‹ Le catéchisme chrétien: ou Un exposé de la doctrine de Jésus-Christ, offertChapitre 1 sur 107 · Le catéchisme chrétien: ou Un exposé de la doctrine de Jésus-Christ, offert · texte numérisé non relu

Le catéchisme chrétien: ou Un exposé de la doctrine de Jésus-Christ, offert

J'ai souvent rencontré chez les hommes du monde, par rapport à la religion, un obstacle considérable, qui les empêche de revenir à nous, ou qui les arrête quand ils reviennent : c'est le peu de connaissance qu'ils ont du Christianisme et l'embarras où ils sont pour s'en instruire.

Bien que cet état de choses soit Irès-regrettable, je ne viens pas m'en plaindre ici. Je sais trop les difficultés que certaines âmes, des meilleures même et des mieux faites pour être avec nous, trouvent aujourd'hui

sur le chemin de la foi, et j'ai toujours été singulièrement touché de cette parole de Saint-Augustin, le grand converti, aux hérétiques de son temps : t Qu'ils s'ir-

< ritent contre vous, disait-il, ceux qui ne savent pas f avec quel labeur on trouve la vérité. Pour moi, qui n'ai

< pu contempler enfin la vraie lumière, qu'après avoir f été longtemps et cruellement balloté par l'erreur, il € ne m'est pas possible d'être sévère envers vous. »

Je remercie Dieu, pour mon compte, de n'avoir jamais éprouvé pour les cœurs sincères, que la lumière divine n'a pas encore pénétrés, d'autre sentiment que celui d'une tendre et douloureuse sympathie. Bien des causes, en effet, et auxquelles on doit profondément compatir, retiennent aujourd'hui les hommes du monde dans cet éloignement et cette ignorance de la religion.

Le malheur des temps y est pour beaucoup. La plupart des hommes de notre génération n'ont pas eu le bonheur de recevoir dans leur enfance un solide enseignement religieux ; et ceux même qui ont été le mieux instruits n'ont souvent conservé de ces leçons, reçues à un âge où les impressions sont si fugitives, qu'un vague et imparfait souvenir.

Plus tard, entrés dans la vie, et saisis par ce torrent d'affaires ou de plaisirs qui entrain* aujourd'hui l'existence, ils ne songent pas qu'un sérieux examen de la religion devrait avoir sa place, au milieu de tant de soucis : ils ne croient pas possible, parmi tant d'intérêts divers, de dérober un seul jour à leurs innombrables occupations, pour le donner à celte importante étude,

dont Pascal disait pourtant que c'est la capitale affaire de la vie (1).

D'antres, moins occnpés, mais superficiels et légers, s'effraient à la seule pensée de consacrer même quelques instants rapides à une si grave étude. Dans l'étrange idée qu'ils s'en font, ils craignent de n'en pouvoir supporter la sécheresse et les ennuis.

En tout, c'est une chose vraiment étonnante, combien on est ingénieux à se défendre contre la religion par les prétextes et les allégations les plus frivoles.

Les hommes qui ont le malheur d'en être là ont quelquefois une mère, on une femme, ou une fille chrétienne; mais si l'influence des vertus qu'ils voient de près peut leur inspirer pour la religion du respect, cela ne suffit pas à la leur faire connaître.

Ajoutons que les controverses religieuses qui s'agitent de notre temps sont souvent de nature à troubler les esprits des hommes du monde, bien plus qu'à les éclairer. Que d'exagérations, en effet, que d'idées fausses et inexactes sont mises chaque jour en circulation par la polémique des journaux et des brochures ! Comment voir clair au milieu de tout cela, quand on est si peu d'ailleurs instruit des éléments du Christianisme?

Le fait est qu'on trouve aujourd'hui une foule d'hommes, fort intelligents, fort éclairés sur d'autres points, mais qui ne le sont nullement en matière de

(I) Je ne saurais trop recommander aux hommes du monde la lecture ïttenlîve de cet admirable chapitre de Pascal sur la nécessité de s'instruire de la religion. [Pentèes de Pascal, édit. de Dijon.)

,yGOOg!t

religion, et qu'on est sans cesse stupéfait des idées incomplètes, erronées, disons le mot, des ignorances qui régnent dans le inonde sur un point aussi capital.

On n'a pas même, quelquefois, les premières notions des choses les plus ordinaireset les plus connues; on se fait de nos dogmes fondamentaux les idées les plus bizarres ; j'en pourrais raconter des expériences vraiment curieuses ; on en arrive à prêter de bonne foi à l'Église des singularités et jusqu'à des absurdités, qui, de près ni de loin, n'ont absolument rien de commun avec ses croyances.

