‹ Le cartilage primordial et son ossification dans le crâne humain avant la naissanceChapitre 27 sur 30 · MARTEAU ET CARTILAGE DE MECKEL · texte numérisé non relu

MARTEAU ET CARTILAGE DE MECKEL

Le marteau n’existe pas en réalité chez les fœtus au-dessous de deux mois, et il ne doit pas être compris sous la forme qu'il revêt plus tard. Il est seulement représenté par une éminence hémisphérique, par laquelle le cartilage de Meckel se termine en arrière et se joint à l'enclume; il n’y a ni manche ni col (corps). Plus tard l’éminence hémisphérique devient bien la tête du marteau , mais au commencement elle constitue une seule pièce avec le cartilage de Meckel. Celui-ci est, si l’on veut, un marteau provisoire; plus tard le marteau devient l’organe principal d’autant plus que le cartilage de Meckel disparaît à la fin, et la tête du marteau est par cette raison le dernier reste ossifié du cartilage de Meckel. Pour décrire leur développement, il vaut mieux de les traiter séparément.

Marteau. La tête du marteau, c’est-à-dire la tête du cartilage de Meckel, forme au commencement une seule pièce avec l’enclume L J'ai observé le premier rudiment du manche chez un fœtus de deux mois (PI. i, Fig. 5, b); il contenait de très petites cellules cartilagineuses (PL 1, Fig. 13) et était couvert d’un épithélium pavimenteux, mais chez d’autres fœtus un peu plus âgés ce rudiment faisait défaut. Chez les fœtus de deux mois, l’apophyse grêle apparaît comme un cordon tendineux au bas du cartilage de Meckel et ne se forme pas dans le cartilage primordial. Chez un fœtus âgé d’un peu plus de deux mois, le marteau a à peine 2mm de long, et l’apophyse grêle est ossifiée sur une longueur de lmm ; elle peut cependant être tendineuse encore chez des fœtus un peu plus âgés, et est logée dans une gaine commune avec le cartilage de Meckel. Chez les fœtus de trois mois, le manche est presque complètement formé, et sa pointe est unie à la membrane du tympan; l’apophyse grêle est ossifiée sur une longueur de imm, 5. La première ossification du marteau lui-même se montre chez les fœtus de quatre mois à l’origine de l’apophyse grêle, qui est ossifiée sur une longueur de 3mm; c’est pourquoi l’ossification du marteau se fait un mois plus tôt que celle de l’étrier, de l’enclume et de la partie pierreuse; mais il faut remarquer qu’il y avait des fœtus plus âgés, chez lesquels aucune ossification, au moins en dehors, n’était visible. A partir de cette époque, la tête devient plus bombée et par suite se sépare davantage du cartilage de Meckel, qui en même temps diminue relativement plus vite de grandeur. L’apophyse courte a déjà été visible pendant quelque temps. Chez les fœtus de cinq mois, le marteau a 6mm, 75 de long et est ossifié depuis le col jusqu’à l'endroit où s'attache en bas l’apophyse grêle, qui est alors ossifiée sur une longueur de 3mm, 5 et renfermée dans une forte gaine de tissu conjonctif; mais leurs ossifications sont encore comme auparavant séparées par un cartilage intermédiaire. L’ossification gagne ensuite la tête sur la face opposée à la cavité articulaire, mais comme elle est partout couverte d'une mince couche cartilagineuse, il est probable qu’il n’existe encore qu’une calcification des cellules cartilagineuses, ce qui est aussi le cas pour la première ossification de l’enclume; au contraire, l'apophyse grêle, qui n’est pas développée dans le cartilage primordial mais dans du tissu conjonctif, contient, dès l’origine, des corpuscules osseux distincts et disposés en rangées. Le muscle interne du marteau s’insère au-dessous de l’apophyse grêle et en est séparé par un interstice distinct; ses fibres musculaires sont munies de stries transversales faciles à reconnaître. Le cartilage du manche, mou au début, devient graduellement plus ferme, et à la fin, chez les fœtus de sept mois et

