Denzinger, Enchiridion, n. 17. — 2. Ibid., n
Et in unum Dominum Jesum Ghristum, Filium Dei, unigenitum a Pâtre, id est ex subslantia Patris ;
Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero, genitum, non factum, consubstantialem Patri (ôuooucriov) ;
Per quem omnia facta sunt et in cœlo et in terra ;
Qui propter nos hommes et propter nostram salutem descendit de cœlis, incarnatus est et homo factus est ;
Pas sus :
Et resurrexit tertia die ;
Et ascendit in cœlos ;
Et iterum venturus est judicare vivos et mortuos ;
Et in Spiritum Sanctum (1).
SYMBOLE DE NICEE-CONSTANTINOPLE Il5
Gomme on le voit, la formule de Nicée insisto surtout sur la divinité et la consubstantialité du Fils, niées par Arius, et se trouve, sur ces deux points, beaucoup plus explicite que le symbole des apôtres ; mais elle est incomplète, puisqu'elle laisse de côté la fin du symbole apostolique. Elle fait suivre, comme nous l'avons déjà dit, ses articles de la condamnation de quelques propositions ariennes (i). Or, à part deux expressions, que nous avons soulignées, l'une explicative, id est ex substantiel Patris, l'autre complétive, et in cœlo et in terra, elle se retrouve tout entière dans la formule du symbole de Constantinople.
Quant à ce dernier, il n'a pas fait que reproduire la formule de Nicée, il a ajouté dans la partie commune quelques mots, que nous avons placés entre crochets, qui servent soit à expliquer, soit à préciser certaines vérités. 'Tels sont, par exemple, factorem cœli et terrse, ante omnia ssecula, de Spiritu Sancto ex Maria virgine, crucifixus etiam sub Pontio Pilato et sepultus est, secundum Scripturas, curn gloria. Mais les additions caractéristiques sont celles qui concernent le Saint-Esprit, et qui visent l'hérésie de Macédonius.
Le symbole de Constantinople affirme que le Saint-Esprit e&t Seigneur, qu'il vivifie, qu'il procède du Père (et du Fils), qu'iï est adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qu'il a parlé par les Prophètes ; ce qui revient à dire que le Saint-Esprit, comme le Fils, a la même nature que le Père, qu'il est Dieu au même titre et partage l'adoration et la glorification qui est due à Dieu ; mais qu'il diffère du Fils par sa procession, c'est-à-dire par le mode particulier dont il tient l'être du Père et du Fils. Son titre.
i. Ibid., n. 18.
Il6 LE CATÉCHISME ROMAIN
d'inspirateur des prophètes marque le rôle qu'il a joué dans l'Ancien Testament.
Ses derniers articles rappellent ceux du symbole des apôtres, a quelques différences près. L'Eglise y est qualifiée d'apostolique ; la descente aux enfers et fa communion des saints sont passées sous silence : le baptême est particulièrement rattaché au dogme de la rémission des péchés ; il y est question enfin de la résurrection des morts et de la vie du siècle futur, au lieu de la résurrection de la chair et de la vie éternelle.
Une seule expression, Filioque, n'appartient pas à ]a rédaction primitive. Ce fut une addition postérieure, dont l'auteur est resté inconnu, mais bien antérieure au ixe siècle, époque à laquelle Photius s'en fit une arme contre l'Eglise romaine et suscita pour de longs siècles les plus graves difficultés entre l'Eglise latine et l'Eglise grecque. Pourtant cette addition est fort naturelle. Que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils, c'est pour nous, catholiques, un dogme de foi, dont nous aurons à parler dans l'explication du symbole. Or ce dogme découle naturellement des principes posés par le concile de Gonstantinople. L'addition du Filioque au symbole de Gonstantinople est donc justifiée, et sa présence dans le symbole dit de saint Athanase s'explique par la foi explicite qu'on professait dans le milieu où ce symbole fut rédigé.
Cette addition du Filioque au symbole de Constantinople est d'origine espagnole ; elle date, au plus tard, du concile tenu en 447 (x)' e^ se retrouve dans les conciles de Tolède de 589, de 633, de 653, de 681, et de 683 (2). C'est de l'Espagne qu'elle est
1. Denzinger, Enchiridion, n. n3. — 2. Denzinger, ibid., p. 16, note 1 ; Hardouin, t. iv, p. 472, 579, 957, 1718, 1738.
SYMBOLE DE NIGEECONSTANTI^OPLE II7
vraisemblablement passée en Gaule et en Germanie. On la trouve, en effet, en Gaule, au ve siècle, comme le prouve la liturgie gallicane de Mone (i). Il est certain, en outre, que, du temps de Gharlemagne, les églises franques chantaient le Filioque à la messe. En 795, le concile que présidait Paulin, patriarche d'Aquilée, l'insérait dans son symbole.