Sur les questions religieuses les plus simples, les plus élémentaires, combien d'hommes du monde, des plus capables, qui seraient fort embarrassés, si on leur demandait une réponse précise? — Qu'est-ce qu'un Sacrement? qu'est-ce que la Grâce? qu'est-ce qu'un Mystère? qu'est-ce que la Foi? qu'esl-ce que l'Espérance chrétienne? qu'est-ce que le Sacrifice? qu'est-ce que l'Église? qu'est-ce que le péché originel? El même qu'estce que Jésus-Christ? qu'est-ce que l'Incarnation et la Rédemption, etc.? Combien d'hommes, je le répète, fort intelligents, fort instruits d'ailleurs, qui au fond ne le savent pas, ou mêlent au peu qu'ils en savent les idées les plus étranges et les plus éloignées de notre foi ! à tel point que j'en ai vu souvent dont l'élonnement était extrême, quand, à certaines difficultés qui pour eux étaient des montagnes, je répondais : — Mais ce qui vous arrête n'est rien! Nous ne croyons pas un mot de cela; voici simplement, sur ce point, la foi chrétienne, i

Telle esl au vrai, pour un nombre considérable d'hommes, leur situation d'esprit : ils ignorent la religion. A cela on nous dit : « Mais le temps nous manque, les affaires nous absorbent, la vie nous dévore. Étudier la religion! Mais où donc? Les gros livres, les apologistes, les Pères, la Bible, avons-nous le temps de lire tout cela? Nous ne demandons pas mieux que d'être instruits sur ces grandes questions religieuses; mais donnez-nous un moyen facile. Ayez compassion de notre vie telle qu'elle est faite. Ne nous demandez pas l'impossible. Donnez-nous un livre court, substantiel, quelques pages simples et lumineuses, qui nous épargnent le temps et la peine, qui nous disent d'une manière nette, précise, et complète, s'il se peut, ce que vous croyez et ce qu'il faut croire. Que nous sachions ainsi ce qu'est au vrai la religion et le symbole chrétien. Nous vous en bénirons. Si nous n'avons pas encore le courage de pratiquer le christianisme, nous l'aurons peutêtre un jour, et nous n'en tenons pas moins à savoir exactement ce qu'il est. »

Que de fois j'ai entendu ce cri des âmes! Oui, ce cri des âmes, car c'est de là, de ce fond sacré, que venaient ces accents. Et voilà pourquoi j'en ai été ému! Que d'hommes, revenus à Dieu ou sollicités d'y revenir, ou désireux de connaître au moins cette religion qu'ils n'avaient pas le bonheur de pratiquer, j'ai entendus avec émotion demander un tel livre !

J'en ai connu même qui lisaient en secret le Catéchisme de leurs enfants ou leurs analyses de catéchisme,

et qui étaient heureux que les approches d'une première communion eussent fait rentrer ce petit livre dans leur maison. Il y en a un dont je me souviens, qui s'était fait un devoir, et pour qui c'était un plaisir extrême de faire réciter lui-même, chaque semaine, la leçon du catéchisme k son fils de onze ans (2). Ce pauvre père n'avait jamais communié lui-même, et Dieu bénit si bien son zèle pour l'instruction de son jeune fils, que j'eus la consolation de leur faire faire à tous deux leur première communion, le même jour et au même autel. — Le sentiment paternel est certainement une des plus puissantes ressources de la bonté du ciel, pour ramener à la foi des cœurs que le malheur des temps en a éloignés.

C'est ainsi, et par bien d'autres voies encore, que la grâce de Dieu pénètre au fond des âmes, et les saisit tout à coup. Combien d'hommes voit-on chaque jour qu'un événement subit, un grand malheur, une grande lumière remue jusqu'au fond de leur cœur, et- convertit par un coup soudain et souverain ! Tout a été déraciné dans leur vie par un bouleversement salutaire, tout est brisé au fond de leur âme, tous les mauvais liens sont rompus au dehors. Un d'eux me disait un jour : c Ne « craignez plus mes passions ; j'ai été foudroyé : il ne < me reste plus une goutte sang dans les veines. » Il se trompait : il en reste toujours. Mais enfin, celui-là et

(i) On sait que Diderot faisait réciter le catéchisme à sa fille, el qu'à un de ses amis d'impiété, qui s'en étonnait, il dit : • Où trouverons-nous quelque chose de meilleur ? »

d'autres comprennent d'un coup que Dieu est tout, et qu'il faut le servir ; que le Christianisme est divin, et qu'il ne se trouve que là une consolation aux douleurs, un remède aux passions. 11 y a trente-cinq ans, et je ne l'oublierai jamais, j'en ai entendu un s'écrier sur le lit de mort d'une femme chrétienne et adorée: i Oh! f maintenant, je le sens, je crois tout ce qu'elle a cru ; < j'aime tout ce qu'elle a aimé. Il n'est pas possible c qu'une telle âme, que de telles vertus n'aient pas été c dans le vrai. Je le sentais bien ; mais je ne voulais pas f le lui avouer. »

Ah ! la bonté divine est admirable dans ses pensées et dans ses voies, et je plains ceux qui ne savent ni la comprendre, ni la bénir.