1 C. Bruch (Beitràge 1852, Pag. 19) croit avoir observé que le marteau se formait d’un noyau cartilagineux particulier qui se réunissait bientôt avec le cartilage de Meckel.

et demi et de huit mois, tout le marteau avec les apophyses grêle et courte est ossifié; seulement l’extrême pointe du manche le long de la membrane du tympan est encore cartilagineuse. Je ne pense pas que l’apophyse grêle soit parfaitement soudée au marteau avant la naissance1. - — L'articulation entre l'enclume et le marteau est mentionnée plus haut.

Cartilage de Meckel2. Il est développé d’aussi bonne heure que les osselets de l’ouïe et, chez un fœtus à peine âgé de deux mois, était formé de cartilage hyalin avec de petites cellules cartilagineuses très nombreuses et serrées (PI. I, Fig. 12). Il commence, comme nous l’avons décrit, comme une éminence hémisphérique de la face antérieure de l'enclume qui devient plus tard la tête du marteau, se porte en avant, en bas et en dedans, tantôt en ligne droite, tantôt en formant un arc, dont la forme semble varier ; pendant sa croissance il est plus gros près de la tête, dont plus tard il se sépare nettement, s’amincit en avant, toujours enveloppé d’une gaine, s’applique sur la face interne de la mâchoire inférieure près de son bord inférieur, au-dessous de l’orifice postérieur du canal dentaire inférieur et de l’insertion du muscle mylo-hyoïdien, et aboutit au côté de la symphyse, où il se redresse en formant un crochet. Chez les fœtus plus âgés son cartilage est plus dur que celui des osselets de l’ouïe. Il appartient aux parties du cartilage primordial

1 L’apophyse grêle du marteau a souvent, même dans les derniers temps, été considérée comme le reste du cartilage de Meckel. K. B. Reichert (über die Visceralbogen der Wirbelthiere im Allgemeinen und deren Metamorphosen bei den Vôgeln und Sâugethieren ; Müllers Archiv ftir Anatomie, Physiologie und wissenchaftliche Medicin 1837, Pag. 183) dit ainsi que, chez le bœuf, la portion du cartilage de Meckel située librement entre la mâchoire inférieure et le conduit auditif externe s’ossifie, s’aplatit et devient l'apophyse grêle du marteau (cfr. Pag. 363). E. Huschke (S. T. Sômmering, vom Baue des menschlichen Kôrpers 1844, 5> Pag. 89g), autrefois si exact, veut expliquer le raccourcissement de l’apophyse grêle avec l’âge par sa „ursprüngliche Fortsetzung in den Meckelschen Knorpel» . R. Owen (on the archétype and homologies of the vertebrate skeleton 1848, Pag. 67) met l’apophyse grêle du marteau en «continuation or connection with the cylindrical cartilage (hæmal portion of the tympano-mandibular arch) from which the lower jaw is subsequently developed.» (J’ai cité l’édition anglaise qui est plus complète à cet endroit que l’édition française de 1855, Pag 141). T. H. Huxley (éléments 1864, Pag. 159) pense que le cercle de la membrane du tympan forme la limite de l’ossification du cartilage de Meckel; «so far it constitutes the Processus gracilis, while, beyond this point, it eventually becomes obliterated» et le représente ainsi Eig. 64, Pg.