Un incident, survenu à Jérusalem entre moines latins et grecs, les premiers chantant au Credo le Filioque, les autres protestant contre une telle innovation, la question fut portée devant le pape Léon III. Mais déjà Gharlemagne avait réuni un grand concile à Aix-la-Chapelle, en 809, où l'on déclara que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père ; et Théodulfe d'Orléans enseigna cette doctrine dans son livre du Saint-Esprit et produisit en sa faveur de nombreux témoignages (2). En 810, dans un concile tenu à Rome, Léon III confirma la défini lion d'Aix-la-Chapelle, mais refusa, par prudence, d'insérer dans le symbole romain le Filioque (3).
Plus tard, saint Henri demanda au pape Benoît VIII (101 2-1024) que l'on chantât à Rome, pendant la messe, ce symbole, et c'est alors que l'addition du Filioque fut admise dans le symbole de Gonstantinople par l'Eglise romaine. Eu i2i5, leiv6 concile de Latran, pour enlever aux Grecs le prétexte de dire que les Latins enseignaient que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils comme de deux principes, proclama avec l'assentiment des Grecs qu'il procède également des deux, sans commencement ni fin (4). Puis le second concile de Lyon, en 1274,
1. Laleinisch und grieschiche Messen, Francfort, i85o ; Patr* lat., t. cxxxvm, col. 863. — 2. Patr. lat., t. cv, col. 239-276. « — 3. Kraus, Hist. de V Eglise, trad. franc., Paris, 1891, t. 11, p. 93-94. — 4- Denzinger, Enchiridion, n° 355.
Il8 LE CATÉCHISME ROMAIN
précisa que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais d'un seul, par une seule spiraiion (i). Enfin le concile de Florence (i 439-1442), rappelant que la procession du Saint-Esprit du Père et du Fils est une vérité également reconnue par les Grecs et les Latins, déclare qu'on a parfaitement eu raison d'insérer dans le symbole leFilioque, à titre d'explication et de précision (2).
3° Son usage
Dans l'Eglise grecque, ce symbole de Constantinople, universellement adopté, joue dans l'initiation baptismale le même rôle que le symbole des apôtres, chez les Latins. C'est la profession solennelle de foi qu'on demande préalablement à ceux qui vont recevoir le baptême ; profession que tout fidèle baptisé doit savoir par cœur et réciter souvent pendant la vie, un souvenir du baptême reçu, et comme un témoignage de la foi dans laquelle il veut vivre et mourir. En outre il est introduit dans la liturgie de la messe, vraisemblablement au ve siècle ou au commencement du vi°, selon Nicéphore Calliste (3), et il se trouve dans presque toutes tes liturgies d'Orient, notamment dans celle de saint Jacques, de saint Marc (4).
En Occident, dans l'Eglise latine, sa place n'est pas dans la liturgie baptismale, mais au saint sacrifice de la messe. Dès avant Gharlemagne, on le récitait, nous l'avons vu, pendant la messe, en Espa-
1. Dcnzinger, ibid, n° 382. — 2. Décret d'union, dans la Bulle, Lxtenlur cœli, d'Eugène iv; Denzinger, ibid., n° 586. — 3. HisL ceci, xxvi, 35 ; cf. Bona, Rerum liturgie, II, vm, 2. — 4. Brightman, Liturgies eastern and western, Oxford, 1896, t. 1, p. 42, 82, 124, 162, 226, 270, 32i, 383, 487.
