‹ Le catéchisme romain (volume 2)Chapitre 154 sur 179 · De Triait., xv, i3. — 2. Sum. theol., I, Q. xix, a · texte numérisé non relu

De Triait., xv, i3. — 2. Sum. theol., I, Q. xix, a

en Dieu, l'être est son intelligence. Il contient ses effets d'une manière intelligible, c'est-à-dire par l'intervention de la volonté qui seule détermine Dieu a réaliser ce qu'il a conçu dans son intelligence. N'oublions pas qu'intelligence et volonté ne se distinguent entre elles et avec l'essence divine que par un effet de notre esprit, car en Dieu c'est tout un.

2. Son existence et son objet. — i. Nous avons vu sur quels textes scripturaires le Catéchisme romain s'appuie pour prouver l'existence de la toute-puissance. On en peut signaler d'autres, et, par exemple, les suivants : « Tu es puissant^ Jéhovah (i). » a Je sais que tu peux tout (2). »

Tout ce que veut Jéhovah, il le fait,

Dans les cieux et sur la terre,

Dans la mer et dans tous les abîmes (3).

Nous avons vu aussi l'objet qu'il assigne à cette toute-puissance.

Dieu, étant l'être même, exclut de son essence tout mélange de potentialité ; car la puissance est un devenir et le devenir est en opposition formelle avec Têtre. Mais la puissance peut s'entendre ou comme une pure réceptivité soumise à l'influence causale d'un agent extrinsèque, ou comme une force capable de produire certains effets ; dans le premier cas, on l'appelle puissance passive, dans le second puissance active. Considérée dans sa signification formelle, la puissance passive implique une imperfection, un défaut d'être ; tandis que la puissance active ne contient dans son concept aucune

1. PsaL, lxxxviii, 9. — a. Job., xlii, 2. — 3. Psal., cxxxiv, 6.

imperfection ; on ne peut agir, en effet, que parce qu'on est et dans la mesure où on est. La puissance active étant faite pour l'opération, elle sera d'autant plus parfaite qu'elle s'identifiera mieux avec cette opération ; et si elle se confond essentiellement avec elle, elle sera un acte pur ; l'acte pur et fêtre pur ne seront qu'une seule réalité. Mais si la puissance active se distingue de son opération, elle conservera sans cloute sa perfection naturelle, mais elle sera par le fait même une puissance mêlée de passivité, capable de recevoir, par son exercice, un accroissement d'être, ce qui est le caractère formel de la puissance passive. Ce dernier cas regarde les créatures ; le premier ne s'applique qu'à Dieu.

Dieu, en effet, parce qu'il est l'être infini, est l'acte pur, sans aucun mélange de potentialité. Il est déterminé par son essence à la plénitude de l'être et à la plénitude de l'opération. Mais cette opération, au lieu de survenir à sa vertu active comme une perfection nouvelle, n'est que l'acte infiniment subsistant d'une essence qui s'identifie avec sa propre existence : être et agir ne sont en Dieu qu'une seule et même chose. Mais il y a une différence entre l'opération divine ad intra, qui se termine tout entière dans l'essence subsistante d'où elle procède et dont nous parlerons en traitant de la trinité, et l'opération ad extra qui, sans sortir formellement de cette essence, s'extériorise pourtant virtuellement, en tant qu'elle aboutit à la production d'un être distinct de l'être divin. Cette dernière opération, la seule à envisager ici, s'étend aussi loin que le champ des essences réalisables ; la puissance divine est aussi illimitée que son essence.

La puissance se mesurant à l'être qui la possède, il va de soi que la puissance de Dieu comme son être est infinie, sans bornes, sans limites. Et c'est

pourquoi on l'appelle la toute-puissance. C'est le seul des attributs divins que mentionne le Symbole des apôtres ; et e Catéchisme romain fait observer avec raison qu'il n'exclut pas les autres, puisqu'il implique notamment celui d'intelligence et de volonté.

2. Dieu est tout-puissant, qu'est-ce à dire? qu'il peut tout ? Oui, sans doute, il peut tout ce qui est possible. Car il est des choses absolument impossibles, et, par exemple, les choses contradictoires. Une chose, en effet, est absolument possible lorsque, dans les deux termes de la proposition qui l'expriment, l'attribut ne répugne pas au sujet. Or tout ce qui peut avoir la nature de l'être rentre dans les possibles absolus et tombe sous le domaine de la toute-puissance divine. Mais comme rien n'est contraire à la nature de l'être que le non-être, il ne se trouve hors de ces possibles absolus que ce qui implique en même temps l'être et le non-être, c'està-dire ce qui est contradictoire. L'intelligence divine ne saurait concevoir le contradictoire. On ne peut donc pas dire que Dieu ne peut pas le faire ; on parle plus correctement en disant que cela est impossible de soi.

