‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 153 sur 179 · Sum. theol., I, Q. xxv. — 2. Gènes., xvn · texte numérisé non relu

Sum. theol., I, Q. xxv. — 2. Gènes., xvn

vous fasse trouver grâce devant lui (i). » Il est écrit dans L'Apocalypse : « Le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était et qui vient, le Tout-puissant (2) ; » ailleurs, le jugement est appelé « le grand jour du. Seigneur tout-puissant (3). » D'autres fois aussi nous voyons plusieurs mots employés pour dire la même chose, comme dans ces endroits : « // n'y a rien qui soit impossible à Dieu (4). » « Le bras de Jéhovah est-il trop court (5) ? » « Vous pouvez faire, Seigneur, tout ce que vous voulez (6). » L'Ecriture est ainsi remplie d'une foule d'expressions, qui, pour le sens, sont équivalentes à celle de Toutpuissant.

u Or nous entendons par ce terme qu'il n'y a rien, qu'il est impossible de rien concevoir, de rien imaginer qui surpasse la puissance de Dieu. Car non seulement il peut faire toutes ces choses qui, toutes grandes qu'elles sont, nous sont cependant plus ou moins connues, comme de faire rentrer l'univers dans le néant, ou de créer de rien, en un instant, plusieurs autres mondes; mais son pouvoir s'étend aussi à des choses infiniment plus relevées, dont la raison humaine ne saurait même soupçonner la possibilité.

« Cependant, bien qu'il soit tout-puissant, Dieu ne saurait mentir, ni tromper, ni être trompé, ni pécher, ni cesser d'être, ni rien ignorer. Ce sont là des choses qui n'appartiennent qu'aux êtres imparfaits. Pour Dieu, dont l'action est toujours d'une perfection infinie, il ne peut les faire, parce qu'elles sont des effets de la faiblesse, et non d'un pouvoir souverain sur toutes choses, tel qu'il le possède. Ainsi donc, tout en reconnaissant en Dieu

1. Gènes., xliii, i4- — 2. Apoc., 1, 8. — 3. Apoc., vi, 17. — £. Luc., 1, 37. — 5. Num., xi, 23. — 6. Sap., xn, 18.

la toute-puissance, nous croyons cependant qu'il est parfaitement exempt de tout ce qui ne serait pas en harmonie et en rapport avec sa nature infiniment parfaite.

« Que si le Symbole omettant les autres perfections de Dieu, ne propose à notre croyance que la toute-puissance, le pasteur aura soin de montrer que ce n'est pas sans des raisons très sages. En effet, dès que nous croyons qu'il est tout-puissant, nous avouons par là même qu'il a la connaissance de toutes choses, et que tout est soumis à sa volonté et à son empire ; et nous reconnaissons en lui tout ce qui est lié avec sa souveraine puissance et qui est nécessaire pour nous le faire comprendre.

« D'ailleurs, rien n'est plus propre à affermir notre foi et notre espérance que la conviction profondément gravée dans nos esprits que rien n'est impossible à Dieu. Quoi que l'on nous propose ensuite de croire, quelque grand et quelque incompréhensible que cela soit, quelque élevé que cela se trouve au-dessus de l'ordre accoutumé de la nature, la raison humaine y donnera facilement son assentiment dès qu'elle aura compris la toute-puissance de Dieu; et même plus les divins oracles annonceront des choses étonnantes, plus elle y ajoutera foi avec empressement. Que s'il s'agit des biens à espérer, jamais la grandeur de l'objet promis n'ébranlera la confiance de l'esprit, qui affermira au contraire ses désirs et ses espérances par cette pensée, souvent présente à son souvenir, que rien n'est impossible à un Dieu tout-puissant.

« Ayons donc soin de nous fortifier par la foi de cette vérité, surtout lorsque nous aurons à faire pour l'utilité du prochain quelque chose de difficile, ou que nous voudrons obtenir quelque chose de Dieu par la prière. Jésus-Christ nous enseigne lui-même

ce devoir lorsque, reprochant à ses apôtres leur incrédulité, il leur dit : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne: Passe d'ici là-bas, et elle y passera, et rien ne vous sera impossible (i). » Et l'apôtre saint Jacques, pour exciter la confiance du fidèle dans la prière, l'exhorte à « demander avec foi, sans hésiter ; car celui qui hésite est semblable au flot de la mer qui est poussé par le vent de tous les côtés ; que cet homme-là ne s'imagine donc pas qu'il recevra quelque chose du Seigneur (2). »

