SCENE II
RAOUL
Ma parole !
LE COMTE
Toi, ici?... toi? Àii ça! mais veux-lu t'en aller! veux-tu t'en aller bien vite!
RAOUL
Mon ami, je te remercie de ton accueil... Je m'y attendais bien un peu; mais, c'est égal, cela fait toujours plaisir... Voyons, ta main! (n le regarde.) Allons! tu as encore ton bon œil humide., et ton bon cœur d'autrefois, n'est-ce pas?
LE COMTE
Mon ami, j'ai encore mon bon œil humide et mon bon cœur d'autrefois, c'est possible;... mais je t'assure que tu me mets dans l'embarras... Tu dois comprendre que ta présence ici, dans une maison où ton nom n'a jamais été prononcé sans une légitime horreur est un fait inouï, renversant, qui touche au scandale... Voyons, qu'est-ce que tu veux? qu'est-ce que tu viens faire ?
RAOUL
Mon ami , puis-je m'asseoir ?
LE COMTE
Certainement... Pardon, mon ami!... (n lui pousse un siège et va déposer son fusil.) D'autant plus que ma femme est dans sa serre pour une bonne demi-heure... C'est que j'ai d'abord été tellement saisi en t'apercevant!... mais, au fond, je t'assure que, pour mon compte, malgré les circonstances, je t'ai conservé, dans le secret de mon âme, tous les sentiments de ma jeunesse. Assois-toi donc... (n s'assoit lui-même*.) Et à propos de
* Le comte, Raoul.
jeunesse, sais-tu que lu es incroyable, toi?... Tu ne changes pas! Nous sommes du même âge, et tu parais plus jeune de dix ans!
RAOUL
Que veux-tu, mon ami !... Je ne me suis pas marié,... je me suis toujours mal conduit... Cela conserve un homme, tu comprends ?
LE COMTE
Diable de Morière, va!... Ah ça! sérieusement, qu'est-ce que tu viens faire ici?
RAOUL
Mon ami, je te vais conter cela. Mais d'abord, dis-moi, Archibald, tu as perdu ta belle-mère, n'est-ce pas?
LE COMTE , gaiement.
Oui, mon ami,... (se reprenant) c'est-à-dire.. . (douloureux) OUÏ,
mon ami.
RAOUL
Tu n'as plus que ta femme?
LE COMTE
Oui, mon ami.
RAOUL
As-tu des enfants?
LE COMTE
Non... Une fatalité!
Ah! tu n'as pas d'enfants?
LE COMTE
Non... Une fatalité!