L'ŒUVRE DES CASTORS
Cette œuvre, c’est la désagrégation, l’éparpillement du parti conservateur, l’avancement des libéraux, la perte de notre influence à Ottawa, de notre force comme peuple et comme race,
Ce sont les castors qui ont amené la déchéance de Mousseau, pour le remplacer par le Dr Ross, un homme de leur choix ; ce sont eux qui ont amené l'avènement des libéraux en s’alliané à Mercier dans la fameuse campagne nationale ; ce sont eux, par leur fanatisme et leurs exagérations religieuses, qui nous ont fait perdre une bonne partie de nos alliés anglais et protestants ; ce sont eux qui nous ont fait perdre, par la division qu’ils ont introduite dans nos rangs, l'influence dont nous jouissions dans le parlement fédéral et qui ont fait de notre race un objet de moquerie en organisant le mouvement rielliste, mouvement qui a soulevé toutes les autres provinces contre celle de Québec ; ce sont eux qui ont ruiné la réputation de tous nos meilleurs hommes publics, pour faire mousser quelques désappointés, une poignée de nullités prétentieuses,
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incapables d'arriver par leur mérite, en suivant les droits sentiers de l'honneur et de la loyauté. |
Quel est celui des nôtres qui ait échappé au venin de leur plume, à la bave de leurs orateurs ?
Les castors, véritables prostituées politiques, se sont offerts à tous les partis, se collant invariablement au plus offrant. Ce sont des coucheurs d'occasion, ne choisissant que les lits mollets, ne s’approchant que des tables bien garnies. Comme tous les trainards, on ne les voit sur les champs de bataille qu'après l’action, juste à temps pour ramasser les dépouilles, s'emparer du butin, jamais pour prendre part au combat ou payer de leur personne. à
En 1884, un des leurs fut porté au pouvoir par Taïllon et nos amis, qui formaient le gros de l’armée. Ils écumèrent tout ce qu’ils purent et quand ils n’eurent plus rien à grignotter, is s’allièrent à Mercier, auquel les malheureux événements du Nord-Ouest et l’impéritie du Dr Ross ouvraient les portes du temple. Mercier leur fit toutes les concessions imaginables, négligea même ses meilleurs amis pour gorger les castors : les places, les jobs, le patronage sous toutes les formes leur furent prodigués au préjudice les vieux iibéraux, qui supportaient depuis vingt-cinq ans le poids, les fatigues et les sacrifices de la lutte. Furent-ils satisfaits ? Pas du tout. Ils auraient voulu tout avoir et mettre les autres complètement en dehors du gouvernement, bien qu'ils ne fussent pas assez nombreux en Chambre pour fournir au gouverneur le nombre de ministres requis pour former un cabinet.
Ce jeu de bascule, dont ils sont coutumiers, leur réussit assez bien durant le premier parlement du régime Mercier, attendu qu’en 8e jetant d’un côté ou de l’autre, ils pouvaient amener la majorité avec eux. Far nécessité, Mercier les subit durant quatre ans ; mais, dès qu’il en trouva l’occasion. il fit des élections générales pour se débarrasser du couteau qu’ils lui tenaient sur la gorge. Nous fûmes battus; mais les castors furent balayés. Ils se tinrent cols, arrachant tout ce qu’ils pouvaient du gouvernement Mercier, guettant l’occasion propice pour faire la pêche en eau trouble et se hisser sur le pavoi en passant pardessus la tête de ceux qui sortiraient victorieux de la lutte.
Cette inique tactique leur a parfaitement réussi. Nous avons battu Mercier, nous l’avons chassé du pouvoir, nous sommes le nombre, nous sommes la force, nous sommes le parti, en un mot, et pourtant ce sont les castürs qui gouvernent, qui exercent le pouvoir, dont ils usent et abusent à leur guise comme à leur profit. Forts de leurs accointances avec le chef de l’executif, comptant que nous sommes trop fidèles au drapeau pour l’abandonner à l'ennemi, ils nous traitent en parias et ne nous jettent que les os refusés par leurs goujats. Nos hommes ne comptent pour rien dans ce gouvernement, issu de la victoire remportée par nos soldats.
Sic vos, non vobis mellificatis apes
Si, encore, il ne s'agissait que d’une affaire de patronage, nous pourrions jusqu'à un certain point laisser faire ces malotrus, car le parti conservateur, le vieux parti de Cartier, lutte pour les principes et non pour la curée ; mais du train qu'ils y vont, ces malbetes sont en voie de nous ruiner pour toujours. Leurs taxes insensées, les persécutions qu’ils poursuivent contre leurs amis de la veille, pour masquer un peu leur désolante faiblesse, ont fait du ministère DeBoucherville l’une des administrations les plus odieuses dont l’histoire du pays fasse mention. Comme c’est notre parti qui maintient au pouvoir les hommes qui font toutes ces choses, le peuple nous en tient responsables et nous confond avec les castors dans ses malédictions. Il y a pis encore. Il circule d’affreuses rumeurs sur les agissements plus que compromiettants de certains ministres castors et de leurs mignons. $i ces rumeurs venaient à se traduire
au jour par des révélations bien fondées, lé peuple aurait droit de se soulever avec autant de colère et d’indignation contre le gouvernement DeBoucherville qu’il s’est soulevé contre l'administration Mercier. Nous avons de bonnes raisons de croire que les barrières de péage existent encore, que le système se continue au profit des castors et que la seule chose qui ait changé, ce sont les noms des gardiens de barrière.
Devons-nous courir le risque de cette aventure? Devons-nous, par une loyanté outrée, continuer à couvrir de notre égide, des hommes dont les actes sunt de nature à nous perdre irrévocablement dans l’opinion publique ?
Voilà toute la question !
L’aflaire des $100,000 de la baie des Chaleurs a tué les libéraux : allons-nous permettre que l'affaire des $100,000 de l’asile de Beauport nous tue pareillement? Figurons-nous donc un peu ce qui arriverait d’une telle affaire, quand nous avons déjà contre nous l’odieux créé par les taxes et les sottes ‘affaires judiciaires qui se sont déroulées dernièrement devant les tribunaux !