PROFESSION DE FOI DE CLEMENT IV
gences liturgiques et doctrinales : consécration du pain azyme, jeûne du samedi, baptême par une seule immersion, célibat imposé au prêtres, etc. L'ancien évêque de Tout, Brunon, devenu pape sous le nom de Léon IX (io48-io54), réfuta les principales de ces objections dans une lettre au patriarche de Gonstantinople (i) ; et il indiqua à Pierre d'Antioche le symbole de foi que devaient souscrire ceux qui voudraient rentrer en communion avec l'Eglise latine. Ce symbole contient une profession de foi explicite sur chacun des articles déjà définis, particulièrement sur la procession du Saint-Esprit a Pâtre et Filio, une reconnaissance formelle de l'Eglise catholique, et l'acceptation pleine et entière des sept premiers conciles œcuméniques. Ce symbole de foi est celui qui, aujourd'hui encore, sert, sous forme de questions, à l'examen des évêques, avant leur consécration épiscopale (2).
3° Profession de foi de Clément IV
Lorsque, plus tard, se manifestèrent, chez les Grecs, des velléités de retour à l'unité, la formule à souscrire était toute prête. Toutefois, en 1267, le pape Clément IV (1265-1268) jugea bon de la compléter. Il ajouta, en effet, au symbole de Léon IX ce que l'Eglise latine croit relativement au purgatoire, aux suffrages des fidèles, au sacrifice de la messe, aux bonnes œuvres, aux sept sacrements, à la souveraine autorité et à la primatie de l'Eglise romaine, aux appels en cours de Rome (3). Michel Paléologue finit par souscrire ce document au concile généra! de Lyon, en 1274 ; mais il n'entraîna pas l'Orienl à sa suite.
1. Denzinger, n° 289-291. — 2. Denzinger, n° 292-297. — < 3. Denzinger, n° 383-389.
4° Profession de foi d'Eugène IV
Les Grecs s'entêtèrent encore dans leur schisme pendant près> de deux siècles. Mais, à l'époque du concile de Florence, un grand mouvement de retour vers l'unité se prononça. Ce furent d'abord le patriarche de Gonstantinople, les délégués des trois patriarches, plusieurs métropolitains et l'empereur Jean Paléologue qui se présentèrent pour traiter de l'union des deux Eglises. On discuta les points controversés. Les Latins admirent les prétentions des Grecs au sujet du siège de Constantinople et lui reconnurent le premier rang après celui de Rome ; de leur côté, les Grecs se soumirent sur toutes les autres questions. Alors Eugène IV (i43 1-1^47) publia la bulle célèbre Lœtentur cœli et exultel terra (1), où sont consignés tous les points réglés d'un commun accord, notamment celui de la pleine puissance du Pontife romain ; cette pièce fut signée le 6 juillet 1 439.
La même année survinrent des députés arméniens, un peu plus tard des députés jacobites, puis des députés syriens, représentant des Eglises séparées depuis les querelles du Monophysisme. Tous acceptèrent les vues de Rome, et le pape rédigea trois décrets d'union, qui précisaient les solutions admises et l'exposition de la foi orthodoxe que devaient désormais professer ces schismatiques. C'étaient, en faveur des Arméniens, la bulle Exultate Deo, du 22 novembre i63g (2) ; en faveur des Jacobiles, la bulle Cantate Domino, du 4 février i442 (3); en faveur des Syriens, la bulle Multa et admirabilia, du 3o septembre i444-
1 . Denzinger, n° 586-589- — a. Ibid., n. 590-597. — 3. Ibid,9 n. U98-60G.
PROFESSION DE FOI DE GREGOIRE XIII l43
En même temps étaient admis, par le décret Benedictus sitDeus, du mois d'août i445, des chrétiens de l'île de Chypre, groupe de Chaldéens nésto riens et de Maronites monothélites. Moment vraiment solennel dans l'histoire de l'Eglise que celui de ce retour général et officiel de l'Orient à l'unité, mais trop beau pour pouvoir durer. On comprend les expressions d'allégresse dont le Pape se servit pour célébrer ce triomphe de l'orthodoxie et de l'union. L'expérience d'un passé déjà long ne semblait pourtant pas autoriser de longs espoirs. Et, en fait, à part quelques Eglises isolées qui restèrent fidèles à leur serment, l'Orient, en grande partie, retomba dans le schisme.
