‹ Le cartilage primordial et son ossification dans le crâne humain avant la naissanceChapitre 24 sur 30 · OSSELETS DE L’OUÏE · texte numérisé non relu

OSSELETS DE L’OUÏE

La cavité du tympan est dans les premiers temps remplie d’une masse gélatineuse , qui entoure les osselets encore très mous et empêche de les isoler ; plus tard la masse devient plus membraneuse et est plus facile à écarter, mais la caisse du tympan en est encore remplie à la naissance. 1 Le cartilage primordial n’en constitue pas partout les parois. En dehors, la paroi est formée par la membrane tendue du tympan qui est d’abord épaisse et opaque, et plus tard devient plus mince. En haut, la paroi cartilagineuse n’est pas complète; la partie postérieure de la voûte de la caisse

à savoir: le prooticum, à l'extrémité externe du canal demi-circulaire supérieur, et de là à la voûte de la caisse du tympan et puis au canal demi-circulaire inférieur, l’opisthoticum, autour de la fenêtre ronde et de là en arrière, et l’épioticum, dans la partie mastoïdienne; mais la manière dont, d’après Kerckringius, il fait sortir l'ossification de trois points, ne s’accorde pas avec mes observations. Il n’a non plus remarqué que l’ossification autour de l’orifice du conduit auditif interne est indépendante et peut-être formée avant les autres. A. Kôlliker (Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 739) est persuadé que l’assertion de Huxley d’une formation de la partie pierreuse (et de l’apophyse mastoïde) par trois pièces, le prooticum, l’opisthoticum et l’épioticum, ne trouve jusqu’à présent aucun appui dans le développement du cartilage pierreux chez les mammifères. A. I. Vrolik (Niederlandisches Archiv 1871 — 1873, Pag. 290) a observé, chez un foetus de 17cm de longueur, le premier point d’ossification sur le premier tour du limaçon au-dessus de la fenêtre ronde; il s’étend plus tard sur le promontoire jusqu’à la fenêtre ovale. Un point d’ossification (PI. 22, Fig. 46, 2) prend ensuite naissance dans le pont entre le conduit auditif interne et l’hiatus du canal de Fallope, ce dernier ne formant pas encore un canal, mais seulement une fossette. Un troisième point se forme à l’intérieur du cartilage du sommet du limaçon, un quatrième à l’endroit où le canal demi-circulaire postérieur (inférieur) s’unit avec l’antérieur (supérieur) (PI. 22, Fig. 46, 4). Tous ces points d’ossification n’étaient que des dépôts calcaires et ne contenaient pas de corpuscules osseux. Plus tard, le second et le troisième point d’ossification se soudent à l’intérieur du cartilage, et des corpuscules osseux apparaissent. Chez un fœtus long de 1 6cm, tous les quatre points d’ossification étaient soudés. Chez un fœtus d’une longueur de 24cm (Pag. 296), il indique ensuite deux points d’ossification avec des corpuscules osseux dans la partie mastoïdienne, dont l’un du canal demi-circulaire externe, de sorte qu’il y a dans la partie pierreuse et la mastoïdienne en tout six points d’ossification, nombre qu’il craint (sans raison) devoir exciter de la surprise ou même de la méfiance. Les dits points d’ossification ne sont pas constants chez les mammifères. Ph. C. Sappey (anatomie descriptive 1876, I, Pag. 166) dit que le temporal se développe par quatre points d’ossification: un pour la portion écailleuse au commencement du troisième mois mais non précédé par un cartilage, un point vers la fin du quatrième mois qui est commun pour la portion mastoïdienne et le rocher, et d’abord produit le vestibule, puis le limaçon, les trois canaux demicirculaires et le conduit auditif interne, et dès que le rocher s’est constitué, s’étend de dedans en dehors pour former la portion mastoïdienne; un point pour le cercle du tympan à quatre mois et demi, et un point pour 1 apophyse styloïde, qui ne se développe qu’après la naissance et n’appartient pas au temporal, mais fait partie de 1 appareil hyoïdien, ce qui ne s’accorde pas avec nos observations sur le passage immédiat du cartilage de la branche supérieure de l’enclume dans celui de l’apophyse styloïde.

1 V. Urbantschitsch, ein Beitrag zur Entwicklungsgeschichte der Paukenhôhle; Sitzungsberichte der math.-naturwiss. Classe der kaiserl. Acad, der Wissenschaften 1873, 67, 3, Pag. 19, mit I Tafel.

se forme bien dans le cartilage primordial provenant d’une lisière cartilagineuse à la face externe de la partie pierreuse, qui s’ossifie et se colle au bord inférieur de la partie écailleuse du temporal, mais la partie antérieure de la voûte, qui s’applique sur le même bord, est membraneuse et s’ossifie sans cartilage antérieur. En dedans, au contraire, la paroi est complètement cartilagineuse.

