IV. La Foi et la raison se prêtent une aide mutuelle
Le concile du Vatican complète heureusement son enseignement sur les relations de la foi et de la raison, en montrant les services mutuels qu'elles se rendent et l'attitude que prend l'Eglise vis-à-vis de la science. Rien de plus instructif et de plus opportun qu'une telle doctrine, en face des imputations calomnieuses qu'on ne cesse d'adresser à l'Eglise et des erreurs qu'on s'obstine à répandre contre l'enseignement catholique.
« Non seulement, dit le concile, la foi et la raison ne sauraient être en désaccord l'une avec l'autre, mais elles se prêtent encore un secours mutuel. Car la droite raison démontre les fondements de la foi, et, éclairée de sa lumière, elle cultive la science des choses divines ; tandis que la foi délivre et préserve la raison des erreurs et l'instruit de connaissances multiples (i). »
Disons d'abord un mot des services que la raison, rend à la foi et de ceux que la foi rend à la raison.
x. Const. Dei Filius, c. iv, S 4.
AIDE MUTUETLE DE LA FOI ET DE LA RAISON 35g
1. Services que la raison rend à la foi. — i° Ce n'est pas sans un motif légitime que le concile du Vatican a jugé nécessaire de proclamer la valeur et les droits de la raison. D'une part, en effet, parmi les incrédules et les protestants, on imputait à l'enseignement catholique la prétention de se substituer à la raison et de se passer complètement d'elle, en imposant la foi au nom de l'autorité. L'imputation est calomnieuse. D'autre part, les traditionalistes de l'école de Lamennais et les fidéistes de l'école de Bautain réduisaient tellement le rôle de la raison qu'ils fournirent des arguments aux ennemis de l'Eglise ; mais leurs opinions furent prises à tort comme l'expression de l'enseignement catholique. Traditionalistes et fidéistes accordaient aux incrédules que la raison ne fournit aucune preuve certaine, soit des vérités de la religion naturelle, soit du fait de la révélation ; ils accordaient aux protestants qu'à la suite du péché originel, la nature humaine est corrompue dans son fond et qu'elle a nécessairement besoin du secours de la grâce pour les actes naturels ; double concession, qui n'était pas seulement dangereuse, mais qui constituait une double erreur. C'est pourquoi le concile a proclamé la valeur et les droits de la raison.
2° La raison, en effet, rend d'importants services à la foi, soit avant l'acte de foi, en le préparant, soit après l'acte de foi par la culture des sciences sacrées. Le premier service rendu, c'est la démonstration des fondements de la foi, comme nous l'avons déjà indiqué dans une leçon précédente ; démonstration proprement dite, partant de principes vrais et aboutissant à une conclusion certaine; démonstration faite par la raison seule, par ses propres lumières. Et ceci condamne le fidéisme et le traditionalisme. Parmi ces fondements de la foi, il y a, nous l'avons
36o LE CATÉCHISME ROMAIN
Vu, les vérités de la religion naturelle, notamment celles qui se rapportent à l'existence de Dieu et à ses attributs; il y a aussi le fait de la révélation.: vérités et fait que la raison suffit à démontrer ; nous n'y reviendrons pas. Le concile avait d'abord enseigné que l'existence de la révélation se démontre avec certitude ; il déclare ici que cette démonstration certaine est l'œuvre de la raison ; il ne fait que confirmer l'enseignement déjà formulé contre les fidéistes et les traditionalistes par Grégoire XYI et par Pie IX. Tel est le premier service rendu par la raison à la foi.
3° Voici le second : la raison étudie les vérités révélées et en fait l'objet d'une science. Cette étude de la vérité révélée, la raison, il est vrai, ne peut l'entreprendre, comme le note le concile, que si elle est éclairée par la lumière de la foi. Après que ces vérités révélées lui sont connues, la raison fait sur elles un travail semblable à celui, dont nous avons parlé plus haut, touchant les mystères ; elle applique la méthode scientifique aux dogmes de la foi. Le concile ne signale aucun des avantages que cette étude procure à la raison elle-même, il ne parle que de ceux que la foi en retire : d'abord celui de mettre plus complètement les vérités de la foi à la portée de notre intelligence, ensuite celui de préparer les définitions dogmatiques, qui éclaircissent, distinguent et précisent les données de la révélation. Nous avons déjà parlé de ces divers services que la raison rend à la foi dans les leçons précédentes ; nous ne faisons donc que les signaler ici.
[\° Troisième service : la raison défend la foi. Elle répond aux difficultés que suscite l'erreur pour obscurcir la clarté ou infirmer la valeur des vérités révélées ; elle s'arme pour la lutte et lutte vigoureusement. « La raison ennemie de la foi s'attaque à