a Au reste, cette croyance nous est très utile et très avantageuse sous d'autres rapports. D'abord elle nous porte à la modestie et à l'humilité de l'esprit, suivant ces mots de saint Pierre : « Humiliez-vous sous la main puissante de Dieu (3). » De plus, elle nous apprend à ne pas craindre « là ou il n'existe aucun sujet de crainte (4) » , et à « ne craindre que Dieu seul (5) », qui «nous tient en son pouvoir, nous et tous nos biens (6). » Et le Seigneur lui-même a dit : « Je vous montrerai celui que vous devez craindre. Craignez celui qui, après avoir tué le corps, peut vous précipiter dans l'enfer (7). » Cette même foi sert encore à nous rappeler les grands bienfaits de Dieu à notre égard et à exciter notre reconnaissance. Quiconque pense, en effet, à la toute -puissance de Dieu, serait d'une trop grande ingratitude, s'il ne s'écriait souvent : « Celui qui est tout-puissant a fait pour moi de grandes choses (8).)) « Mais de ce que, dans cet article, nous disons que le Père est tout-puissant, il ne faudrait pas croire ; que la même perfection ne soit commune au Fils et v.i

1. Matth., xvii, 20. — 2. Jac, 1, 6-7. — 3. I, Petr.t v, 6. — 4. Psal., lu, 6. — 5. Psal., xxxn, 8. — 6. Sap., vu, 16. — 7. Luc, xii, 5. — 8. Luc, 1, 49.

au Saint-Esprit. De même que nous disons que le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, sans dire pour cela qu'il y a trois Dieux, mais en confessant réellement un seul Dieu ; ainsi, en confessant que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont tout-puissants, nous ne reconnaissons pas trois tout-puissants, mais un seul. Il y a pourtant une raison particulière de donner cette qualité au Père, c'est qu'il est la source de tout ce qui existe. Ainsi, nous disons du Fils qu'il est la sagesse, parce qu'il est le Verbe du Père ; et du Saint-Esprit, qu'il possède la bonté, parce qu'il est l'amour du Père et du Fils ; et cependant ces qualités ainsi que les autres conviennent également aux trois personnes suivant la règle de la foi catholique (i) ».

1. Sa corrélation étroite avec l'Intelligence et la Volonté. — La Toute-puissance divine est le corollaire logique et nécessaire de la science et de la volonté de Dieu. La science et la volonté, en effet, concourent à la création et sont la cause des êtres créés.

i. La science d'abord, car elle est aux choses créées, dit saint Thomas (2), ce que la science de Partisan est à ses ouvrages. Or, la science de l'artisan est la cause de ses ouvrages, puisqu'il opère par son intelligence. La forme intellectuelle est ainsi le principe de toute opération. Toutefois la forme intelligible n'est pas principe d'action par cela seul qu'elle est dans l'intelligence, il faut qu'elle soit inclinée vers tel effet par la volonté. Placée

i.Cat. rom., I, art. 1, xv-xix. — 2. Sumtheol., I, Q. xvi, a 8

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entre deux pôles opposés, elle se porte vers l'un ou vers l'autre sous l'impulsion de la volonté. Jointe ainsi à la volonté, elle procède à l'opération et constitue la science d'approbation. Cette science diffère de celle de l'homme. Car, dit saint Augustin, « Dieu ne connaît pas les créatures spirituelles et corporelles parce qu'elles sont, mais ces créatures existent parce que Dieu les connaît (i). » Dans l'homme, au contraire, ce sont les créatures qui sont la cause de sa science; en lui, la nature précède et mesure sa science ; tandis que la science de Dieu précède et mesure la nature elle-même. Et bien que la science de Dieu soit éternelle, il ne s'ensuit pas que les créatures soient aussi éternelles ; éternellement elles sont dans la science divine, mais elles ne passent à l'existence qu'au moment fixé par Dieu.

2. A la science s'ajoute la volonté. Celle-ci aussi est la cause des choses (2). Puisque la nature agit pour une fin, tout aussi bien que l'intelligence, il faut qu'une intelligence supérieure prescrive à la nature la lin qu'elle doit atteindre et les moyens propres à y parvenir. Or Dieu est la première des causes : Il agit donc par l'intelligence et parla volonté. De plus, une cause naturelle produit toujours le même effet, parce qu'elle agit toujours, à moins d'obstacle, d'une manière uniforme, d'une manière conforme à sa nature qui est déterminée, circonscrite, limitée. Ce ne peut être le cas de Dieu; vis-à-vis des créatures, il n'agit pas par nécessité, mais uniquement selon la détermination de sa volonté et de son intelligence. Enfin, la cause produit son effet conformément à la manière dont elle le contient, c'est-à-dire selon son mode d'être. Or,

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