AIDE MUTUELLE DE LA FOI ET DE LA RAISON
la connaissance des choses divines, et cela sans doute ni erreur (i). »
2° Ce double secours négatif et positif est proclamé par le concile du Vatican. Mais, au lieu de dire comme Pie IX que la foi délivre de toutes les erreurs, il dit simplement qu'elle la préserve des erreurs ; et au lieu de dire qu'elle perfectionne la raison par la connaissance des choses divines, il dit qu elle l'instruit de connaissances multiples, sans restreindre cette connaissance aux seules choses divines. Or, parmi les erreurs dont la foi préserve la raison, il faut signaler, dans la science du monde matériel, celles qui ont trait à la création ; dans la science du monde humain, celles qui ont trait à la spiritualité et à la liberté de Fhomme ; et dans la science du monde métahysique, celles qui ont trait à Fexistence et aux attributs de Dieu.
D'autre part, la foi enrichit la raison de connaissances multiples, tout d'abord dans le domaine des vérités mixtes, qui sont communes à la religion et à la science. Et, bien que la foi n'ait pas pour objet les sciences profanes, en dehors de ces vérités mixtes, il en est d'autres encore dont elle enrichit la raison indirectement. Elle l'aide en confirmant les principes dont la science a besoin pour ses déductions, notamment dans les questions morales, sociales et métaphysiques ; elle l'aide en l'empêchant de tomber dans Terreur et en l'engageant ainsi dans le chemin de la vérité ; c'est dire qu'elle la met à même de multiplier ses propres connaissances et de s'enrichir de découvertes nouvelles.
Ainsi donc si la foi est redevable à la raison des secours qu'elle en reçoit, la raison n'est pas moins redevable à la foi des avantages qu'elle lui procure ;
x. Contr. Gent., I, iv, 3.
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entre elles pas d'antinomie, point de désaccord, mais l'entente la plus fructueuse et un concours des plus précieux, des plus utiles, des plus nécessaires.
3. Attitude de l'Eglise en face des sciences. — Le concile du Vatican complète son enseignement sur les relations entre la foi et la raison, la révélation et la science, par une déclaration des plus importantes sur l'attitude de l'Eglise en face des sciences. On a si souvent méconnu et travesti cette attitude, on la méconnait encore et on la travestit d'une manière si odieuse qu'il importe, puisque l'occasion toute naturelle s'en offre, de faire connaître celle que l'Eglise a toujours tenue et entend tenir : rien de plus net que la doctrine du concile sur ce point délicat.
« Bien loin, dit-il, de mettre obstacle à la culture des arts et des sciences humaines, l'Eglise la favorise et la fait progresser de plusieurs manières. Car elle n'ignore ni ne méprise les avantages qui en résultent pour la vie d'ici-bas. Bien plus elle reconnaît que, venant de Dieu, le maître des sciences, ces sciences et ces arts conduisent de même à Dieu, avec l'aide de sa grâce, si on les cultive comme il convient. L'Eglise ne défend pas assurément que chacune de ces sciences se serve, dans sa sphère, de ses propres principes et de sa propre méthode ; mais, en reconnaissant cette légitime liberté, elle veille attentivement à ce qu'elles n'adoptent point d'erreurs, qui les mettent en opposition avec la doctrine divine, et à ce qu'elles n'envahissent ni ne troublent ce qui est du domaine de la foi, après être sorties des limites de leur propre empire (i), »
Ces quelques lignes justifient pleinement la
i. Const. Dei Filius, c. iv, S 4.
ATTITUDE DE i/eGLISE EN FACE DES SCIENCES 365
conduite de l'Eglise vis-à-vis des arts et de la science ; c'est une conduite imposée par son rôle divin auprès des âmes. Elle ne met point d'obstacle à l'épanouissement des arts et des sciences, elle apporte au contraire à leur légitime exercice un concours sympathique et efficace. Elle ne professe pas le moindre mépris à leur endroit, elle estime au contraire leur utilité pratique, tant au point de vue temporel qu'au point de vue spirituel. Toutefois, en reconnaissant leur légitimité et le droit qu'ils ont de se servir de leurs principes et de leurs méthodes propres, elle revendique le droit nécessaire, en ce qui touche au domaine de la foi, qui est le sien, de sauvegarder le dépôt de la vérité qui lui a été confié, de signaler et de condamner toute erreur contraire à l'enseignement divin, d'empêcher toute tentative étrangère à leur objet, toute intrusion illégitime dans le domaine religieux. Ces divers points de vue demanderaient d'amples développements : nous ne pouvons que les indiquer d'un mot rapide et bref.
1° Point d'obstacle mais concours sympathique et efficace. — L'Eglise, comme en témoigne l'histoire, loin de mettre un obstacle quelconque à la culture des arts et des sciences, la favorise de la façon la plus efficace. Par la foi qu'elle fait régner, elle ne cessede pénétrer l'opinion, les mœurs et les institutions des principes salutaires et féconds de la révélation, elle sert ainsi d'auxiliaire à la science, en la préservant d'erreurs funestes, en lui assurant un milieu favorable. Les individus, la société, les générations qui se succèdent bénéficient de cette action salutaire de l'Eglise. En l'affirmant, le concile du Vatican ne fait que constater un fait historique indéniable. Léon XIII, dans son Encyclique Libertas
du 20 juin 1888, a lumineusement exposé ce fait d'histoire et démontré l'heureuse influence de l'Eglise dans toutes les branches du savoir.
L'Eglise ne se contente pas de favoriser les arts et les sciences', elle leur apporte son concours efficace, elle contribue directement à leur progrès. Léon XIII en donne trois preuves : a En fait, dit-il, on doit à l'Eglise ces bienfaits assurément considérables, qu'elle a glorieusement conservé les monuments de la sagesse antique ; qu'elle a ouvert en divers lieux des résidences à la science ; qu'elle a toujours excité la marche des intelligences, en entretenant avec le plus grand zèle les arts qui donnent le plus de relief à la civilisation moderne. » Yoilà trois grands services : l'Eglise a conservé les monuments du passé ; l'Eglise a fondé des institutions destinées à l'étude ; l'Eglise a été l'inspiratrice zélée des arts. On peut en ajouter une quatrième ; l'Eglise a produit une pléiade de savants et d'érudits. Chacun de ces points demanderait des volumes pour être illustré comme il convient.
Ce rôle si important s'explique aisément par deux raisons, c'est que l'Eglise regarde les sciences comme bonnes, louables et désirables en soi, comme très utiles et fort avantageuses, soit pour réaliser sa mission divine auprès des hommes, soit pour défendre et développer son propre enseignement. Même vis-à-vis des sciences qui n'ont pas de rapport immédiat avec la révélation, l'Eglise désire qu'on les cultive et les fait cultiver, parce que toute science, née de la droite raison et conforme à la vérité, peut concourir à la glorification de la vérité révélée, comme s'exprime Léon XIII. Elle s'intéresse surtout à celles qui ont des points de contact avec l'enseignement chrétien, comme les sciences philosophiques, morales, historiques, philologiques, etc.