2 Le cartilage de Meckel a été observé longtemps avant Meckel, mais a été confondu avec 1 apophyse grêle du marteau. T. Kerckringius (Spicilegium anatomicum 1670, Pag. 223) dit d’un fœtus du cinquième mois: «Malleus quippe jam osseus longiusculo suo processu adhuc cartilagineo tympani membranæ adhæreU. B. S. Albinus (Icônes ossium fœtus humani 1737) représente PI. 6, Fig 46: fœtus maturi malleus dexter; c. processus gracillimus cui per crenam annuli ossis temporum porrecto, inseritur tendo musculi externi mallei. PI. 6, Fig. 49: fœtus immaturi malleus dexter; c. processus gracillimus, totus cartilagineus, crassiorque quam cum deinde osseus factus». Il est clair qu’Albin a vu ici le cartilage de Meckel, mais qu’il n’a pas remarqué sur la même préparation l’apophyse grêle, qui sans doute était présente à l’état ossifié. La figure 49 le représente comme étant plus gros et plus long que sur la fig. 46, cependant toute sa longueur n’est pas représentée.

qui disparaissent graduellement, ce qui commence chez les fœtus de trois mois et demi. M. Kolliker1 considère le ligament latéral interne de la mâchoire inférieure comme le dernier reste de l’extrémité postérieure du cartilage de Meckel.

Le plus petit cartilage de Meckel observé par moi, chez un fœtus à peine âgé de deux mois, avait 4 mm de long. Chez un autre fœtus du même âge il mesurait tout étendu 5mm (PI. 1, Fig. 4); il reposait sur la face interne de la mâchoire inférieure non encore ossifiée, était arrondi en avant et séparé de celui du côté opposé par une pièce intermédiaire fibreuse2. Je n’ai jamais, chez l’homme, dans la ligne médiane, rencontré aucune réunion des cartilages des deux côtés, laquelle serait d’ailleurs empêchée par le repli en forme de crochet que j’ai découvert sur le côté de la symphyse de la mâchoire inférieure. Chez les fœtus de deux mois, on voit que le cartilage se termine en avant par un crochet ou triangle tourné en haut et placé de chaque côté de la symphyse, l'hamulus processus Meckel ii (PL 1, Fig. 5, a). Le cartilage est relativement plus gros à cet âge que plus tard et repose dans une assez forte gaine à la face interne de la mâchoire inférieure, qui alors est ossifiée et renferme le cartilage dans une gouttière ossifiée. Cette gouttière est plus marquée chez les fœtus un peu plus grands du même âge et se termine en avant par une arête, autour de laquelle le crochet se redresse comme autour d’une trochlée. La moitié postérieure du cartilage de Meckel avait une épaisseur deOmm, 5 environ, la moitié antérieure seulement de omm, 25 (PI. 1, Fig. 6). Lorsque le cartilage de Meckel, chez les fœtus de deux mois et demi, est devenu un peu plus long, on remarque qu’il repose librement dans une gaîne molle dans la gouttière de la face interne de la mâchoire inférieure; en se portant en avant, il s’amincit par degrés , s'infléchit ensuite autour de l’extrémité de la gouttière sous un angle presque droit, et forme en montant un crochet dont la pointe arrondie atteint

1 A. Kolliker, Entwicklungsgeschichte 1879 Pag. 472.

3 I. F. Meckel (Anatomie 1820, 4, Pag. 47) dit que le cartilage va jusqu’à l’extrémité antérieure de la mâchoire inférieure, où il souvent, peut-être toujours, «mit dem der vordern (andern?) Seite unter einem spitzen Winkel sich vereinigt» ; il disparaît au huitième mois. C. Bruch (Beitrâge 1852, Pag. 18) mentionne son extrémité antérieure comme rencontrant le cartilage du côté opposé et s’unissant assez fortement avec lui. Selon E. Magitot et Ch. Robin (Annales des sciences naturelles 1862, 18, Pag. 217), le cartilage de Meckel naît chez des fœtus d’une longueur de 18 — 20mm comme une bande à travers la face postérieure de la symphyse de la mâchoire inférieure, se termihant en arrière avec une intumescence; dans la ligne médiane du corps il est un peu étranglé, plus gros sur les côtés; ils l’appellent par cette raison un organe impair. Ph. C. Sappey (traité d’anatomie descriptive 1876, 1, Pag. 237) dit que les cartilages des deux côtés se continuent à leur extrémité interne; ils forment ainsi une arcade dont la partie médiane enverrait, selon quelques auteurs, un prolongement entre les deux moitiés du maxillaire; mais l’existence de ce prolongement ne lui paraît pas démontré. Aussi A. Kolliker (Entwicklungsgeschichte 1879, Pag 482) cite un cas de fusion des deux côtés. Plusieurs observateurs indiquent que les cartilages, chez les animaux, peuvent être réunis dans la ligne médiane du corps.