Le péché étant un défaut de perfection dans l'acte, Dieu, qui est la perfection même, ne peut se concevoir avec ce défaut. Et c'est parce qu'il est toutpuissant qu'il ne peut absolument pas pécher.

De même Dieu ne peut pas faire que les choses passées n'aient été, cela implique contradiction.

Mais Dieu peut faire bien des choses qu'il ne fait pas. « Pensez-vous, disait Notre Seigneur, que je ne puisse pas prier mon Père, et il ni enverrait aussitôt douze légions d 'anges (i). » Saint Augustin fait les

i. Matth. xxvi, 53,

remarques suivantes : Dieu aurait pu d'un seul coup exterminer les idolâtres (i), et il ne l'a pas fait; infliger aux impies de nouveaux tourments (2), et il ne l'a pas fait ; susciter de la pierre des enfants d'Abraham (3), et il ne l'a pas fait ; jeter les montagnes dans la mer (4), et il ne l'a pas fait ; opérer mille autres merveilles, et il ne l'a pas fait. « On voit donc que Dieu ne fait pas tout ce qu'il peut faire. L'Ecriture aussi bien que la raison condamne l'opinion contraire (5). »

Dieu peut-il faire des choses meilleures que celles qui existent? Sans aucun doute. « Dieu, dit saint Paul, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou concevons (6). » Il y a deux sortes de bonté, observe saint Thomas ; celle qui tient à l'essence des choses, et, sous ce rapport, Dieu peut bien faire une chose meilleure qu'une autre. Mais il ne peut pas faire que la même chose soit meilleure dans son essence qu'elle n'est. Car de même qu'il ne saurait rendre le nombre quatre plus grand, parce qu'il en changerait l'espèce en y ajoutant, de même il ne saurait, sans la changer, rendre une chose meilleure dans son essence, parce que l'addition d'une qualité substantielle changerait la nature des choses. Mais outre la bonté essentielle des êtres, il y a une bonté accidentelle, par exemple la sagesse et la justice dans la nature raisonnable de l'homme. Celle-ci, Dieu peut incontestablement l'améliorer et l'accroître (7).

Mais Dieu pourrait-il faire mieux qu'il ne fait, en entendant mieux au sens d'adverbe ? Dieu ne peut pas faire mieux qu'il ne fait, si on le considère en lui-même, car en faisant ce qu'il fait, il ne saurait

1. Jos., xxiw, 9. — 2. Sap., xvi, 6. — 3. Luc, m, 8. — 4. Matth., xi, 23. — 5. De spirit. et litt., xxxiv. — 6. Eph., in, 20. — 7. Sum. theol, I, Q. xxv, a. 6.

53o LE CATÉCHISME ROMAIN

opérer ni avec plus de sagesse ni avec plus de puissance ; mais si l'on regarde les choses faites, oui il pourrait faire mieux, puisqu'il est en sa puissance d'améliorer les choses qui existent, non dans leur essence, mais dans leurs accidents.

3. Puissance limitée de l'homme. — L'homme étant intelligence et volonté possède, dans la même mesure, la puissance. Mais quelle puissance que la sienne, à côté de la toute-puissance divine 1 Que de limites, comme, du reste, dans sa science et sa volition ! Et pourtant jusqu'à quel point ne s'est-elle pas élevée de nos jours ! que de travaux I que de recherches ! que de progrès déjà réalisés, insoupçonnés hier encore ! Dans tous les champs de l'activité humaine, en histoire, en géo-* graphie, en archéologie, en philologie, dans les sciences surtout, qui transforment de jour en jour le commerce, l'industrie, et apportent plus de bien-être physique, plus de civilisation ! Et que de progrès futurs, qu'on ne soupçonne pas aujourd'hui, mais qui, demain peut-être, seront des réalités I La marge est grande dans l'œuvre divine, et le savoir, et la volonté, et la puissance de l'homme peuvent y évoluer à leur aise, sans qu'on puisse jamais se flatter d'en avoir découvert tous les trésors, et d'en tarir les merveilles. Et l'espoir, au cœur de l'homme, s'est élevé jusqu'à l'enthousiasme, jusqu'à l'enivrement de lui-même. Que de rêves en perspective, dans un avenir qu'on dit plus ou moins prochain I Plus de misères dans les masses, rien que du bonheur ! Plus de guerres entre peuples, rien que la paix ! Plus de maux, plus de mort, si c'était possible ! Et ne serait-ce pas possible ? Qui sait ? Mais non, par là l'homme est rappelé au peu qu'il est, au peu qu'il peut. Ce serait sagesse que de le reconnaître ; c'est

Page 1