PARTIE BASILAIRE
Le cartilage primordial de cette partie est d’abord très mince; sur les côtés il passe dans les parties pierreuse et condyloïdienne et aboutit en haut, dans la ligne médiane du corps, vers la partie verticale de la selle turcique, avec laquelle il forme ordinairement un angle obtus; d’après M. Virchow, l’angle est moindre et le clivus Blumenbachi plus raide chez les fœtus jeunes que chez les vieux. Au milieu le cartilage est un peu creusé et plus mince. La première ossification se montre chez les fœtus âgés d'un peu plus de deux mois, sous forme d’un ovale à périphérie calcifiée et opaque avec un reste de cartilage au centre. L’ossification se fait donc ici presque en même temps que les autres ossifications de l’occipital ; cependant elle peut quelquefois
1 R. Virchow, Schâdelgrund 1857, Pag. 14. P. Albrecht, die Epiphysen und die Amphiomphalie der Sâugethierwirbelkorper; Zoologischer Anzeiger 25 August 1879, Nr. 36, Pag. 446.
manquer’ chez des fœtus de deux mois et demi. L’ossification ou plutôt la calcification commence à l’intérieur du cartilage et en est couverte sur ses deux faces. L’ossification devient ensuite lancéolée, elle repose dans la portion inférieure de la partie basilaire, mais n’atteint pas le trou occipital, dont le bord antérieur reste encore quelque temps cartilagineux. En général, l’ossification est tout d’abord plus rapprochée de la surface inférieure (antérieure) de la partie basilaire et y est plus apparente. C’est ce qu’on voit aussi pendant le développement ultérieur, car la véritable ossification se fait plus tôt à la surface inférieure qu’à la supérieure, où l’on peut encore détacher la lamelle osseuse de la calcification sous-jacente; le périoste adhère également plus tôt à la surface inférieure et n’en peut bientôt plus être détaché sans endommager l’ossification. Chez les fœtus de trois mois et demi l’ossification atteint le trou occipital; le bord en est concave ou légèrement échancré, mais on peut encore, chez des fœtus un peu plus âgés, rencontrer du cartilage au bord antérieur du trou occipital. L’ossification lancéolée, en augmentant de grandeur, prend graduellement la forme d’une langue à pointe arrondie, et on peut, chez des fœtus plus âgés, distinguer à la surface supérieure (postérieure) une portion inférieure, rectangulaire et rugueuse, et une portion supérieure, triangulaire et lisse, toutes deux avec une faible dépression au milieu. Les deux portions sont quelquefois encore plus nettement séparées par une strie transversale, superficielle et fibreuse, qui arrive en forme d’arc de la surface interne de la branche supérieure que forme l’ossification en fourchette de la partie condyloïdienne. Il en résulte qu’il semble y avoir deux points d’ossification dans la partie basilaire, mais si l’on râcle la strie transversale, on n’en voit plus qu’un; la strie peut du reste être si adhérente qu’elle ne se laisse pas effacer sans que l’os en souffre. Chez d’autres fœtus, la strie n'est indiquée que par l’adhérence plus ferme des membranes du cerveau; elles adhèrent en général plus fortement à la portion inférieure rectangulaire, qui, pendant le développement, devient plus rugueuse avec des enfoncements irréguliers, tandis que la portion supérieure reste plus arrondie et excavée au milieu en forme d’hémisphère. On en rencontre des vestiges distincts sur les crânes d’adultes. Mais j’appellerai spécialement l’attention sur quelques particularités observées par moi sur plusieurs crânes de monstres anencéphaliens et cyclopiens, chez lesquels j’ai trouvé deux points d’ossification distincts et bien séparés. Quoique ces particularités se rapportent à l’ossification du corps du sphénoïde, je préfère de les expliquer ici, parce que la partie basilaire normale et complètement ossifiée ne forme qu’une pièce. Comme nous le verrons bientôt, il se forme au fond et à travers de la selle turcique une ossification rectangulaire et une autre de la meme figure à la face inférieure du corps du sphénoïde, toutes deux réunies latéralement