presque la muqueuse de la bouche près de la première incisive (PL i, Fig 7, a). La

gaîne qui entoure aussi la pointe du crochet, adhère fortement à l’os, de sorte qu'en

la détachant on enlève facilement une partie de ce dernier1. Chez un fœtus de trois mois, le crochet montait obliquement (pas verticalement) vers la dent incisive interne, et à l’endroit où la pointe du crochet finissait, la gaîne de tissu conjonctif était calcifiée et, examinée au microscope, contenait des cristaux calcaires, mais pas de corpuscules osseux, comme si c’était du cartilage calcifié; on pouvait cependant dégager la pointe même du crochet qui n’était pas calcifiée. Chez un autre fœtus de trois mois, la pointe du crochet perforait pour ainsi dire l’os; mais ce n’était en réalité que sa gaîne vide; la

gouttière ossifiée était chez ce fœtus très développée, repliée en forme de cornet, et le

crochet se courbait autour de l’arête comme autour dune trochlée (PL I, Fig. 8, a)2.

1 L’ossification du cartilage de Meckel est citée par plusieurs observateurs. K. B. Reichert (Milliers Archiv 1837, Pag. 182) a trouvé que la partie du cartilage de Meckel qui reste sur l’os, est résorbée ou, en quelques endroits, réellement changée en substance osseuse chez les animaux dont la mâchoire inférieure forme plus tard un demi-cercle non interrompu. C. Bruch (Beitriige 1852, Pag. 1 58) parle d’une ossification primordiale partielle de cartilage de Meckel chez un fœtus de bœuf long d’un pouce, reposant dans une gouttière à la face interne de la mâchoire inférieure, qui plus tard se ferme autour du cartilage; son extrémité antérieure se perd dans la mâchoire inférieure. G. W. Callender (on the formation and early groWth of the bones of the human face; Philosophical transactions 1869, 159, Pag. 170), suivant qui la mâchoire inférieure sort en partie du cartilage de Meckel, en partie de membranes, dit que le cartilage de Meckel s’élargit en avant «into a lobed extremity» (PI. 13, Fig. 6, 2) et qu’il était ossifié conjointement avec le tiers antérieur de la mâchoire inférieure chez un fœtus long de 3 ‘/a pouces, ossification qui pouvait encore être reconnue chez un fœtus de 4,7 pouces (Pag. 1 7 1 ). A. Ivôlliker (Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 481, Fig. 296, cm) représente l’extrémité antérieure du cartilage de Meckel chez un fœtus de trois mois et demi avec une forme triangulaire, et dit qu’il est uni si intimément à la mâchoire inférieure qu’on peut avec raison les considérer comme soudés; plus en arrière, où le cartilage de Meckel prend une forme cylindrique, il est aussi soudé à la mâchoire inférieure, mais encore plus en arrière il est libre. Chez les fœtus un peu plus âgés de quatre et cinq mois, l’extrémité antérieure est calcifiée et ossifiée, développe des vaisseaux et se soude inséparablement à la mâchoire inférieure. Kolliker n’a pas vu le crochet qui termine le cartilage de Meckel en avant, mais qui a dû être caché dans la figure triangulaire qu’il dessine, et dont il n’a pas ouvert la gaîne. C’est justement cette gaîne qui plus tard, après la résorption du cartilage, même sur une étendue plus grande, se soude à la mâchoire inférieure et s’ossifie. Baumüller (Kolliker, 1. c. Pag. 473) a trouvé 1 ossification de l’extrémité antérieure et l’union avec la mâchoire inférieure dans une couche superficielle chez le cochon; Kolliker a constaté une ossification chez le mouton et, après la naissance, chez le lapin (1. c. Pag. 483). Au contraire, I. Brock (über die Entwicklung des Unterkiefers der Sàugethiere; Siebold und Kolliker, Zeitschrift für wissenschaftliche Zoologie 1876, 27, Pag. 316) n’a jamais trouvé d’ossification du cartilage de Meckel chez le cochon comme Stieda chez le chat, ni aucune calcification de ses cellules cartilagineuses. — La masse cartilagineuse dans la symphyse ne dérive pas du cartilage de Meckel, ce que je ferai voir plus en détail dans le texte.