SYMBOLE DE NICEE-CONSTANTINOPLE Iig
gne, en Gaule et à Jérusalem. C'est sous le pontificat de Pelage II (578-790) et du roi d'Espagne, Récarède (586-6oi), que le troisième concile de Tolède ordonna de réciter à la messe le symbole de Gonstantinople : « Ut per omnes ecclesias Hispanix et Gailiae secundum formant orientalium ecclesiarwn concilll Conslantinopolitani, hoc est centum quinquaginta episcoporum symbolam fidei recitetur, utpriusquam dominica dicatur oratio, voce clara populo decantetur (1). » Et c'est de l'Espagne que cet usage passa en Gaule, où il était général vers la fin du vine siècle. C'était un acte solennel d'adhésion aux vérités que notifiait la lecture de l'apôtre et de l'évangile, une protestation de foi à l'enseignement révélé, pour bien montrer qu'on ne pactisait en aucune manière avec les erreurs ou les hérésies de l'époque. Un tel usage, activé par des circonstances exceptionnelles, s'est maintenu et généralisé, depuis surtout que l'Eglise romaine l'adopta dans sa liturgie, en ioi4- Depuis le concile de Trente, on continue à le réciter à la messe, mais à certains jours et à certaines fêtes seulement. Ces jours et ces fêtes sont soigneusement indiqués par les rubriques du Missel ; et les motifs de son insertion dans la liturgie du sacrifice de la messe sont empruntés, soit aux mystères, que rappelle la solennité, soit à ia doctrine des saints dont on célèbre la fête, soit enfin à Yéclat dont il convient d'entourer tel souvenir particulier. C'est ainsi, par exemple, qu'à raison des mystères que ce symbole renferme explicitement ou implicitement, on le récite tous les dimanches de Tannée, en souvenir de la création, et à toutes les fêtes de Notre Seigneur et de la très sainte Vierge ; c'est ainsi encore qu'à raison de la doctrine particulièrement
1. Le Brun, De litargla hisp. sea mozarablca, Dissert, v, art. 1.
enseignée ou défendue par certains saints, on le récite en l'honneur des apôtres et des docteurs ; c'est ainsi enfin qu'à raison de la solennité, on le récite aux jours de la fête patronale d'un lieu ou d'une église (i). Dans tous les cas, sa récitation a pour but de manifester solennellement la foi des chrétiens et la joie intime du cœur. Chanté à pleine voix, chaque dimanche et dans nos solennités religieuses, il laisse dans le souvenir des fidèles une impression ineffaçable. Combien de chrétiens, de nos jours, par ce temps de rationalisme et d'impiété, ne se rappellent plus que l'air toujours entraînant et des lambeaux de phrase de ce vieux Credo ! En dépit des tristesses de l'heure présente et des menaces de l'avenir, ce Credo retentira encore et toujours dans nos modestes églises de village comme sous le dôme de nos splendides cathédrales. Et si le malheur des temps veut qu'en France nos églises et nos cathédrales nous soient ravies, il nous restera bien une grange pour le chanter encore et toujours, et. à défaut d'une grange, l'espace libre, pour jeter à tous les échos, sous la voûte du ciel, le cri de notre foi indomptable, de notre immortelle espérance.
4° Son autorité
Pas plus que le symbole des apôtres, le symbole de Constantinople n'est placé au rang des Ecritures sacrées ; mais sa place dans la liturgie lui assure un égal respect, une semblable autorité. Au même titre que le symbole des apôtres, il est un témoin vénérable et précieux de la foi catholique, une règle de foi imprescriptible. Qu'il soit ou ne soit pas
i. Cf. Rabricx gen. Missalis, xi, De symbolo ; de Iïerdt, Lit. sccr.y t. i, p. ii4-n5.
SYMBOLE DE SAINT-ATHANASE
l'œuvre propre du second concile général, peu importe ; l'Eglise grecque et l'Eglise latine l'ont solennellement adopté. A plusieurs reprises, il est inséré intégralement daus les actes officiels, notamment dans la Profession de foi de Pie IV, d'après les prescriptions du concile de Trente (i). Son autorité dogmatique est donc incontestable ; elle s'impose à tout chrétien sous peine d'hérésie.
IL Symbole de saint Athanase
Un troisième symbole, adopté par l'Eglise, est le Quicumque ou le le symbole dit de saint Athanase, admirable résumé de la doctrine relative à la Sainte Trinité et à l'Incarnation. Inséré dans le Bréviaire romain, il se récite à Prime, à l'office du dimanche, et fait ainsi partie officielle de la prière publique. Après en avoir reproduit le texte, nous en rechercherons l'origine et nous en signalerons l'importance.
1° Texte du Quicumque
i . Quicumque vult salvus esse, ante omnia opus est ut teneat catholicam fidem.
2. Quam nisi quisque integram inviolatamque servaverit, absque dubio in œternum peribit.