La vérité est que, dans un pays chrétien, les âmes sont toujours plus près de la lumière qu'on ne le pense. Vienne, en effet, je ne sais quelle circonstance décisive, de je ne sais quel point de l'horizon, ces hommes rentrent en eux-mêmes; ils croient, ils invoquent la bonté de Dieu : l'idée même leur vient de Communier, de chercher là le secours, la consolation dont ils ont besoin. Mais ils ne connaissent pas l'Eucharistie; ils craignent de mal faire. La confession, ils la connaissent mieux ; ils en ont eu si grand'peur, qu'ils savent ce que c'est. Mais cette peur est évanouie ; ils sont prêts à tout; H ne leur en coûte plus guères de courir au tribunal de la pénitence : leur conscience leur dit que là pour eux sera la paix, la consolation, la lumière, la force, la vie. Mais avant de les admettre à commu-

nier, il faut les instruire. Comment le faire? Quel livre leur donner, qui, en peu de temps et avec peu de peine, leur dise tout?

Avant de venir à Orléans, lorsque j'étais jeté dans ce grand et si extraordinaire ministère des âmes à Paris, nous avions vivement senti, mon saint et à jamais regrettable ami le P. de Ravignan et moi, le besoin d'un tel livre, et nous avions même essayé ensemble de le faire. J'ai encore quelques-unes des notes que nous avions prises à cet effet. Ce projet ne put alors s'exécuter. La révolution de 1848 vînt à la traverse; mais il était resté le vœu de mon cœur. Après bien des années écoulées, avec beaucoup d'étude et de travail, — car je ne sacbe pas qu'aucun autre de mes ouvrages m'ait coûté tant de peine, tant de soin et de consultations, que ce petit livre, — j'ai pu écrire enfin cette exposition, courte et simple, mais précise, et, je crois, suffisamment complète, du christianisme et de notre symbole, telle que je la méditais depuis si longtemps. Je l'ai faite pour la jeunesse chrétienne de mon diocèse; mais à mesure que je l'écrivais et en la relisant après l'avoir terminée, je me suis aperçu que c'était devenu ce que j'avais autrefois désiré et médité pour un autre âge, et j'ai eu la pensée d'en publier une édition pour les hommes du monde.

La forme de ce livre n'était pas à chercher d'ailleurs; elle existait: celte forme qui consiste, ditFénélon, à < mener doucement les hommes à la vérité, en leurfai- « sant trouver en eux-mêmes, par de simples inlerro-

€ gâtions, ce qu'on ne peut leur enseigner par des leçons « directes, sèches, longues et fatigantes (1) : » forme attrayante en effet, qui éveille la curiosité et l'attention par le plaisir de trouver une question que l'on s'était posée à soi-même, et par la surprise et la joie de rencontrer une réponse simple à ce qu'on n'avait pu résoudre.

Je dois dire même que ce livre existait déjà partout : assurément l'Église n'avait pas attendu à ce jour pour le faire; mais il faut reconnaître aussi que pour un grand nombre il était comme n'étant pas. Sauf quelques rares exceptions, qui se donnait la peine de le lire? On le croyait fait exclusivement pour les enfants; et il faut convenir même que la forme matérielle des éditions y prêtait un peu. Telle est même la force du préjugé, qu'un abrégé de la foi chrétienne, qui ne sérail, aux yeux d'un homme du monde, autre chose que ce petit livre appelé catéchisme, courrait grand risque d'être dès l'abord, et avant tout examen, mis à l'écart.

Cependant, il s'est rencontré des hommes plus graves, qui regardant de plus près au fond des choses, ont eu sur ce point des idées bien différentes de celles du vulgaire.

t II y a, écrivait M. Jouffroy dans un de ses ouvrages c philosophiques, il y a un petitlivrequ'on faitapprendre c aux enfants, et sur lequel on les interroge à l'église ; « lisez ce petit livre, qui est le catéchisme : vous y

(1) instruction pastorale en forme de Dialogues.