E. Dursy (Entwicklungsgeschichte des Kopfes 1869, Pag. 120, PI. 9, Fig. 7) mentionne un passage singulier de l'extrémité antérieure du cartilage de Meckel, à savoir, en avant, de l’éminence mentonnière interne à l’éminence externe, aux côtés d’un noyau osseux dans la symphyse, mais les cartilages étaient

Chez les fœtus de trois mois et demi, le cartilage de Meckel commence à disparaître. On y trouve bien encore le crochet (PI. i, Fig. g, a), mais chez les grands fœtus de cet âge il est très mince et semble ne plus renfermer de cartilage. Au même temps que le crochet, l'arête en forme de trochlée de la gouttière ossifiée commence aussi à disparaître. Chez les fœtus de quatre mois, le crochet a disparu; le cartilage de Meckel se termine en pointe à l'extrémité de là gouttière ossifiée, sur la face interne de la mâchoire inférieure, et il ne reste que la gaine vide (PI. i, Fig. io, a); quelquefois on rencontre, montant obliquement dans l'os, une rainure, dans laquelle le cartilage du crochet a été logé. Chez les fœtus de quatre mois et demi, le cartilage de Meckel s’amincit tant à son départ du marteau qu’à son extrémité pointue et arrondie; la gouttière ossifiée s’aplatit également surtout dans sa moitié antérieure ; il y a cependant encore des traces de l’arête saillante par laquelle elle se termine. Chez les fœtus de cinq mois (PI. i, Fig. il), le cartilage de Meckel est attaché un peu au-dessous de la tête du marteau et descend souvent jusqu’à l’ossification de ce dernier, de sorte qu’il se détache un peu plus en dedans, et l’apophyse grêle du marteau un peu plus en dehors; il est devenu plus délié et plus court et se termine par une gaîne vide à 3 mm environ de la symphyse de la mâchoire inférieure ; la tranche en est ronde ou légèrement ovale. Le cartilage de Meckel et l’apophyse grêle du marteau ont chacun leur gaîne de tissu conjonctif et sont ensuite logés tous deux dans une forte gaîne commune. Le cartilage de Meckel contient de grandes cellules cartilagineuses serrées, reposant dans une substance fondamentale hyaline. Chez les fœtus de six mois et demi et de sept mois, sa longueur est à peine diminuée, comme il croît en même temps que tout le crâne; mais il est devenu aussi délié qu’un fil à coudre de finesse moyenne, sauf cependant tout près du marteau, où il est un peu plus gros. A la mâchoire inférieure on n’observe alors qu’un sillon. Chez les fœtus de sept mois et demi et de huit mois, le cartilage s’est beaucoup raccourci en même temps qu’il est devenu très mou, et on ne peut poursuivre la gaîne que jusqu’à la moitié de la mâchoire inférieure; mais elle ne renferme plus de cartilage dès le moment que le cartilage de Meckel atteint la mâchoire inférieure, dont le sillon est aussi effacé; il n’en reste du moins qu’un faible vestige au-dessous de l’orifice postérieur du canal dentaire inférieur. Cette résorption si précoce de substance osseuse chez le fœtus est bien remarquable; d’abord l’arête, par laquelle la gouttière ossifiée se termine à la face

séparés par une large couche fibreuse; sur le contour interne du noyau osseux, il a encore trouvé après la naissance un reste assez notable du cartilage de Meckel, aux dépens duquel le noyau osseux s’agrandit. — G. W. Callender (Philosophical transactions 1869, 159, Pag 170) a observé la forme en cornet et l’a dessinée (PI. 13, Fig. 6, 7, 8).

interne de la mâchoire inférieure, et autour de laquelle l'hamulus processus Meckelii se contourne, et ensuite la gouttière elle-même disparaissent.

