II. Ignorance : son étendue, sa nature
« Et, en vérité, à notre époque tous se plaignent que parmi le peuple chrétien tant d'hommes ignorent profondément les vérités nécessaires au salut, et ces plaintes, hélas ! ne sont pas illégitimes. Quand Nous disons le peuple chrétien, Nous ne parlons pas seulement du peuple ou des hommes de classes inférieures qui trop souvent trouvent une excuse dans ce fait que, obéissant à des maîtres durs, ils peuvent à peine penser à euxmêmes et à leurs affaires ; mais Nous parlons aussi et surtout de ceux qui, ne manquant point d'intelligence et de . culture, sont bien pourvus d'érudition profane, et néanmoins en ce qui concerne la religion, vivent d'une existence on ne peut plus téméraire et imprudente. Il est difficile de dire les ténèbres épaisses où ils sont parfois
sur l'enseignement de la doctrine chrétienne iij
plongés, et où, ce qui est plus triste, ils demeurent tranquillement enveloppés! De Dieu souverain auteur et modérateur de toutes choses, de la sagesse de la foi chétienne, ils n'ont presque aucun souci. Par suite, ils ne connaissent rien de l'incarnation du Verbe de Dieu, rien de la parfaite restauration du genre humain par lui, rien de la grâce, qui est le principal moyen pour atteindre les biens éternels, rien de l'auguste sacrifice ou des sacrements par lesquels nous obtenons et conservons la grâce. Quant au péché, on ne fait aucun cas de sa malice ni de sa honte ; conséquemment, il n'y a nul souci de l'éviter ou de le quitter ; et l'on atteint son dernier jour dans de telles dispositions que le prêtre, pour ne pas ôter l'espérance du salut, doit employer à enseigner sommairement la religion ces instants suprêmes de la vie qui devraient être consacrés surtout à provoquer des actes d'amour de Dieu, si toutefois, ce qui est presque passé en usage, le moribond n'est pas dans une telle ignorance qu'il juge superflu le ministère du prêtre et pense devoir franchir le seuil redoutable de l'éternité avec un esprit tranquille, sans avoir apaisé Dieu. C'est pourquoi Notre prédécesseur Benoît XIV a écrit avec raison : « Nous affirmons qu'une grande partie de ceux qui sont condamnés aux supplices éternels subissent toujours ce malheur à cause de leur ignorance des mystères de la foi qu'ils doivent nécessairement savoir pour être comptés parmi les élus » (Instit. xxvi, 18).