« trouverez une solution à toutes les questions, à toutes < sans exception. Demandez au chrétien d'où vient l'esc pècc humaine, il le sait; où elle va, il le sait; comc ment elle y va, il le sait. Demandez à ce pauvre enfant « pourquoi il est ici-bas et ce qu'il deviendra après sa f mort; il vous fera une réponse sublime... »

On ne peut mieux penser ni mieux dire sur cet admirable livre.

Que mes lecteurs en jugent d'ailleurs par eux-mêmes ; voici deux ou trois de ces réponses :

€ Qui vous a créés et mis au monde?

■ C'est Dieu.

« Pourquoi Dieu vous a-t-il créés et mis au monde?

< Pour le connaître, l'aimer, le servir, et par ce t moyen mériter la vie éternelle. >

Poursuivons :

i Qu'est-ce que Dieu?

« Dieu est un pur esprit, éternel, indépendant, im- ■ muable, infini, qui est présent partout, qui voit tout, t qui peut tout, qui a créé toutes choses et qui les f gouverne toutes.

« Qu'est-ce que l'âme ?

a L'âme est un esprit libre et immortel, qui a été < fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, et qui est i capable de connaissance et d'amour, i

C'est ainsi que sur toutes les grandes questions qui regardent Dieu, l'homme et le monde, le Catéchisme fait de ces réponses nettes, précises, souveraines, qui éton-

lient la philosophie humaine; et M. Jouffroy avait bien raison d'ajouter :

i Origine du monde, origine de l'espèce, question de c race, destinée de l'homme en cette vie et en l'autre, * rapports de l'homme avec Dieu, devoirs de l'homme t envers ses semblables, droits de l'homme sur la créa-

< lion, cet enfant n'ignore rien ; et quand il sera grand,

< il n'hésitera pas davantage sur le droit naturel, sur

< le droit politique, sur le droit des gens; tout cela f sort, tout cela découle avec clarté et comme de soii même du Christianisme. Voilà ce que j'appelle une i grande religion ; je la connais à ce signe, qu'elle ne t laisse sans réponse aucune des questions qui intéresi sent l'humanité (1). »

Un de nos contemporains, dont je me plais à reconnaître l'esprit élevé et sincère, M. Jules Simon, s'est exprimé à son tour, sur le Catéchisme, en ces termes remarquables : t Je trouve dans la religion chrétienne « un caractère qui me ravit : c'est qu'elle joint la raci taphysique la plus savante à la plus parfaite et, si t on peut le dire, à la plus efficace simplicité. Assuréi ment, le Timée de Platon et le XII e livre de la Méta- « physique d'Aristote sont des merveilles; mais je t n'espère pas qu'il sorte de là un symbole qu'on c puisse faire réciter aux petits enfants. 11 n'y a, jus- < qu'ici, que la religion chrétienne qui ait eu à la fois i la Somme de saint Thomas et un Catéchisme (2). >

(1) H. Jmffroï, Mélanges phitosopMquei, p. 434. fi) Liberté 4e contcience, introd., p. S (ï* Mit.).

Rien de plus vrai que ces paroles; et voici à quoi cela lient. La religion chrétienne est un ensemble de vérités dogmatiques et morales, si admirable, si harmonieux , un système si parfaitement ordonné dans toutes ses parties, qu'elle se prête merveilleusement à un abrégé méthodique et complet. Et ces dogmes, et cette morale du christianisme donnant, sans conteste, sur toutes les grandes questions qui intéressent l'humanité, les plus hautes et les plus nettes solutions que l'humanité possède, le livre qui en offre le résumé se trouve être, en quelques pages, le recueil de la plus sublime doctrine qui fût jamais.

Il n'existe pas, en effet, il n'a jamais existé ni pu exister, en dehors du Christianisme, un livre qui, sous un plus mince volume, dans un ordre plus sûr, avec des formules plus simples, plus précises, renferme plus de vérités, sur Dieu, sur l'homme, sur le inonde présent, sur la vie future ; qui forme un tout plus fini , plus substantiel, un corps de doctrine plus achevé, plus complet : c'est simplement le sommaire de toute la sagesse divine et humaine.