L’extrémité antérieure du cartilage de Meckel est empêchée de s’unir à celle du côté opposé par la pièce intermédiaire fibreuse qui forme la symphyse de la mâchoire inférieure. Chez un fœtus à peine âgé de deux mois, elle avait une forme conique, une largeur de omm, 5 et pouvait déjà à l'œil nu être reconnue à sa couleur foncée, un peu jaunâtre, qui tranchait nettement sur la teinte claire des extrémités du cartilage de Meckel (PI. 1, Fig. 4, a). Chez un fœtus d’un peu plus de deux mois, la pièce intermédiaire était large de I mm, chez un fœtus de deux mois et demi de 3 mm, chez un fœtus de trois mois de 4mm (PI. 1, Fig. 8, c), chez un fœtus de trois mois et demi de 2 ram environ. Après la disparition du crochet, l’intervalle entre l'extrémité antérieure du cartilage de Meckel et la symphyse était de 2 mm et à peine de 2 mm, 5 chez les fœtus de quatre mois, de 3 mm chez un fœtus de quatre mois et demi, de 2 et 3 mm chez les fœtus de cinq mois, de 2 — 3 mm chez un fœtus de six mois et demi, de 5 mui chez un fœtus de sept mois. Naturellement l'intervalle s’agrandit, à mesure que le cartilage de Meckel se raccourcit.

J’insiste sur ces rapports, parce qu’il n’y a, chez l’homme, aucune connexion entre l’extrémité du cartilage de Meckel et la masse contenue dans la symphyse de la mâchoire inférieure. J'ai examiné cette masse avec le plus grand soin chez six fœtus de trois à six mois et demi. Chez un fœtus de six mois et demi elle était fibreuse, et les fibres étaient difficiles à isoler. Au centre de la masse il y avait des noyaux ayant l’apparence de cellules, et qu’on pouvait prendre aussi bien pour des ostéoblastes que pour des cellules cartilagineuses ; je suis pourtant plus porté à les considérer comme des cellules cartilagineuses, quoiqu’elles ne fussent pas aussi grandes ni aussi transparentes que dans le cartilage hyalin, mais beaucoup plus petites, granuleuses et anguleuses. J’ai aussi rencontré les mêmes corps à la surface des extrémités des os dans la symphyse ellemême. Il y en avait également chez des fœtus de quatre et de cinq mois; dans un cas ils étaient en train de s’ossifier, et il était douteux que ces ostéoblastes fussent accompagnés de cellules cartilagineuses. Chez un fœtus de quatre mois et demi, au contraire, j’ai trouvé au milieu de la symphyse, mais à une distance de 3 mm de la pointe du cartilage de Meckel, un cartilage distinct rougeâtre avec des cellules cartilagineuses qui étaient plus grandes, plus opaques, plus granuleuses et pourvues d’un plus grand noyau que les cellules cartilagineuses claires du cartilage de Meckel dont le noyau était rond et petit. J’ai observé ces cellules cartilagineuses dans la partie supérieure de la symphyse, mais il est bien possible qu’il y en eût aussi dans sa partie inférieure. Le dernier résultat positif est , suivant moi , d'une plus grande importance que les

observations douteuses antérieures. La disposition générale du cartilage dans la symphyse de la mâchoire inférieure m'a en outre convaincu qu’il n’existe aucune connexion entre lui et le cartilage de Meckel, de même que le cartilage de la symphyse, d’après ce qui a été dit plus haut, ne peut provenir d’une réunion (supposée) du cartilage de Meckel des deux côtés dans la ligne médiane du corps. Du reste, l’origine du cartilage dans

la symphyse se laisse tout aussi peu préciser que les formations cartilagineuses de

l’apophyse condyloïde et de l’angle de la mâchoire inférieure, qui n’appartiennent pas au cartilage primordial du crâne h

