‹ Le catéchisme chrétien: ou Un exposé de la doctrine de Jésus-Christ, offertChapitre 2 sur 107 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

« Ce fut à l'âge de vingt ans que je commençai à c m'occuper de philosophie... Né de parents pieux et a dans un pays où la foi catholique était encore pleine « de vie, au commencement de ce siècle, j'avais été c accoutumé de bonne heure à considérer l'avenir de t l'homme et le soin de son âme comme la grande t affaire de ma vie, et toute la suite de mon éducation c avait contribué a fortifier en moi ces dispositions « sérieuses. Pendant longtemps, les croyances du Chrisi tianisme avaient pleinement répondu à tous les besoins c et à toutes les inquiétudes que de telles dispositions

< jettent dans l'âme. A ces questions, qui étaient pour t moi les seules qui méritaient d'occuper l'homme, la c religion de mes pères donnait des réponses, el à ces t réponses j'y croyais, et grâce à ces croyances, la vie c présente m'était claire, et par delà je voyais se dé- « rouler, sans nuage, l'avenir qui doit la suivre. Tran- « quille sur le chemin que j'avais à suivre dans ce « monde, tranquille sur le but où il devait me conduire

< dans l'autre, comprenant la vie dans ses deux phases ! et la mort qui les unit, me comprenant moi-même, t connaissant les desseins de Dieu sur moi, et l'aimant i pour la bonté de ses desseins, j'étais heureux de ce € bonheur que donne une foi vive el certaine, et une t doctrine qui résout toutes les grandes questions qui t peuvent intéresser l'homme. »

Voilà bien la sécurité, la certitude, la lumière, la paix, la force, la joie d'une âme nourrie des doctrines chrétiennes, et marchant avec confiance, dans ces clartés,

au but de la vie. Au contraire, l'âme privée de ces vérités, de ces saintes croyances; l'dme qui sent le doute, l'incertitude et le vide en elle, — hélas ! il y a tant d'âmes aujourd'hui qui en sont là ! — quel état pénible et douloureux! Voici ce que dit encore M. Jouffroy du moment fatal où cette ruine intellectuelle s'accomplit et se révéla en lui :

* Je n'oublierai jamais la soirée de décembre, où le f voile qui me dérobait à moi-même ma propre incréi dulité fut déchiré ; j'entends encore mes pas dans « cette chambre étroite et nue, où, longtemps après

< l'heure du sommeil, j'avais coutume de me promener; « je vois encore cette lune à demi-voilée de nuages, qui « en éclairait par intervalles les froids carreaux. Les c heures de la nuit s'écoulaient, et je ne m'en apercevais

< pas ; je suivais avec anxiété ma pensée qui, de couche « en couche, descendait vers le fond de ma conscience, « et, dissipant l'une après l'autre toutes les illusions t qui m'en avaient jusque-là dérobé la vue, m'en ren- « dait de moment en moment les détours plus visibles.

f En vain je m'attachais à ces croyances dernières,

« comme un naufragé aux débris de son navire; en

« vain, épouvanté du vide inconnu dans lequel j'allais

c flotter, je me rejetais pour la dernière fois vers mon

f enfance, ma famille, mou pays, tout ce qui m'était

t cher et sacré; l'inflexible courant de ma pensée était

« plus fort : parents, famille, souvenirs, croyances, il

* m'obligeait à tout laisser. L'examen se poursuivait

« plus obstiné et plus sévère à mesure qu'il approchait

« du terme, et il ne s'arrêta que quand il l'eut atteint, f Je sus alors qu'au fond de moi-même, il n'y avait « plus rien qui fût debout. Le moment fut affreux... >

Affreux! oui, affreuses sont les angoisses des âmes qui ne cherchent pas à s'étourdir, quand, victimes d'une philosophie sophistique, ou troublées par ces ténèbres du cœur, plus redoutables encore que celles de l'esprit, le doute les envahit, et qu'elles viennent à se sentir sans point d'appui, sans lumière, sans boussole dans la vie, incertaines du but de toutes choses, ne sachant plus à quoi se prendre et se rattacher, et se posant péniblement à elles-mêmes l'éternelle et douloureuse question : Qu'est-ce que la vérité ?

Qu'est-ce que la vérité? Oui, voilà la souveraine question, le besoin suprême de toute intelligence et de tout cœur ici-bas. La vérité, vous la cherchez péniblement de tous côtés, hommes de ce siècle ; vous la demandez à toutes les sciences ; vous interrogez toute créature. Eh bien! elle est ici, tout près de vous; elle vient à vous. La religion de Jésus-Christ vous a donné depuis dix-huit siècles, en quelques paroles, toutes les solutions du problème que vous posez. Je vous défie de regarder cela en face sans en être étonnés. Pourquoi ne pas même donner un regard ni prêter l'oreille à ces solutions? Pourquoi, comme ce Romain indifférent et distrait, après avoir posé la grande question : Qu'est-ce que la vérité? pourquoi vous détourner sans attendre la réponse?

La voici, cette réponse : La voici, cette Vérité chré-

tienne, si digne d'être connue, si grande et si simple ; la voici, telle qu'elle est, tout entière, dégagée des obscurités, des difficultés; facile, accessible, mais toujours divine, pleine des lumières et des certitudes que vous cherchez; répondant à toutes les interrogations que vous posez, à toutes les aspirations, à toutes les inquiétudes qui tourmentent votre âme. Voici le livre que vous demandez. Prenez donc, et lisez, et qu'à nul d'entre vous on ne puisse dire : i Un jour la vérité s'est approchée de vous, elle s'est attempérée pour vous, et vous n'avez pas seulement voulu la regarder. Vous avez plus aimé les ténèbres que la lumière : Dilexerunt tiomines magis tenebras quant lucem.

Mais non! j'ai meilleure espérance du bon sens, de la bonne foi, et de la bonne volonté des hommes de mon temps et de mon pays.

N'est-il pas étonnant de voir à quel point ce que la France a aujourd'hui de plus éloquentes voix et de plus hautes intelligences, s'accordent à prendre en main la défense des vérités religieuses ? Je citais tout à l'heure de belles paroles et d'imposants témoignages; je ne saurais mieux achever celte préface adressée à mes compatriotes pour les rappeler à l'étude du Catéchisme chrétien, qu'en leur remettant ici encore sous les yeux ce que disait déjà en 18451e grand historien, l'homme d'état célèbre, qui vient, en plaidant si puissamment la cause de la Papauté menacée, d'honorer plus noblement que jamais les longues années de sa vie parlementaire, M. Thiers : c Si j'avais dans mes mains le bienfait de la foi, je

c les ouvrirais sur mon pays I Pour ma part, j'aime « cent fois mieux une nation croyante qu'une nation t incrédule. Une nation croyante est mieux inspirée f quand il s'agit des œuvres de l'esprit, plus héroïque c même quand il s'agit de défendre sa grandeur. >

Page 1