SCÈNE IV
femme ne te connaît pas, elle ne t'a jamais vu... Laisse-moi te présenter, par exemple, sous le nom de d'Arnaud, notre ancien camarade à tous deux, dont elle m'a souvent entendu parler, et qui est maintenant consul à Trieste. Elle ne le connaît pas plus que toi... Tu arrangeras une histoire quelconque. Tu diras à ma femme que tu es envoyé par M. de Morière,... qu'il est mort... ou mourant, comme tu voudras, qu'il t'a chargé de lui recommander sa fille... Cela peut la toucher... En tout cas, du moins, elle t'écoutera.
RAOUL
Et ensuite?
LE COMTE
Ensuite... dame... on verra! Si tu réussis à l'intéresser, tu te démasqueras peu à peu, tout doucement. Sinon, eh bien, au moins nous ne serons compromis ni l'un ni l'autre.
RAOUL
Je t'avoue, mon ami, qu'il me répugne un peu d'employer ce moyen de comédie dans une affaire où mes sentiments les plus vifs et les plus sincères sont en jeu... D'ailleurs, es-tu bien sûr que ta femme ne me connaisse pas?
LE COMTE
Mais j'en suis sûr ! Où t'aurait-elle vu? A la suite de ton aventure, tu as été longtemps absent de Paris... Depuis ton retour, nous vivons les deux tiers de l'année à la campagne... Là-bas, ma femme ne sort de l'intimité de son faubourg que pour des circonstances de charité ou de dévotion dans lesquelles elle n'est pas exposée à te rencontrer... Nous n'allons pas au spectacle deux fois par an... Non! je suis sûr qu'elle ne te connaît
RAOUL
Il est certain que je ne crois pas l'avoir jamais vus. pour mon compte;... mais, c'est égal, il me paraît bien étrange que ta femme n'ait jamais eu la curiosité de se faire montrer l'homme qui avait enlevé sa tante!...
LE COMTE, s'emporlant.
Mais non, encore une fois! ma femme n'a pas de ces curiosités-là, mon ami.
RAOUL
Enfin!
LE COMTE, regardant vers la porte de droite.
Chut! Raoul, la voici!... Eh bien, c'est entendu, n'est-ce pas? D'Arnaud,... consul à Trieste?...
RAOUL
Mais, mon ami, je vais m' embrouiller, moi, dans cette histoire-là!
LE COMTE, vivement.
Non, non!... penses-y un peu... La voici ! SCÈNE V.
LES MÊMES, LA COMTESSE, entrant par la droite.
LA COMTESSE
Ah! pardon!... (Elle jette un regard étonné sur Raoul et le salue froidement.)
RAOUL, à part.
Allons! elle est jolie... C'est un espoir!