Les trois osselets de l'ouïe naissent de cette paroi interne sous forme d'une excroissance cartilagineuse cohérente.1 Chez les fœtus au dessous de deux mois, ils sont très mous, presque gélatineux et imparfaitement formés, mais présentent une seule masse cohérente sans la moindre trace de division. Cette masse se continue sans aucune interruption dans le cartilage de la paroi du tympan à l’endroit où se formera plus tard la fenêtre ovale, et l’étrier n’apparaît pas comme une formation indépendante. Chez les mêmes fœtus, la masse cartilagineuse qui donne naissance à l’enclume et au marteau est collée si fortement à la paroi interne de la caisse du tympan, qu’elle ne se laisse enlever qu’avec difficulté, et, chez les fœtus de deux mois et demi, l’étrier est encore une masse difforme qui se continue directement dans la paroi de la caisse du tympan, et il n’y a pas de fenêtre ovale; le cartilage est hyalin avec de nombreuses cellules cartilagineuses très petites. C’est seulement chez les fœtus de trois mois que la forme de l’étrier devient plus distincte et qu’on peut l’extraire de la fenêtre ovale qui alors est formée, mais les bords en deviennent déchirés; on peut même rencontrer des fœtus de quatre mois, chez lesquels la base de l’étrier est incomplète et se fend en deux lames lorsqu’on veut l’enlever, de sorte qu’il en reste une dans la fenêtre ovale. Chez les fœtus un peu plus

1 E. Magitot et C. Robin (sur un organe transitoire de la vie fœtale désigné sous le nom de cartilage de Meckel; Annales des sciences naturelles 1862, 18, Pag. 238) pensent que les osselets de l’ouïe ont leur origine dans le cartilage de Meckel, et que chaque os dès le commencement se forme séparément. A. Kolliker (Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 437, 477, 478, 486, 734), qui appelle les osselets des formations indépendantes et affirme que l’enclume ne forme jamais une seule pièce avec le marteau, nie qu’il ait jamais, dans aucune phase chez le lapin, observé que le cartilage du labyrinthe et de l’étrier ne formaient qu’une seule pièce, mais il ajoute en même temps qu’il est possible qu’ils aient été réunis pendant leur premier état mou. 11 considère la fenêtre ovale comme une partie non cartilagineuse de la paroi du labyrinthe mais toujours remplie par la base de l’étrier. Selon M. Reichert, l’enclume et le marteau avec le cartilage de Meckel se forment dans le premier arc branchial, et l’étrier dans le second, mais M. Kolliker doute que l’étrier surtout soit une partie d’un arc branchial. Cette dernière opinion est aussi rejetée par I. Gruber (Monatsschrift für Ohrenheilkunde 1877, Pag. 156) qui montre que l’étrier sort de la même masse constitutive que le labyrinthe, et que sa base, au commencement, n’en est pas séparée quoiqu’ elle soit bien marquée à sa face interne. Voyez aussi E. Zuckerkandl (ibidem 1878, Pag. 81) et L. Loewe (über Entstehung des knorpligen und knôchernen Labyrinths; Centralblatt für die medicinischen Wissenschaften 1878, Nr. 30, Pag. 549) qui dit que, chez les fœtus du lapin, le cartilage du premier et du second arc branchial est une continuation immédiate de la capsule auditive cartilagineuse.

grands de quatre mois, la fenêtre ovale et la base sont complètes (comme aussi le muscle de letrier), et dès ce moment on ne peut plus constater la continuité originelle du cartilage avec la paroi interne de la caisse du tympan.

L’enclume et le marteau forment de même dans les premiers temps une masse cohérente, comme l'ont aussi indiqué plusieurs observateurs1; c’est seulement chez les fœtus de deux mois qu’on observe en haut des traces d’une séparation, qui, chez les fœtus de deux mois et demi, apparaît à la face externe comme une ligne verticale et ondulée. Les surfaces articulaires sont plus distinctes chez les fœtus de trois mois, mais ne sont complètement développées que chez les fœtus de quatre mois, quoiqu’il n’existe pas encore entre eux de véritable cavité. Chez les fœtus de cinq mois, la cavité articulaire et toutes ses éminences sont distinctes et deviennent encore plus apparentes par leur ossification. Chez les fœtus de trois mois, les osselets cartilagineux ont environ la moitié de la grandeur de celle des adultes, mais ils sont encore très mous chez les fœtus de trois mois et demi. M. Kolliker2 remarque au sujet de l’enclume et du marteau, qu’ils «in erster Linie vom Périoste aus ossificiren»; cette remarque ne concerne pas plus ces osselets que tout autre os formé dans le cartilage primordial. — Nous examinerons maintenant chaque osselet séparément.

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