Services que la foi rend à la raison
Les services que la foi rend à la raison sont beaucoup plus grands que ceux que la raison rend à la foi. La foi rend à la raison d'inappréciables services même dans l'ordre naturel ; quant à ceux de l'ordre surnaturel, ils dépassent tout ce que l'on peut concevoir.
i°Pie IX, dans son encyclique du 9 novembre i846, envisageant les services que la foi rend à la raison dans les matières qui leurs sont communes, c'est àdire par rapport aux vérités de la religion na-
1. Monsabré, Introduction au dogme catholiçue, Paris. 1SG6, t. 1, p. 70.
turelle, dit que « la foi délivre la raison de toutes les erreurs, qu'elle l'éclairé, la confirme et la perfectionne merveilleusement par la connaissance des choses divines (i). » Double secours : un secours négatif, qui est de la préserver de toutes les erreurs ; un secours positif, qui est de l'éclairer, de la confirmer et de la perfectionner. Cette préservation de l'erreur n'a lieu que dans les matières formellement enseignées par la foi, car, dans les autres questions, la raison peut errer, la foi ne l'en empêche point. La raison donc, ainsi secourue par la foi, connaît, sans crainte d'erreur, tout ce qui touche à la religion naturelle ; elle le connaît d'emblée, ce qui est un avantage unique. Réduite à ses seules forces elle arrive à le connaître, mais au prix de combien d'efforts et avec quelles craintes d'erreur ! L'histoire de la philosophie est là pour montrer ses défaillances et ses aberrations ; l'expérience quotidienne est là pour montrer combien petit est le nombre de ceux qui ont le temps, le loisir, l'intelligence et la volonté pour mener à bien une telle étude. C'est une des raisons que saint Thomas fait valoir de la manière la plus heureuse pour démontrer la nécessité relative de la révélation, même pour la connaissance complète et sûre des vérités de la religion naturelle. Avec l'aide de la foi, rien de plus facile, rien de plus rapide, rien de plus certain ; la raison sait ce qu'elle doit savoir, sans crainte d'erreur. Eclairée, elle est confirmée et perfectionnée par la connaissance des choses divines. « C'est donc salutairement, dit saint Thomas, que la divine clémence a pourvu aux besoins de l'humanité, en nous ordonnant de tenir par la foi ce que la raison peut connaître naturellement, afin que tous pussent participer facilement à
i. Denzinger, n. 1^96.