Depuis le temps de Rathke , divers observateurs se sont efforcés de prouver l’existence de Deckknochen dans chacune des différentes parties dont se compose le cartilage primordial du crâne. J’ai déjà (Pag. 18) remarqué, qu’on ne peut à cet égard attribuer au cartilage d’autre rôle général que celui d’un moule pour les os qui se forment à sa face externe, mais que le cartilage ne prend aucune part directe dans leur formation; par la même raison, je ne peux reconnaître que la mâchoire inférieure, dont du reste nous n’avons pas à examiner la formation ici, soit considérée comme un «Deckknochen» du cartilage de Meckel et, encore moins, qu’elle soit formée du

cartilage1 2. On ne peut pas même admettre que la mâchoire inférieure se serve du

cartilage de Meckel comme moule, parce que ces parties diffèrent tout à fait dans leur forme externe, et elles sont en outre séparées tant par le périoste de la mâchoire inférieure que par les fortes gaînes autour du cartilage de Meckel. M. Kolliker ne veut pas appeler la mâchoire inférieure un vrai Deckknochen», parce que la portion antérieure du

1 H. Masquelin (recherches sur le développement du maxillaire inférieur de l'homme; Bulletins de l’Académie royale de Belgique 1878, 2, 45, Pag. 472, PI. 1 et 2) a, chez des fœtus humains d’une longueur de 95 mm, trouvé du cartilage sur le bord supérieur des parois alvéolaires, et, chez un fœtus de 170 mm de longueur, au même endroit, du cartilage fibreux qui s'ossifiait directement. Chez des fœtus de la même longueur, il a observé un cartilage médian dans ou derrière la symphyse, mais qui n’avait aucun rapport avec la mâchoire ou avec le cartilage de Meckel. Cfr. E. Dursy, Pag. 71, note 2.

2 Ch. Robin (notocorde 1868, Pag. 56, ni) mentionne que, chez des fœtus humains d’une longueur de 18 — 20™, il se forme au milieu de la moitié antérieure du cartilage de Meckel une ossification longue de ‘ô — 1 mm qUl s’accroît en hauteur et en longueur, forme un sillon sur son bord inférieur pour le cartilage de Meckel et présente graduellement toute la forme de la mâchoire inférieure. Cfr. L. Stieda, Studien über die Entwickelung der Knochen und des Knocliengewebes ; die Bildung des knochernen Unterkiefers bel Sâugethieren ; la Valette St. George und Waldeyer, Archiv für mikroskopische Anatomie 1875» !Ii ^ag. 243' PL 14, et au même endroit la critique des observations antérieures surtout par Strelzoff, et H. Masquelin, 1. c. — \V. K. Parker (Philosophical transactions 1874, 164, Pag. 330) pense que la mâchoire inférieure se forme dans des membranes chez les poissons, la grenouille et la poule, mais qu’elle a exceptionnellement chez les mammifères «a cartilaginous foundation*. Ph. C. Sappey (traité d’anatomie descriptive 1876, I, Pag. 237) dit que le cartilage de Meckel ne prend aucune part au développement de la mâchoire, mais «joue le rôle d’un simple tuteur».

cartilage de Meckel se soude à l’os; mais j’ai montré plus haut que c’est seulement le cas pour la gaine, et l'ossification d’une gaine de tissu conjonctif autour d’une partie cartilagineuse n'a pas la même valeur que la calcification et l’ossification de cette partie cartilagineuse elle-même. Suivant M. Kolliker, le cartilage de Meckel aurait même deux «Deckknochen» complètement différents, à savoir la mâchoire inférieure et l’apophyse grêle du marteau, de laquelle il dit qu’elle se forme au bas du cartilage de Meckel «fast wie ein Deckknochen-1. (Cfr. aussi Pag. 65, note 2).

