CORPS OU PARTIE CENTRALE
La selle turcique est profonde dès l’origine; je n’ai observé qu’une fois une véritable ouverture dans son fond; chez un fœtus de trois mois et demi, au milieu et en avant sous le limbus sphénoïdeus, il y avait un trou de la grosseur d’une pointe
'J. Cruveilhier (traité d’anatomie descriptive 1843, 1, Pag. 110) dit que l’occipital se développe par quatre points d’ossification: un pour l'écaille,. c’est-à-dire pour toute la portion de l’occipital qui est en arrière du trou, un pour chaque portion condyloïdienne, un pour la portion basilaire; il cite les opinions discordantes de Meckel et Béclard. — A. Rambaud et C. Renault (développement des os 1864, Pag. 106) indiquent deux points d’ossification dans la partie basilaire, trois et quelquefois quatre dans la partie écailleuse, et trois points d’ossification accessoires outre l’os épactal, puis probablement deux dans chaque partie condyloïdienne. — Ph. C. Sappey (traité d’anatomie descriptive 1876, Pag. 139) en compte cinq, trois médians et deux latéraux. Des trois points médians, le plus élevé répond au tiers supérieur de l’os, c’esta-dire à sa portion cérébrale; le second au tiers moyen, ou portion cérébelleuse; le troisième à l’apophyse basilaire. Les points latéraux répondent à la moitié postérieure des condyles. Le point supérieur n'est jamais précédé d'un cartilage. Le point qui répond à la portion cérébelleuse de l’os est le premier qui se manifeste, et il apparaît le plus habituellement vers le cinquantième jour de la vie intra-utérine.
d’épingle, qui perforait le corps et apparaissait de nouveau à la surface inférieure immédiatement derrière la crête sphénoïdale. En revanche, j’ai assez souvent, chez des fœtus très jeunes, trouvé un enfoncement plat au milieu de la partie antérieure, avant qu’il se fût produit aucune ossification. Plus tard, lorsque le fond de la selle est plus ou moins ossifié, le centre peut rester plus mince et plus transparent ou plus excavé entre les points d’ossification, ou l’ossification elle-même, lorsqu’elle traverse le fond, peut présenter une ou plusieurs ouvertures, rondes, qui du reste ne sont que des conduits nourriciers pour les vaisseaux, et telle est aussi l’opinion de M. Virchow. La lame quadrilatère de la selle turcique augmente de grandeur et d'épaisseur comme le reste du cartilage; son bord supérieur est encore cartilagineux à la naissance, et le cartilage peut, mais pas toujours, être poursuivi en bas dans le cartilage qui, à la surface inférieure, sépare le sphénoïde de l’occipital (cfr. Pag. 28). Le cartilage du limbus sphénoïdeus, également un de ceux qui s’ossifient le plus tard, peut aussi être visible à la naissance.
Par suite de l’épaisseur du cartilage dans le corps, on a ici une bonne occasion pour observer que l’ossification (la calcification) commence à l’intérieur du cartilage, et de là se propage à la surface. Elle commence un peu plus tard dans le corps du sphénoïde que dans l’occipital, et, comme nous le verrons, aussi un peu plus tard dans le corps que dans la grande aile, quoiqu’il soit bien possible que la calcification, avant ce temps, soit restée cachée dans l’intérieur du cartilage avant de l’avoir percé. La première trace d’ossification se montre chez les fœtus de trois mois sous forme d’une tache d’un blanc faible, qui apparaît de chaque côté à la partie antérieure du fond de la selle turcique, un peu cachée par le tubercule de cette dernière, et luit à travers le cartilage. Cependant l’ossification se ne manifeste pas en premier lieu dans la selle, mais à sa face inférieure où, chez les fœtus de trois mois et demi, on trouve une ossification proéminente en forme d’hémisphère de chaque côté de la crête. Les ossifications peuvent y être visibles, tandis qu’elles ne le sont pas encore au fond de la selle ; même chez les fœtus de quatre mois et de quatre mois et demi, on les distingue souvent à peine à travers le cartilage du fond de la selle, en même temps qu’elles sont très prononcées et bien limitées en bas de chaque côté de la crête. Après leur apparition à ces endroits, elles forment une colonne osseuse (calcaire) dans chaque partie latérale du corps du sphénoïde. Chez les fœtus de cinq mois, les colonnes osseuses des deux côtés se soudent dans la ligne médiane du corps ; on trouve alors au fond de la selle une ossification rectangulaire à laquelle la dure-mère adhère très fortement, et on constate également, mais peut-être un peu plus tard, que les deux ossifications hémisphériques à la face inférieure se sont aussi soudées dans la ligne médiane du corps en une
ossification rectangulaire qui même est plus large d’avant en arrière que celle du fond de la selle; elle est séparée par un cartilage de l'ossification de la partie basilaire. Un prolongement en forme de langue sort ensuite de son bord postérieur vers la partie basilaire, et un autre de son bord antérieur vers le vomer ossifié.