On a certes bien tort, parce que ce livre est placé d'abord entre les mains du premier âge, d'imaginer qu'il ne peut être bon que pour des enfants. Pour être dans le vrai, il faut dire que ce livre est bien plus le livre des hommes que celui des enfants; car c'est aux hommes bien plus qu'aux enfants que va cette chose si importante à faire, si difficile à saisir, une synthèse, un résumé de doctrine. A trente ou quarante ans, bien

mieux qu'à dix ou douze ans, on est en état de comprendre que là, sous une formule synthétique et abré- ■gée, se trouvent rassemblées toutes les vérités religieuses nécessaires à connaître : bien mieux que l'enfant, l'homme fait saura par la réflexion tirer de ces brèves formules tout ce qu'elles renferment, et, s'il en éprouve le besoin, formuler à rencontre ses incertitudes ou même ses contradictions.

C'est un grand malheur pour les hommes de n'étudier le Catéchisme chrétien que dans leur enfance, et de n'y pas revenir alors que, mûris par l'âge, ils seraient mieux en état de le bien entendre et de l'admirer.

Pour moi, j'ai déjà beaucoup vécu, j'ai beaucoup lu, étudié, réfléchi; et je dois dire que nulle part je n'ai trouvé ce que je trouve dans ce petit livre : la théologie même la plus savante ne m'a rien donné, au fond, de plus ferme, de plus substantiel, de plus lumineux, sur les plus grandes questions, que certaines réponses du Catéchisme, lesquelles sont restées à jamais dans mon esprit comme le rayon qui dissipe toutes les ténèbres et met les vérités dans leur plein jour.

Et quand j'ai conseillé ailleurs aux hommes du monde de lire Pascal, par exemple (les Pensées, édition de Dijon), Bossuet (la deuxième partie du Discours sur l'Histoire), Fénelon (Le Christianisme présenté aux hommes du monde), j'ai moins fait pour eux que ce que je fais ici, je ne leur ai offert rien d'aussi nécessaire, d'aussi complet, ni même d'aussi sûr que le Catéchisme

chrétien; car ce que je donne en donnant un Catéchisme, ce sont presque toujours les formules mêmes de l'Église, des Conciles, du Catéchisme du Concile de Trente, c'est-à-dire ce qu'il y a de plus authentique et de plus autorisé.

J'ai dit que dans ce petit nombre de pages se trouvent renfermés tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu : cela est vrai, car le Catéchisme chrétien, c'est l'Évangile lui-même, abrégé, résumé dans une suite méthodique, et mis a la portée des plus humbles comme des plus hautes intelligences; c'est un abrégé de la théologie catholique, et dans lequel toutes les vérités de la foi chrétienne se trouvent simplement, brièvement et clairement exprimées.

Et c'est bien là ce qui fait la merveille de cette doctrine céleste : elle est à la fois, comme disait autrefois saint Paul, le pain des forts et le lait des enfants. Les enfants comprennent; c'est à leur portée; c'est à la fois lumière dans leur intelligence et flamme dans leur cœur; et en même temps les hommes faits y trouvent un intarissable sujet de méditation (1) : preuve mani-

(1) Un homme plus que mûr, cl assurément i:n noble et rare esprit, un des plus grands orateurs de ce pajs-ci, m'écrivait il y a trois

n En fait de lectures pieuses, je commence par le Catèchitme: oui, par le Catéchisme, et par celui que vous m'avez donné... J'en lis chaque jour un chapitre avec une consolation citreme. Que de lumière et de grandeur dans la religion ainsi enseignée et ainsi définie! Quelle absence charmante et consolante de tout ce qui blesse et de tout ce qui éloigne I Si jamais vous faites mou oraison funèbre, vous voudrez bien

feste que celte doctrine a été donnée à l'humanité par le Père commun, par celui qui a fait l'homme et qui seul le connaît bien, comme l'aliment de tous les esprits, comme le pain substantiel et quotidien de toutes les âmes.

Je dirai donc à tous les hommes de bonne volonté :

i Vous voulez de bonne foi connaître l'enseignement de l'Église : il est là tout entier; toute la religion, toute la théologie, tout le dogme, toute la morale, sont dans ce petit livre, dans cette courte exposition.

t Rassemblez tous les écrits des plus profonds penseurs anciens et modernes; cherchez tout ce que les plus grands génies ont écrit de plus élevé sur la nature de Dieu, sur les destinées de l'homme: vous avez tout cela dans ce petit livre.