par une colonne osseuse. Du bord postérieur de l'ossification rectangulaire au fond de la selle turcique part, à l’état normal, un prolongement qui monte sur la face antérieure de la lame quadrilatère. Chez les monstres ci-dessus mentionnés, j’ai trouvé que ce prolongement peut percer la lame quadrilatère et apparaître de nouveau à sa face postérieure, de sorte qu’à la face postérieure de la partie basilaire deux points d’ossification deviennent visibles, dont l’inférieur, normal et à peu près rectangulaire, est plus grand que le supérieur, qui est ovale ou affecte la forme d’une langue. A l’état sec des os, ces deux points sont séparés par une rainure profonde qui peut aussi apparaître sur la face inférieure de la partie basilaire, mais à l’état frais ils
sont séparés par un cartilage de hauteur variable, et le point supérieur est entouré de
cartilage de tous les côtés. Dans un cas de cyclopie la hauteur du cartilage entre les deux points était de 3mm, et on pouvait pénétrer entre eux dans le cartilage jusqu’à une profondeur presque verticale de 5mm, ce qui montre que la couche de cartilage n’etait pas superficielle comme la strie fibreuse mentionnée plus haut. Du
bord postérieur de l'ossification rectangulaire, sur la face inférieure du corps du sphé-
noïde, part aussi un prolongement qui se soude avec le bord antérieur de l’ossification ordinaire de la partie basilaire , mais chez des fœtus normaux même de sept et huit mois, j'ai trouvé que l’intervalle pouvait encore rester cartilagineux dans une largeur de 2 — 3mm Ce cartilage se continuait dans la lame quadrilatère, et si, en
pareil cas, un prolongement osseux de l’ossification rectangulaire au fond de la selle turcique avait percé la lame quadrilatère, on aurait dans la partie basilaire deux points d’ossification, dont le supérieur sortirait du corps du sphénoïde, mais je n'ai jamais observé un tel arrangement à l’état normal J. — La largeur et la
1 A. Rambaud et C. Renault (développement des os 1864, Pag. 101, Tab. 2, Fig. 8) décrivent et représentent deux ossifications dans la partie basilaire chez un fœtus humain du troisième mois, situées dans la ligne médiane du corps, l’une derrière l’autre; la postérieure est la plus petite et représente le tubercule pharyngien. Si l’on n’a pas affaire ici à une observation défectueuse, dont la nature puisse être éclaircie par l’exposé donné ci-dessus, et surtout si l’on considère l’âge mentionné par eux d’un fœtus probablement normal, ils sont tombés sur une variété sans doute très rare. Toutefois il faut en tenir compte, parce que M. P. Albrecht (über das zwischen dem Basi-occipitale und dem Basi-post-sphenoid liegende Basi-oticum; Centralblatt der medicinischen Wissenschaften 17 August 1878, Nr. 33) a, sur plusieurs crânes d’enfants, trouvé dans la partie basilaire deux ossifications, qu’il appelle basi-occipitale et basi-otique, la dernière entre les extrémités de la partie pierreuse, de sorte qu’il se forme une synchondrose basi-otico-basioccipitale outre la synchondrose sphéno-occipitale normale (basi-otico-basi-postsphénoïdale). Voy. aussi ses dessins dans Zoologischer Anzeiger 25 August 1879, Pag. 445, Fig. 10, Pag. 447, Fig. 11. M. le professeur F. Schmidt, à Copenhague, m’a fait part de ses observations sur les crânes du musée d’anatomie de
hauteur de toute l’ossification augmentent graduellement, et la forme en devient plus trapézoïdale; le cartilage primordial s’amoindrit, de sorte qu’il ne reste à la fin qu’une bande d’une épaisseur de I — 2mm, qui sépare l’ossification de la partie basilaire de l’ossification en forme de fourchette dans la partie condyloïdienne et de la partie pierreuse ossifiée.