Le cartilage primordial du corps a de chaque côté en bas une apophyse, que j’ai nommée apophyse alaire, parce que la grande aile et l’apophyse ptérygoïde s’y joignent h Cette apophyse, qui déjà est visible chez les fœtus à peine âgés de deux mois, a sa surface supérieure plane; la surface inférieure porte un tubercule cartilagineux ovale, placé en travers ou un peu obliquement. La grande aile et l’aile externe de l’apophyse ptérygoïde touchent plus tard son bord externe, et l’aile interne de la même apophyse, le tubercule. Chez les fœtus de quatre mois il se forme, en travers dans l'apophyse alaire, une ossification ovale, plane et mince, qui n’est d’abord visible qu’à sa face supérieure. Chez les fœtus de quatre mois et demi, l’ossification se soude avec l’ossification hémisphérique de la face inférieure du corps; la connexion avec la grande aile et avec l’apophyse ptérygoïde ne se fait au contraire, comme nous le verrons, que plus tard. La fusion devient plus intime , lorsque les ossifications s’accroissent aux dépens du cartilage primordial, et lorsque la réunion rectangulaire des deux ossifications hémisphériques mentionnée plus haut est accomplie. Si, chez des fœtus de cinq mois et demi jusqu’à sept mois, on pratique alors une coupe transversale et verticale de la partie antérieure de la selle turcique, on voit un anneau osseux et anguleux composé des différents points d’ossification maintenant réunis et d’épaisseur inégale. En haut,
1 L’apophyse alaire a été mentionnée par J. F. Meckel (über die Entwicklung der Centraltheile des Nervensystems bei den Sàugthieren; Deutsches Archiv ftir die Physiologie 1815, I, Pag. 618) et représentée par lui PL 6, Fig. 19, 21 — 28 e, e soüs le nom de «zweités Paar Knochenkerne im Kôrper». H. Spondli (über den Primordialschâdel der Sâugethiere und des Menschen 1846, Fig. 8, Nr. 6) la représente sous le nom de «seitlicher Knochenkern des (hintern) Keilbeinkôrpers». Elle a aussi été décrite et reproduite par A. Rambaud et C. Renault (développement des os 1864, Pag. 108, Fig. 11, 13 — 15) chez des fœtus du troisième jusqu’au cinquième mois, et par Ph. C. Sappey (traité d’anatomie descriptive 1876, I, Pag. 147, Fig. 17, 18, 19, Nr. 4), qui l’appelle point externe (latéral) de la partie postérieure du corps, répondant aux gouttières caverneuses. Plusieurs observateurs pensent que l’ossification de l’apophyse alaire appartient à la lingula; R. Virchow, par ex., (Schâdelgrund 1857, Pag. 15) dit qu’au troisième mois il y a dans la lingula une ossification qui est déjà parfaite au quatrième mois et se soude avec le corps; sa grandeur n’est nullement proportionnée à celle des autres parties. T. PI. Huxley (éléments of comparative anatomy 1864, Pag. 144) l’appelle de même à tort une ossification de la lingula et la relègue entre l’ossification du fond de la selle turcique et la grande aile, où l’apophyse alaire a précisément sa place. A. Kôlliker (Entwicklungsgeschichte 1879,, Pag. 451) la cite également comme «zwei seitliche Puncte in der Gegend des Sulcus caroticus und der Lingula», mais l’apophyse alaire est située beaucoup plus en avant, et placée horizontalement, tandis qu’une ossification séparée dans la lingula aurait sans doute une direction verticale.