« Vous trouvez dans ces pages la plus grande syn-

constaler qu'à cinquante -quatre ans bien passés, je me suis mis à réapprendre mon catéchisme, et cela dans le catéchisme d'Or- Ces jours-ci encore, un prêtre de mon diocèse visitait un malade, homme du monde, étranger depuis longtemps i tonte pratique religieuse. Ce jour-la, le malade, en convalescence, s'était levé. Il était assis dans un fauteuil, tenant entre ses mains un petit livre dont la lecture paraissait l'absorber profondément. — • Que lisez-vous donc la? n lui dit le prêtre. — « Ah ! Monsieur, » lui répondit le malade, « je lis un livre connue il n'y en a pas. Ce livre dit tout et m'apprend tout. Quel livre admirable I quel livre étonnant! c'est incroyable qu'on ait pu mettre tant de choses dans si peu de pages, et quelles choses! tout ce que j'ignorais et tout ce qu'il y a de plus important à savoir! Comme c'est beau! comme c'est clair! u Et il ne tarissait pas dan* l'ei pression de son admiration pour ce livre. Quelle était celle rareté littéraire? Tout simplement le Catéchisme.

thèse doctrinale qui existe, une synthèse qui embrasse tout, qui répond à tout.

i C'est un cours de philosophie et de métaphysique, le plus prorond, et tout ensemble le plus simple que puisse consulter la sagesse humaine.

c C'est aussi un code de devoirs le plus complet, le plus parfait qui fût jamais.

f Et cela sans dispute, sans controverse , sans phrases, sans vain étalage de science ;

« Avec clarté, brièveté, simplicité, lucidité :

« Tel est ce petit livre. »

Le Christianisme a donc fait celle merveille, et cela dès le premier jour, d'amener à une forme simple, élémentaire, populaire, les plus hautes vérités, et d'en faire la nourriture des enfants et la nourriture des peuples, aussi bien que des plus grands et des plus sublimes génies.

Voilà ce que Pierre enseignait a Rome, Paul à Athènes, saint Augustin à Hippone, saint Basile à Césarée, saint Chrysostôme, la bouche d'or de l'Orient, à Constantinople.

C'est de cela, de ces idées, de ces notions, de ces principes, de ces sentiments, de celte morale, de ces vertus, que l'humanité vit depuis dix-huit siècles; c'est tout cela que le Christianisme, par le Catéchisme chrétien, a fait passer pour ainsi dire dans le sang et dans la substance des peuples.

Ah! il y a aujourd'hui encore des gens qui nous font la guerre, qui voudraient anéantir le Christianisme et

bannir l'Église de la société humaine. Savent-ils bien ce qu'ils font? Si nous cédions à leurs vœux, si nous nous relirions au désert, emportant avec nous notre Catéchisme et tous les rayons des vérités chrétiennes répandues par ce livre dans l'atmosphère qui nous environne, on retomberait dans la nuit païenne. Oui, supposez que le Christianisme disparaisse un moment, et avec lui l'Évangile et la croix, qu'aurez-vous à la place? Vous l'avez eu... Un Robespierre proclamant en face de l'échafaud, au milieu des bourreaux et des victimes, l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme, ou un La Réveillère-Lepaux, avec une théophilanthropie ridicule, objet de risée pour le peuple et pour les enfants. Oui, ôtez à ces enfants et à ce peuple le Catéchisme; enlevez aux générations à venir cette nourriture intellectuelle et morale, ce positif et solide enseignement de vérité et de vertu, et vous verrez ce que deviendra cette génération I

Je le sais, nous n'en sommes plus à Robespierre ni aux théophilanthropes; mais par quoi nos réformateurs actuels, plus humains, je le sais, sans être toujours beaucoup plus sensés, remplaceraient -ils le Catéchisme? Ils nous donneraient à la place de cette instruction naturelle et vraie, substantielle et simple, pleine de choses et d'idées pratiques, ils nous donneraient quelques dissertations creuses, des phrases vides et sonores, une moralité vague : rien d'efficace et de puissant ; rien de ce qu'il faut pour faire l'éducation d'un peuple, élever son âme et contenir ses passions.

Ah! si un tel livre était tombé sous les yeux d'un Platon, d'un Aristole, d'un Cicéron... de ces hommes qui savaient par expérience combien il est difficile d'atteindre à la vérité sur Dieu, et qui proclamaient impossible de la révéler au peuple !

Devant celte grande lumière, soudainement levée sur eux, devant cet enchaînement admirable et cette exposition si populaire des plus hautes, des plus splendides vérités, quel saisissement, quelle admiration n'auraient pas éprouvé ces grands esprits!

La vérité simple, nue, sans phrases, sans alliage, sans hésitations, sans tâtonnements, sans dispute;

La vérité totale;

Une affirmation pleine de candeur et d'autorité !

Ils auraient été ravis; et, loin de comprendre quelque chose aux dédains de nos prétendus sages, ils auraient saisi ce livre, ce merveilleux révélateur, comme fit Jean l'évangéliste du livre que tenait l'ange, et ils l'auraient dévoré; et le livre eût été doux à leurs lèvres et à leur cœur : Et accepi librum de manu angelî, et decoravi illum, et erat in ore meo tanquam mel dulce (1).