Il faut encore ici relever qu’on peut trouver des vestiges de la corde dorsale sur la face externe du cartilage. Ainsi, chez un fœtus à peine âgé de deux mois, il y avait au milieu du bord inférieur cartilagineux de la partie basilaire une fissure transversale, du milieu de laquelle une fine fissure longitudinale montait le long du milieu de la face postérieure du cartilage. Chez un fœtus âgé d’un peu plus de deux mois on voyait au milieu de la même face comme une cicatrice, qui partait du bord inférieur du cartilage et s’élevait sur la face postérieure de la partie basilaire sur une longueur de i“; les membranes cérébrales adhéraient très fortement à la partie inférieure de la cicatrice; au-dessus de celle-ci commençait l’ossification '. Chez un fœtus de cinq mois, j'ai trouvé une fois un petit trou rond dans le bord inférieur de l’ossification le plus voisin de la face inférieure. ‘ Chez un autre fœtus de cinq mois, il y avait un vestige d’un raphé dans la portion inférieure rectangulaire de l’ossification. Je n’ai jamais rencontré d’autres vestiges indiquant que l’ossification de la partie basilaire serait, dès l’origine, composée de deux portions latérales ou munie d’une fissure longitudinale médiane.
l’université, chez lesquels cette variété ne se trouve pas, et je n’en ai non plus rencontré, sur les fœtus examinés par moi ni sur les crânes normaux de la collection du musée de la Maternité. M. le professeur C. Hasse, à Breslau, a, sur ma demande, eu l'obligeance d’examiner avec M. le Dr. Roux la grande collection du musée de Breslau et m’a communiqué la lettre suivante qu’il a bien voulu me permettre de publier: «Nous avons d'abord examiné les crânes de l’homme, soit de fœtus, depuis le quatrième mois jusqu’à la fin de la période embryonale, soit d’enfants et d’un certain nombre d’adultes, mais sans rien découvrir qui correspondît à la description ni aux dessins de M. Albrecht. L’ossification de la partie basilaire chez les fœtus les plus jeunes faisait au contraire voir qu’une ossification double devait être un état très rare. Notre espoir de trouver quelque chose d’analogue chez les monstres les plus divers et de tous les âges tant de l’homme que des animaux a également été déçu, et nous n’avons non plus réussi à constater un état semblable dans les crânes des mammifères les plus différents.» — Mes observations sur les monstres ont été faites après la publication de l’édition danoise de mon mémoire.
1 F. B. Hagen (Monatsbericht 1 879, Pag. 272) fait mention d’un canal qui souvent traverse la partie basilaire en avant du tubercule pharyngien. J’ai vu chez ce fœtus (Observation Nr, 5, Pag. 38 de l’édition danoise) quelque chose d’aiTalogue dans la petite ossification mentionnée au même endroit; il y aurait donc une communication du dehors avec la cavité crânienne, si d’ailleurs l’ouverture ne provenait pas d’un vaisseau.
L’occipital a avant la naissance en tout cinq points d’ossification isolés 1 :
1) dans la partie supérieure de l’écaille, qui n’appartient pas au cartilage primordial (deux mois et demi),
2) dans la partie inférieure de l’écaille (un peu plus de deux mois),
3 et 4) dans les parties condyloïdiennes (un peu plus de deux mois),
5) dans la partie basilaire (un peu plus de deux mois).
SPHÉNOÏDE
Les cornets sphénoïdaux ou cornets de Bertin se forment entre des membranes, mais le reste de l’os, dans le cartilage primordial; nous montrerons que c’est aussi le cas pour l’aile interne de l’apophyse ptérygoïde, ce qu’on a nié mais à tort. Le sphénoïde s’ossifie par un grand nombre de points, beaucoup plus qu’on n’a supposé jusqu’ici. Toute la forme persistante de l’os est dès l’origine ébauchée dans ses parties essentielles, et le manque de symétrie dans ses deux côtés qu’on observe en différents endroits dans les crânes d’adultes, par exemple surtout dans les petites ailes et dans le bord libre de la lame quadrilatère, apparaît déjà dès le premier moment dans le cartilage primordial.