l’anneau est formé par l'ossification transversale rectangulaire au fond de la selle, en bas par celle de la face inférieure, où l’anneau est plus large, en partie à cause de la fusion avec l’ossification de l’apophyse alaire. Les côtés de l’anneau sont formés par les colonnes osseuses mentionnées plus haut, et son intérieur est encore rempli de cartilage, qui graduellement est déplacé par l’ossification, de sorte qu’à la fin il ne reste du cartilage que dans la partie supérieure, et cette masse cartilagineuse se continue vers le haut, en formant la paroi antérieure de la selle turcique pour aboutir ensuite au planum en avant de la selle. C’est ce cartilage qui forme la synchondrose intersphénoïdale entre le sphénoïde postérieur et l’antérieur, qui existe encore après la naissance. Chez un fœtus de sept mois et demi, l’ossification au fond de la selle commençait, en arrière, à s’étendre en haut vers la face antérieure de la partie quadrilatère de la selle turcique, en avant, vers la paroi antérieure de la selle avec une pointe arrondie. La masse cartilagineuse entre l’ossification rectangulaire de la face inférieure et l’ossification de la partie basilaire diminue d’épaisseur. L’ossification de l’apophyse alaire est limitée en dehors par un bord en forme de feuille de trèfle, mais il y a encore du cartilage entre elle et la grande aile ossifiée et l’aile externe de l’apophyse ptérygoïde ‘qui y est jointe. La gouttière carotidienne était indiquée à côté de la selle, derrière l’apophyse alaire, chez un fœtus de sept mois.
Comme nous l’avons représenté chez un fœtus de quatre mois (PL i, Fig. 2), il y avait sur le planum, en avant de la selle turcique, une élévation en forme de croissant et convexe en arrière. Les cornes du croissant, tournées en avant, aboutissaient de chaque côte à une petite élévation ronde, qui était réunie directement à une autre élévation ronde mais plus grande, située en avant et en dehors de la première et munie d’un noyau osseux superficiel, rond ou légèrement ovale. Cette dernière ossification, qui semble avoir été observée par MM. Rambaud et Renault, est ovale chez les fœtus de cinq mois et demi, s’allonge en bas et apparaît de nouveau à la partie supérieure latérale du bec du sphénoïde. Chez les fœtus de cet âge, on trouve aussi dans la petite élévation ronde un petit noyau osseux, rond et superficiel, et qui à la surface est soudé à la grande. Chez un fœtus de six mois et demi, les petits noyaux osseux ronds des deux côtés étaient réunis dans la ligne médiane du corps, et formaient un pont osseux mince sous lequel le cartilage se continuait en avant dans la partie criblée de l'ethmoïde; le pont osseux peut être remplacé par du tissu fibreux. Le grand noyau osseux situé en dehors, qui s’allonge en bas et reparaît -à la partie latérale du bec du sphénoïde, se soude chez les fœtus de sept mois et demi et de huit mois au noyau osseux de la racine antérieure de la petite aile, et ils se touchent des deux cotés dans la ligne médiane du corps. Tandis que l’ossification de la face inférieure
du corps, à côté de la crête, monte pendant la calcification de bas en haut vers le fond de la selle, cette ossification, qui d’abord se montre à la surface du planum, semble se développer de haut en bas, et son point de départ inférieur, à côté du bec du sphénoïde, semble quelquefois faire défaut même chez des fœtus plus âgés.. Remarquons encore que le prolongement du planum vers l’échancrure sphénoïdale de la partie criblée est préformé dans le cartilage, dans la ligne médiane duquel se trouve même une petite crête cartilagineuse qui se prolonge dans l'apophyse crista galli.