XXIX
au but de la vie. Au contraire, l’âme privée de ces vérités, de ces saintes croyances, l'âme qui sent le doute, l'incertitude et le vide en elie, — hélas! il y atant d'âmes aujourd’hui qui en sont là ! — quel état pénible et douloureux ! Voici ce que dit encore M. Jouffroy du moment fatal où cette ruine intellectuelle s’accomplit et se révéla en lui :
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« Je n’oublierai jamais la soirée de décembre, où le voile qui me dérobait à moi-même ma propre incrédulité fut déchiré ; j'entends encore mes pas dans cette chambre étroite et nue, où, longtemps après l’heure du sommeil, javais coutume de me promener ; je vois encore cette lune à demi-voilée de nuages qui en éclairait par intervalles les froids carreaux. Les heures de la nuit s’écoulaient, et je ne m’en apercevais pas ; je suivais avec anxiété ma pensée qui, de couche en couche, descendait vers le fond de ma conscience, et dissipant l’une après l’autre toutes les illusions qui m'en avaient jusque-là dérobé la vue, m'en rendait de moment en moment les détours plus visibles.
« En vain je m’attachais à ces croyances dernières, comme un naufragé aux débris de son navire ; en vain, épouvanté du vide inconnu dans lequel j'allais flotter, je me rejetais pour la dernière fois vers mon enfance, ma famille, mon pays, tout ce qui m'était cher et sacré ; l’inflexible courant de ma pensée était plus fort : parents, famille, souvenirs, croyances, 1l m'obligeait à tout laisser. L'examen se poursuivait
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« plus obstiné et plus sévère à mesure qu’il approchait « du terme, et il ne s’arrêta que quand il l’eut atteint. « Je sus alors qu’au fond de moi-même il n’y avait « plus rien qui fûtdebout. Le moment fut affreux. »
Affreux ! oui, affreuses sont les angoises des âmes qui ne cherchent pas à s’étourdir, quand, victimes d’une philosophie sophistique, ou troublées par ces ténèbres du cœur, plus redoutables encore que celles de l’esprit, le doute les envahit, et qu’elles viennent à se sentir sans point d'appui, sans lumière, sans boussole dans la vie, incertaines du but de toutes choses, ne sachant plus à quoi se prendre et se rattacher et se posant péniblement à elles-mêmes l’éternelle et douloureuse question : Qu’est-ce que la vérité ?
Qu'est-ce que la vérité? Oui, voila la souveraine question, le besoin suprême de toute intelligence et de tout cœur ici-bas. La vérité, vous la cherchez péniblement de tous côtés, hommes de ce siècle ; vous la demandez à toutes les sciences ; vous interrogez toute créature. Eh bien ! elle est ici, tout près de vous ; elle vient à vous. La religion de Jésus-Christ vous a donné depuis dix-huit siècles, en quelques paroles, toutes les solutions du problème qne vous posez. Je vous défie de regarder cela en face sans en être étonnés. Pourquoi ne pas même donner un regard ni prêter l’oreille à ces solutions ? Pourquoi, comme ce Romain indifférent et distrait, après avoir posé la grande question : Qu'est-ce que la vérité ? pourquoi vous détourner sans attendre ‘la réponse ?
La voici, cette réponse : la voici, cette Vérité chrétienne, si digne d’être connue, si grande et si simple ; la voici, telle qu’elle est, tout entière, dégagée des obscurités, des difficultés : facile, accessible, mais toujours divine, pleine des lumières et des certitudes que vous cherchez ; répondant à toutes les interrogations que vous posez, à toutes les aspirations, à toutes les inquiétudes qui tourmantent votre âme. Voici le livre que vous demandez. Prenez donc, et lisez, et qu’à nul d’entre vous on ne puisse dire : « Un jour la vérité s’est approchée de vous, elle s’est attempérée pour vous; et vous n’avez pas seulement voulu la regarder. Vous avez plus aimé les ténèbres que la lumière : Dilexerunt homines magis tenebras quam lucem. »
Mais non! j'ai meilleure espérance du bon sens de la bonne foi, et de la bonne volonté des hommes de mon temps et de mon pays.
N’est-il pas étonnant de voir à quel point ce que la France a aujourd’hui de plus éloquentes voix et de plus hautes intelligences s'accordent à prendre en main la défense des vérités religieuses ? Je citais tout à l’heure de belles paroles et d’imposants témoignages ; je ne saurais mieux achever cette préface adressée à mes compatriotes pour les rappeler à l'étude du Catéchisme chrétien, qu’en leur remettant ici encore sous les yeux ce que disait déjà en 1845 le grand historien, l’homme d’État célèbre, qui vient, en plaidant si puissamment la cause de la Papauté menacée, d'honorer plus noblement que jamais les longues années de sa vie parlementaire, M. Thiers :
« Si j'avais dans mes mains le bienfait de la foi, je les ouvrirais sur mon pays! Pour ma part, j'aime cent fois mieux une nation croyante qu’une nation incrédule. Une natiou croyante est mieux inspirée quand il s’agit des œuvres de l'esprit, plus héroïque même quand il s’agit de défendre sa grandeur. »