‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 131 sur 179 · I. Méthode à suivre · texte numérisé non relu

I. Méthode à suivre

Dieu est ; mais qu'est-il ? Après la question de son existence, celle de sa nature. Dieu est-il Y inconnaissable , comme le prétendait Spencer? ou, comme le prétendait Littré, est-il « un océan qui vient battre notre rive, mais pour lequel nous n'avons ni barque, ni voile ? » — Nullement, et nous allons indiquer brièvement la marche à suivre (i).

Notre raison démontre l'existence de Dieu ; nous savons donc que Dieu est et par là même un peu ce qu'il est. Mais cela ne suffit pas à notre légitime curiosité. Nous désirons connaître aussi bien que possible cette cause première, cet être nécessaire, parfait, infini. Malheureusement, d'une part, Dieu nous reste inaccessible en lui-même, nous ne

i. Saint Thomas, Sam. theol., I, Q. m sq. Pour la bibliographie, voir les leçons précédentes.

pouvons arriver jusqu'à lui que par les créatures ; et, d'autre part, notre raison est bornée; elle est donc incapable de comprendre Dieu tel qu'il est, d'en avoir une notion adéquate, le fini ne pouvant se flatter d'étreindre l'infini. Lui faut-il donc renoncer à pénétrer un peu le mystère de la nature divine, tout assurée qu'elle est d'avance de n'en pouvoir soulever tous les voiles ? Loin de là. Dans la mesure des moyens dont elle dispose et des forces qui lui sont propres, elle s'y essaie, et elle y réussit d'autant mieux que sa méthode est plus rigoureuse et plus sagement appliquée. Sa connaissance de Dieu grandit ainsi sans cesse, sans qu'elle puisse jamais épuiser son sujet et le comprendre totalement, car la dis lance qui sépare Dieu de nous est incommensurable. Elle atteint du moins quelques résultats positifs et certains, et voici comment.

A l'aide de Y analogie, grâce aux données de l'expérience sensible et de l'étude psychologique, elle se sert du principe de causalité, qui lui permet de conclure que Dieu est l'Etre nécessaire, l'Etre par soi, infini et unique ; elle procède par voie d'élimination ou de négation, ce qui lui permet de connaître la simplicité, l'immutabilité, l'éternité et l'immensité de Dieu ; et par voie d'affirmation et de sureminence, ce qui lui permet d'attribuer à Dieu, mais à un degré infini, les perfections des créatures. Par là, elle se forme un concept qui ne peut s'appliquer qu'à l'être infini. Elle nie d'abord de Dieu tout ce qui ressemble à une imperfection, à une limite, comme absolument incompatible avec la nature de l'être parfait ; elle affirme de Dieu toute perfection qu'elle constate dans la créature. Mais ces perfections des créatures sont toujours courtes par quelque endroit, comme les êtres qui les possèdent ; la raison les applique à Dieu d'une manière surémi-

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nente, dans toute leur plénitude. Ainsi, par exemple, toute créature est limitée dans sa nature, bornée par le temps et l'espace : la raison nie de Dieu ces limites, ces bornes ; elle le met au-dessus du fini, du temps et de l'espace ; elle le proclame infini, éternel, immense. 11 se rencontre dans les créatures certaines perfections ; il est des êtres qui sont bons, sages, justes : la raison proclame aussitôt Dieu bon, sage, juste, infiniment bon, infiniment sage, infiniment juste ; elle déclare même qu'il est la bonté, la sagesse, la justice, en gardant toujours devers elle la conviction assurée de ne pas égaler sa pensée et son expression à celui qui en est l'objet, parce que, comme le remarque saint Augustin, Dieu est plus grand que la grandeur, plus beau que la beauté, plus juste que la justice.

Or cette limite de notre connaissance de Dieu, cette impuissance où nous sommes de le comprendre et de l'exprimer, cette impossibilité d'épuiser la notion de l'infini, justement reconnues par la raison, sont un bommage à ce Dieu qui reste, en dépit de tout, absolument ineffable. « Tout peut être dit de Dieu, remarque l'évêque d'Hippone, mais rien n'est dit dignement de Dieu (i). » Et c'est pourquoi, d'après saint Grégoire le Grand, quand il veut parler de Dieu, l'homme, fut-il un génie transcendant, en est réduit à « balbutier (2). »

La raison humaine ne pouvant donc parler de Dieu d'une manière digne de Dieu, essaie du moins d'en parler de la manière la moins indigne de Dieu et la plus digne de l'homme. La marge est large avant que Dieu lui apparaisse, au bout de ses efforts, comme l'être par excellence, l'être dans

1. Inevang.Joan., tract., xm, 5; Patr. lat., t. xxxv, col. i4g5. — a. Moral., y, 26.

la plénitude de la perfection, l'être au-dessus duquel, en dehors duquel et sans lequel rien n'existe ici-bas.

Est-elle assurée du moins de marcher sur un terrain ferme, de ne pas divaguer et d'atteindre des résultats vrais ? Oui, certes. Car elle procède ici comme pour arriver à la connaissance de l'existence de Dieu. Elle part des créatures et applique le principe de causalité. Elle constate des perfections et elle les attribue à Dieu, comme nous venons de le dire. Ces perfections sont diverses, multiples ; les idées que nous en acquérons sont dans notre esprit comme dans le sujet qui les reçoit, mais elles sont en Dieu comme dans la source qui les rend vraies. Ces idées, légitimes et objectives, ne supposent pas deux concepts différents, mais un seul et même concept qui, appliqué à Dieu, en reste l'expression imparfaite, tandis que, appliqué à la créature, il en est l'expression adéquate, Par suite les noms de ces concepts ne se disent pas de Dieu et de la créature au même titre ; ce qu'ils expriment est épuisé par rapport à la créature ; tandis qu'en Dieu, ce qu'ils expriment les déborde et les dépasse.

Dieu dépassant infiniment la portée de notre intelligence, il nous est impossible, par une seule idée et dans un seul concept, de saisir toute sa perfection. Nous ne pouvons procéder que successivement, fragmentairement, pour détailler cette plénitude de perfection qui est en Dieu ; cette plénitude même en est la cause, et aussi l'imperfection de notre raison. Force nous est donc de détailler les perfections que nous trouvons dans les créatures pour les appliquer à Dieu ; chacune l'exprime à sa manière, sous un aspect différent, tout en laissant indivise l'absolue perfection de Dieu ; chacune n'ajoute pas une réalité nouvelle en Dieu, mais seulement en nous. Notre raison raisonnante est

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