5° Profession de foi de Grégoire XIII
Depuis lors, cependant, l'Eglise grecque a essayé encore à trois reprises de secouer sa torpeur et de reprendre, à l'exemple du prodigue, le chemin vers la maison dupère de famille. Ce fut, au xvie siècle, sous le pontificat de Grégoire XIII (i572-i585). Ce pape, par la constitution 5i Sanctissimus Deus noster (i), mit pour condition l'acceptation d'une profession de foi, dans laquelle, outre le symbole de Nicée- Constantinople et les décrets d'union du concile de Florence, se trouve l'enseignement formulé par le concile de Trente, tel que Pie IV l'a résumé.
6° Profession de foi d'Urbain VIII et de Benoît XIV
Au début du pontificat d'Urbain YIII (i623-i644), i. Ibid. n. 868-872.
nouvelle tentative d'union, nouvelle obligation imposée aux schismatiques grecs d'accepter la formule de foi prescrite par le pape ; au xvme siècle, dernier essai, sans lendemain comme les autres. Benoît XIV '(17/10-1758) reprend les formulaires de Grégoire XIII et d'Urbain VIII. Sa profession de foi, publiée par la constitution Nuper ad nos, insère la liste détaillée des huit premiers conciles œcuméniques et des erreurs qui y furent condamnées, et ajoute à ce qui est emprunté aux conciles de Florence et de Trente une formule accentuée de soumission et d'obéissance « au Pontife romain, successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres et Vicaire de Jésus-Christ (1). »
7° Autres professions de foi
Indépendamment de ces diverses professions de foi, motivées par les circonstances et de plus en plus détaillées chaque fois qu'il s'est agi de la réunion de l'Eglise grecque à l'Eglise latine, d'autres ont visé plus particulièrement les cas de certains chrétiens suspectés d'hérésie ou formellement hérétiques. Durant les controverses qui ont rempli le ive et le ve siècles, combien de formulaires de foi ne vit-on pas paraître, soit de la part des orthodoxes, soit surtout de la part des partisans d'Àrius et de Macédonius, de Nestorius et d'Eutychès. D'autre part, dans la discipline ecclésiastique s'introduisit l'usage de n'admettre à la communion les divers hérétiques qu'après une abjuration formelle de leurs erreurs.
Quelques personnages, en particulier, tels qu'Abélard et Bérenger, furent mis en demeure, sous peine d'excommunication, d'émettre une pro-
l, Denzinger, n, 873-879,
PROFESSION DE FOI DE PIE IV l/j5
fession de foi qui, condamnant expressément les idées hétérodoxes dont ils étaient accusés, leur permit de rester dans l'Eglise. De telles précautions n'étaient prises que dans le but de sauvegarder la foi des fidèles et de maintenir la paix et l'union.
Or ce que l'on avait fait pendant les premiers siècles vis-à-vis des sectes si nombreuses à cette époque de luttes doctrinales, on continua de le faire pendant le moyen âge. Innocent III (n 98-1 216) imposa ainsi une profession de foi aux Vaudois qui sollicitaient leur admission dans l'Eglise (2). Dans la suite, quand il s'agit de réconcilier les partisans de Wiclef, de Jean Hus, de Luther et de Calvin, une abjuration préalable de l'erreur et une acceptation formelle de la foi catholique furent exigées. Et de nos jours encore, c'est ce qui a lieu pour la réconciliation et l'admission des hérétiques. En pareil cas, le Rituel indique, soit la profession de foi de Pie IV, dont nous allons parler, soit une formule plus courte, mais essentielle, celle du Saint Office.
IL La profession de foi de Pie IV
L'Eglise a fait autre chose encore, mais cette fois vis-à-vis de ses enfants légitimes, laïques ou ecclésiastiques, dès qu'il s'est agi de leur confier un rôle important, une charge, une fonction, un office, ou même de leur conférer simplement quelques honneurs particuliers : elle a cru utile et nécessaire de s'assurer d'avance de leur parfaite orthodoxie, et, pour cela, de leur faire faire une profession de foi