S'élonnera-t-on que j'aie eu la pensée d'en offrir aujourd'hui la lecture au gens du monde?

Voulant, depuis longtemps, leur présenter une exposition du Christianisme appropriée à leurs besoins et aux nécessités des temps où nous sommes, que pou-

■.n jpoc., x, 10.

nui vais-je faire de mieux que d'emprunter la méthode caléchistique de l'Église, et, sans effort de parole, sans vains discours, sans longues discussions, sous cette forme simple, brève et précise de questions et de réponses, mettre en quelques pages toute la doctrine évangélique, toute la théologie chrétienne, tout l'enseignement de l'Eglise. C'est ce que j'ai essayé.

C'est donc en toute confiance que je dis aux hommes du monde : t Le temps vous manque pour vous instruire de votre religion. Vous qui avez du temps pour tout, vous n'en avez pas pour cette capitale affaire; eh bien! vous n'avez pas besoin de temps : voici qui vous en dispense. Voici un petit livre, simple, clair, court, qu'il ne faut pas plus d'une heure pour lire ; prenez et lisez : lisez, et dans une heure, vous saurez tout ; tout, car le résumé est complet. Vous avez là tous nos dogmes dans leurs formules exactes, leur enchaînement, leur harmonie ; vous avez là toute la morale chrétienne ; et la Somme de saint Thomas elle-même ne contient rien de plus, au fond, que ce petit livre : elle développe, elle explique, elle confirme tout ce qui est là ; mais elle n'y ajoute pas. >

A une première lecture, à une première vue d'ensemble jetée sur ce livre, tout homme sérieux, et connaissant la valeur et la rareté des doctrines, éprouvera, je n'en ai aucun doute, une sorte d'étonnement pour cette, multitude de vérités de premier ordre accumulées là, mais un étonnement qui croîtra encore à une seconde lecture, plus tranquille et plus réfléchie.

Ceux en effet qui, après avoir parcouru cette exposition jusqu'au bout, voudront revenir sur leurs pas, et consacrer seulement dix minutes chaque jour à la lecture successive et attentive de chacun des courts chapitres qui la composent, auront là, bientôt et sans peine, dans la méditation de cet enseignement, la meilleure nourriture qu'une intelligence amie de la vérité puisse se donner. Us connaîtront, dans son fond et dans sa splendide lumière, la plus grande doctrine qui fut jamais.

Car on ne saurait trop le redire, toutes ces formules si brèves et si simples, ce sont des dogmes sublimes, infinis, avec la morale la plus parfaite, qu'elles recèlent; et plus on y regarde de près, plus elles s'ouvrent, s'élargissent, pour ainsi dire, sous le regard, et laissent échapper de trésors.

Que de choses on découvre alors dans ces mêmes pages, qu'à la première lecture on n'y avait pas aperçues!

Il en est du Catéchisme chrétien comme de l'Évangile, dont il est le sublime abrégé.

Le P. Lacordaire a parlé en termes suaves de la première lecture de l'Évangile : « A douze ans, dans la a fleur de la vie, on nous a' lu l'Évangile, on nous a « parlé de Jésus-Christ; sa parole nous a paru très- « douce, très-simple, très-aimable, et nous y avons cru « dans la douceur, la simplicité et l'amabilité de notre < propre âme. > Mais si vives que soient les impressions de cette première lecture dans une âme de douze ans, combien n'est-on pas plus frappé, plus saisi encore,

quand, après avoir connu les choses de la vie, ses déceptions et ses douleurs, on se remet à relire, dans la virilité et la maturité de la pensée, ces mêmes pages évangéliques ! « Alors, disait encore le P. Lacordaire, il

< n'est pas rare que Jésus-Christ ressaisisse de nouveau

< l'âme avec un empire qui ne lui sera plus disputé, f parce qu'on le lui aura donné dans un âge où rien c ne parlera plus contre lui que des passions jugées et « des ignorances vaincues. >

Eh bien Ion peut dire aussi du Catéchisme chrétien, comme de l'Évangile, que c'est le livre de tous les âges, parce qu'il répond à tous les besoins, et qu'il est à la portée, comme à la hauteur de tous les esprits. Simple, réduit, facile pour les enfants, il ouvre déjà aux jeunes gens de larges et grands horizons ; mais l'âge mûr surtout y trouve une plénitude de doctrine, et des profondeurs, des élévations, des clartés qui répondent à toutes ses aspirations, et jettent sur toutes les importantes questions qui nous préoccupent ici-bas les plus vives et les plus sûres lumières. Et le vieillard, qui y revient au déclin de la vie, avec une expérience plus grande encore des choses, une âme plus apaisée, plus désenchantée, plus avide d'espérances, y trouve à son tour je ne sais quelle paix suprême, quelle dernière révélation, quel dernier mot sur tout : c'est comme un parfum qui ravive son âme, quelque chose d'infini comme les horizons inconnus qu'il entrevoit, et auxquels il touche.

