez l’adulte le postérieur ou l’interne, est chez le fœtus le supérieur. Sur la partie pierreuse, qui est cartilagineuse et arrondie, il n’est naturellement pas si proéminent, mais il est cependant assez distinct et divise la surface supérieure en deux portions: l une externe, marquée par le grand hiatus du canal de Fallope, mais qui chez l’adulte a sa place sur la face supérieure de la partie; l’autre interne avec l’orifice du conduit

1 A. Rambaud et C. Renauld (développement des os 1864, Pag. 13 1, PL 11, Fig. 12) décrivent et représentent, chez un fœtus de deux mois, le conduit auditif membraneux comme une membrane particulière, qui repose sur la membrane du tympan et en est séparée par un intervalle. Ils citent T. Kerckringius comme ayant fait cette découverte. Ce dernier la décrit très naïvement comme il suit (Spicelegium anatomicum 1670, Pag. 221): «Tympanum ejusque membranam maxime intererat hominis, utpote animalis disciplinas capacis, quæ auditu præcipue acquiritur, conservari. Quid facit artifex nostra (natura)? tenuissimæ tympani membranæ aliarn crassiusculam prætendit, quæ eam ab occurrentibus defendat incommodis, donec meatus auditorius corroboretur adversus occursantes injurias: crede id modo, Lector amice.» Plus tard on peut les séparer, et K. les a conservées ainsi, «quo fidem apud te inveniam.»

auditif interne, qui par conséquent est tourné en haut et un peu en dedans, tandis que l'orifice même, chez l’adulte, est tourné en arrière. Le canal demi-circulaire supérieur tourne l’ouverture de sa fossa subarcuata en haut et en dedans, tandis que, chez l’adulte, il garde une position presque verticale et oblique, tournant sa face antérieure en avant et en dedans. Les deux autres canaux sont plus cachés; le canal demicirculaire externe est pourtant chez le fœtus situé plus bas que l’inférieur, et le point d’ossification avec lequel il perce la partie mastoïdienne (Pag. 52), est placé un peu au-dessous du point d’ossification du canal demi-circulaire inférieur.

En comparant cette position des parties chez le fœtus avec celle qu’elles occupent dans le crâne de l’adulte, on trouve donc qu’une rotation doit avoir lieu autour de l’axe longitudinal de toute la partie pierreuse, depuis le canal demi-circulaire supérieur jusqu’à l’extrémité antérieure de cette partie, de manière que la face inférieure devienne l’externe, et la portion interne de la face supérieure, la postérieure. La

rotation embrasse un angle d’environ 45 °, mais elle est plus prononcée en avant qu’en arrière. La rotation est marquée chez les fœtus de cinq mois, chez lesquels la membrane du tympan fait un angle de 30°; elle fait encore le même angle chez les fœtus de cinq mois et demi. Mais, à partir de cette époque, qui coïncide avec l’apparition subite et les progrès de l’ossification, le changement dans la situation des parties est plus facile à reconnaître. Chez un fœtus de sept mois, la paroi inférieure du conduit auditif externe n’était pas collée à la membrane du tympan comme auparavant; chez

un fœtus de sept mois et demi, la membrane du tympan formait un angle de 40°; la

fenêtre ronde s’etait éloignée de la ligne médiane du corps; le canal demi-circulaire supérieur était tourné plus en avant et en dedans, et l’orifice du conduit auditif interne, plus en dedans (en arrière). En même temps l’apophyse styloïde descend du tiers

inférieur du cercle du tympan vers son bord inférieur (Pag. 58).

Il n’est pas facile d’expliquer la véritable cause de cette rotation. Quoique le

changement apporté dans la situation de la membrane du tympan en soit le résultat le plus saillant, on doit plutôt supposer que la cause en est cachée plus profondément dans l’oreille interne, et qu’elle détermine peut-être aussi un déplacement des parties cérébrales qui sont logées sur la partie pierreuse ou qui sont en rapport avec elle.