Je donne enfin dans le tableau ci-après la longueur du cartilage de Meckel

aux différentes époques de la vie du fœtus. La mesure en est prise de la tête du

marteau inclusivement, parce que cette partie est originairement la tête du cartilage de Meckel et n’est pas séparée du reste du cartilage ; au contraire, l’hamulus processus Meckelii n’est pas compris dans la mesure. Il résulte de ce tableau que le cartilage de Meckel croît conjointement avec le reste du cartilage primordial du crâne, et quoique son crochet et sa partie antérieure commencent à disparaître chez les fœtus à l’âge de trois mois et demi, et quoique aussi la grosseur du cartilage diminue par degrés, la longueur absolue néanmoins augmente successivement jusqu’à l’âge de sept mois, mais après ce terme il survient un raccourcissement rapide.

Age du fœtus

Longueur du cartilage de Meckel en millim.

deux mois à peine

deux mois à peine (PL 1, Fig. 4)

deux mois (R. I, Fig. 5)

deux mois

un peu plus de deux mois

un peu plus de deux mois (PI. 1, Fig. 6) . . .

deux mois et demi

deux mois et demi (PI. 1, Fig. 7)

trois mois

trois mois (PL 1, Fig. 8)

trois mois et demi (PL 1, Fig. 9)

quatre mois (Pl. 1, Fig. 10)

quatre mois et demi

cinq mois (PL I, Fig. il)

cinq mois

six mois et demi

sept mois

sept mois et demi

huit mois

10 1 outre la tête il) du marteau.

1 A. Kolliker, Entwicklungsgeschichte 1879, Pag. 486.

Les points d’ossification dans les osselets de l’ouïe avant la naissance sont les suivants :

Etrier. Quoique j'aie trouvé la première ossification (calcification) chez les fœtus de cinq mois dans la branche où s’insère le muscle de l’étrier, il semble qu'il n’existe pas un seul point d’ossification, mais toute la base et les branches sont pénétrées tout d'un coup de chaux chez les fœtus de cet âge; ou peut cependant rencontrer

l’étrier à l’état cartilagineux chez des fœtus plus âgés. La base semble du reste être

un peu plus précoce que les branches1.

Enclume. L’ossification (la calcification) commence à l’intérieur de la branche inférieure et monte de là dans la branche supérieure chez les fœtus de cinq mois; il n’y a alors qu’un point d’ossification. L os (l’apophyse) lenticulaire est encore cartilagineux ,à la naissance.

Marteau. Il a deux points d’ossification. L’un dans l’apophyse grêle (deux mois et demi), qui n’appartient pas au cartilage primordial et s’ossifie longtemps avant le reste du marteau (quatre mois). L’autre ossification (calcification) commence dans le col et monte alors dans la surface interne de la tête; ces deux ossifications forment

sans doute une seule pièce à l’intérieur du cartilage, bien que souvent à l’extérieur

elles puissent avoir l’apparence de deux points d’ossification séparés dans le marteau lui-même. Le marteau est quant à l’ossification le plus précoce des osselets de l’ouïe.

1 Selon A. Rambaud et C. Renault (développement des os 1864, Pag. 134, Fig. 28), le marteau a au troisième mois trois points d’ossification, l’enclume un, l’os lenticulaire un, l’étrier quatre; au cinquième mois ils sont complètement ossifiés (Pag. 136); à la pointe de l’apophyse grêle il y a encore un peu de cartilage (!) au septième et au huitième mois (Pag. 140). T. H. Huxley (éléments 1864, Pag. 161) mentionne trois points d’ossification dans l’étrier, outre un dans l'os lenticulaire.

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