A tout âge, l'âme a des aspirations, qui veulent être

satisfaites : On a beau faire le vide en soi, le scepticisme ne résout! rien, et ne suffit à rien.

Et les doctrines philosophiques, même les plus positives et les plus affirmatives, est-ce qu'elles ont une réponse à tout? Est-ce qu'il n'y a pas des lacunes, des ombres, des incertitudes, des défaillances, des desiderata, dans tous les systèmes humains?

Mais la doctrine chrétienne est supérieure à toute doctrine et à tout système, par son harmonieuse unité, par son admirable plénitude, par ses lumineuses solutions, par ses consolantes espérances, et surtout par sa divine autorité, par a cette autorité, dit M. Guizot, det vant laquelle l'esprit s'incline sans que ie cœur s'aî baisse, et qui parle d'en haut avec l'empire, non pas t de la contrainte, et pourtant de la nécessité (1). i

Où trouver, je le demande, un ensemble religieux

;ij J'aime a rappeler encore ces autres belles paroles de H. Guizot:

• Le Catholicisme a l'esprit d'autorité. Il la pose en piincipe et la met ■ en pratique avec une grande fermeté de doctrine et une rare întelli-

• gence de la nature humaine.

■ C'est là vraiment l'autorité. Elle n'est point le principe unique de « l'élal social. Elle ne suffit pas au gouvernement (les hommes. Mais « rien n'y peut suffire sans elle, ni le raisonnement sans cesse renoun vêlé, ni 1'iniérél bien entendu, ni la prépondérance matérielle du « nombre. Où manque l'autorité, quille que soit la force, l'obéissance h e."t précaire on basse, toujours près le la servilité ou Je la rébellion.

« El pendant que nos institutions et nos mœurs fomentent parmi « nous l'esprit d'indépendance individuelle, dans la pensée comme dans « la vie, c'est un grand bien pour la société, pour sa moralité comme « pour son repos, que d'autres causes, d'autres enseignements main- ■ tiennent le principe d'autorité et l'esprit de soumission intérieure.

" J'ai appris au régiment ce qu'on n'apprend nulle part ailleurs, me

KXVH

plus digne de la justice, de la sagesse et de la bonté de Dieu?

Et qui donc ne sent pas au moins qu'il serait heureux de croire, et n'envie pas le bonheur de ceux qui croient?

Je voudrais inviter ici les hommes sincères à une comparaison : oui, comparez l'état d'une âme envahie par le doute, où toutes les croyances chancellent, où rien n'est resté debout, d'une âme incroyante, ravagée en même temps par les grandes tristesses humaines, avec l'état des âmes où le Catéchisme chrétien a déposé toutes les lumières et toutes les certitudes de la foi. N'est-ce pas le cas de redire avec Bossuet : < Quel état ! € et quel état ! >

L'illustre et infortuné Jouffroy a décrit, avec une sincérité et une éloquence qui vont à l'âme, ces deux états qu'il avait, hélas ! tour à tour connus :

■ disait en 1830 ud sous-ofBeier de la garde impériale retiré dans son

• village, j'j ai appris le respect.

n Le Catholicisme esi la plus grande, la plus sainte école de respect

• qu'ail jamais eue le monde...» (Gcizot, Méditations H éludes morales, p. 70-71.)

H. Guizol disait encore :

« La religion 1 , la religion I c'est la vie de l'humanité en tous lieux, a saut quelques jours de crises terribles et de décadences honteuses.

• La religion, pour soutenir ou combler l'ambition humaine; la religion,

■ pour nous soutenir ou nous apaiser dans nos douleurs, celles de notre n condition ou celles de notre âme ! Que la politique, la politique la

■ plus juste, la plus forte, ne se flatte pas d'accomplir sans la religion n une telle œuvre. Plus le mouvement social sera vif et étendu, moins « la politique suffira à diriger l'humanité ébrnnlée. Il y faut une puia- « sance plus haute que les puissances de la terre, des perspectives

plus longues que celles de la vie. H y faut Dieu et l'éternité.

Page 1