Les points d’ossification du temporal avant la naissance (l’apophyse styloïde, dont le cartilage est une continuation directe de la branche supérieure de l’enclume, ne s’ossifie qu’après la naissance) se comportent de la manière suivante:

Le cercle du tympan (deux mois et demi) et la partie écailleuse (trois mois) s’ossifient entre des membranes avant la partie mastoïdienne et la partie pierreuse

(cinq mois), qui s’ossifient dans le cartilage primordial. Dans la partie mastoïdienne, les canaux demi-circulaires inférieur et externe percent le cartilage (cinq mois) et présentent deux points d'ossification qui plus tard (sept mois) se soudent. La coloration blanchâtre que présentent à la fois de grandes portions de la partie pierreuse, indique qu’une pénétration universelle de masse calcaire a lieu. C’est pourquoi les points d’ossification ne sont pas, en général, si bien marqués ici que dans le reste du cartilage primordial, et l’ossification se fait assez subitement dans de plus grands espaces à la fois; il semble pourtant que les grandes ouvertures, le conduit auditif interne, la fenêtre ronde et l’ovale, peut-être aussi l’hiatus du canal de Fallope sont des points d’ossification principaux. Cette ossification rapide se rattache certainement à la circonstance que tout l’intérieur de la partie pierreuse est divisé en un grand nombre de cavités, toutes revêtues d’un périoste, de manière que l’ossification peut se faire du dehors comme du dedans, condition qui ne se trouve dans aucun autre os formé dans le cartilage primordial, au moins pas au même degré. M. Kolliker' a avec raison appelé l’attention sur cette circonstance, et montré qu’il y a, à côté de la calcification et de l’ossification enchondrale, des dépôts du périoste non seulement sur la face externe, mais aussi sur la face interne des cavités , et que même le tissu conjonctif renfermé dans ces cavités est soumis en partie à une ossification qui est en relation avec les formations périostéales. Du reste il faut supposer que le périoste pénètre non seulement par les dites grandes ouvertures, mais en général par chaque ouverture, surtout par les ouvertures pour les vaisseaux a.

1 A. Kolliker, Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 738.

2 Selon I. Cruveilhier (anatomie descriptive 1843, 1, Pag. 138), le temporal se développe par cinq points d’ossification: un pour la portion écailleuse, qui paraît le premier, un pour la portion pierreuse, qui s’étend de la base vers le sommet de la pyramide, un pour le cercle du tympan, un pour la portion mastoïdienne dans le cinquième mois, et un pour l’apophyse styloïde qui est le plus tardif. A. Rambaud et C. Renault (développement des os 1864, Pag. 132, Fig. 16, 17) indiquent au troisième mois deux lames osseuses partant du vestibule pour la formation du sommet et de la base du limaçon ; il y a des lames semblables pour la formation des trois canaux demi-circulaires. Au cinquième mois le limaçon et les canaux sont complètement ossifiés, à l’exception d’une ligne cartilagineuse à la face interne du canal demicirculaire supérieur (Pag. 136). Les canaux demi-circulaires inférieur et externe, qui, au quatrième mois, se montrent à travers l’apophyse mastoïde cartilagineuse (Pag. 136), se présentent au cinquième mois à sa surface comme des plaques ovales (Pag. 138, Fig. 11, g, g', Fig. 12); ces auteurs ont justement remarqué la lisière cartilagineuse ossifiée pour la formation de la voûte de la caisse du tympan (PI. il, Fig. 21, 22, t). T. H. Pluxley (éléments 1864, Pag. 147 — 156) s’en rapporte d’abord aux observations antérieures de Cassebohm, Meckel, Hallmann et Kolliker, et indique ensuite trois points d’ossification dans la partie pierreuse et la mastoïde en renvoyant à un dessin et une gravure, tous deux médiocres, de T. Kerckringius (Spicilegium anatomicum 1670, Pag. 222—224, Pag. 268, PI. 35, Fig. 3, Pag. 273, PI. 37, Fig. 2, Pag. 276, PI. 38, Fig. 2),

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