‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 12 sur 179 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La belle Encyclique du i5 avril igo5, placée en tête de cet ouvrage, dispense complètement d'insister sur la nécessité actuelle de l'enseignement religieux. C'est elle qui a inspiré le projet de mettre entre les mains du jeune clergé une sorte de manuel pratique, qui fût à même de lui rappeler succinctement les enseignements reçus au séminaire et de le tenir au courant, dans la mesure du possible, des progrès incontestables réalisés depuis quelques années.

On a cru que, pour atteindre efficacement ce but, rien ne valait comme de reprendre le texte du Catéchisme romain ; car c'est là une œuvre magistrale, admirablement bien rédigée par les théologiens les plus compétents de la seconde moitié du xvi° siècle, à la suite des décisions du Concile de Trente, approuvée et publiée par ordre de Pie V, toujours recommandée depuis par les Souverains Pontifes, et la seule officiellement proposée par l'Eglise aux pasteurs pour l'instruction religieuse de leurs ouailles.

Le Catéchisme romain reste un incomparable manuel. Mais il a besoin d'être complété. Car, depuis sa rédaction, trois siècles se sont écoulés, un concile œcuménique s'est tenu, et une renaissance d'études

XXÎj LE CATÉCHISME ROMAIN

ecclésiastiques a eu lieu, dont nous sommes les témoins et les bénéficiaires.

Les Pères du. Concile du Vatican n'ont pas eu do peine à constater jusqu'à quel point l'esprit d'erreur s'était glissé partout. Ils l'ont signalé dans la théologie et l'exégèse protestantes, dans les excès du rationalisme et du naturalisme, dans les imprudences ou les hardiesses de certains catholiques. Ils ont fait mieux : après avoir condamné certaines erreurs, ils ont défini quelques vérités de foi catholique, qu'il importe de retenir comme un progrès sur le passé. Leur tâche, malheureusement, n'a pu être achevée. Mais telle qu'elle est, elle nous assure une connaissance plus précise et plus complète sur Dieu, la création, la Providence, la révélation, les sources de la révélation, la foi, les rapports de la foi et de la raison, l'Eglise et l'autorité doctrinale du Souverain Pontife : autant de résultats qui demeurent définitivement acquis.

Sans doute, l'erreur n'a pas désarmé pour cela ; elle continue sa marche progressive vers la négation absolue et le nihilisme religieux. Raison de plus pour la suivre pas à pas et lui opposer sans cesse, avec les affirmations de l'enseignement révélé, les preuves d'autorité et de raison qui les justifient aux yeux de tout homme de bon sens et de bonne foi.

« Personne n'ignore, dit la Constitution DeiFilius, qu'après avoir rejeté le magistère divin de l'Eglise et abandonné les questions religieuses au jugement privé de n'importe oui, les hérésies uroscrites par

PREFACE XXllj

le Concile de Trente se sont peu à peu fractionnées en une infinité de sectes, qui se sont divisées et combattues, et qu'enfin un assez grand nombre de leurs membres ont perdu toute foi en Jésus-Christ. Aussi les Livres saints eux-mêmes que le protestantisme prétendait d'abord la seule source et la seule règle de la doctrine chrétienne, ont-ils cessé d'être regardés comme divins ; on s'est mis à les ranger parmi les fictions mythiques (i). »

Rien de plus exact : car le rejet de l'autorité de l'Eglise et l'introduction du libre examen, c'était fatalement la porte ouverte à une série de variations jusqu'à la désagrégation complète. Mais, depuis l'époque du dernier Concile, le protestantisme libéral a encore accentué ses négations. En théologie, ce n'est plus seulement la foi en Jésus-Christ qu'il rejette et la divinité de Notre Seigneur qu'il nie, il affiche la prétention de rester chrétien tout en niant cette divinité, et il en est même venu à mettre en doute les premiers principes de la religion naturelle. En exégèse, sa critique n'est pas moins négative. Le piétisme, qui regardait comme inspiré tout ce qui contribue à l'édification ; le socinianisme, qui repoussait tout mystère ; l'arminianisme, qui niait toute inspiration, sont de beaucoup dépassés. On a fait table rase ; et, pour expliqueras origines de la révélation mosaïque, on n'invoque plus que la théorie du progrès indéfini de l'humanité. Bref, de la Bible, il ne reste plus

i. Const. Del Fllius, Prol., § 3

rien qu'un vieux livre, en tout semblable aux autres.

Les Pères du Vatican dénonçaient aussi « le rationalisme ou le naturalisme qui, se mettant de tous points en opposition avec la religion chrétienne, à raison de son caractère surnaturel, s'applique avec les plus grands efforts à exclure Jésus- Christ, Nôtre unique Seigneur et Sauveur, de la pensée des hommes, de la vie et des mœurs des peuples, pour établir le règne de ce qu'on appelle la pure raison ou la nature. Mais, après avoir abandonné et rejeté la religion chrétienne, après avoir renié le vrai Dieu et son Christ, plusieurs ont laissé tomber leur intelligence dans le gouffre du panthéisme, du matérialisme, de l'athéisme, et, niant la spiritualité de l'âme et toute règle de la justice et de la vertu, ils unissent leurs efforts pour saper les fondements les plus profonds de la société humaine (i). »

Rien encore de plus exact. Jamais peut-être plus que de nos jours, l'homme n'a été infatué de lui-même, des lumières de sa raison, des progrès de la science ; il se dit et se croit autonome ; il ne veut plus ni de l'Eglise ni de Dieu, et il travaille, en France du moins, à déchristianiser le peuple.

Les Pères du Vatican déclaraient enfin que, « par le fait de cette impiété qui s'est propagée de tous côtés, il est malheureusement arrivé que plusieurs même des enfants de l'Eglise catholique se sont

Page 1