‹ Le catéchisme romainChapitre 1 sur 230 · I. Le dogme de la création · texte numérisé non relu

I. Le dogme de la création

son développement

ieu existe ; le monde existe : quels son!

exactement les rapports de Dieu et du monde?

Cette question a toujours été pour l'esprit humain une pierre ci achoppement. Elle était pourtant résolue en termes assez clairs dans l'Ancien Testament et connue par les Juifs : Dieu l'avait révélée. Mais elle resta étrangère aux croyances populaires, et la philosophie antique ne l'accepta jamais, essayant d'expliquer l'existence du monde en partant de ce principe : ex nihilo nihil (i).

i. BIBLIOGRAPHIE : Saint Thomas, Sum. theol.,1, Q. xliv. xlix ; tous les anciens théologiens. Parmi les plus récents,)

i. Pour les athées, le monde seul existe ; il possède en lui-même sa raison d'être. Quelques idéalistes outranciers nièrent son existence. Nier ainsi l'un des deux termes de la question, c'était sans doute la simplifier, c'était surtout la supprimer. Et comme des conciliateurs ne manquent jamais, il se trouva des panthéistes pour confondre Dieu et le monde, n'en faire qu'un seul et même être, le monde n'étant que la manifestation sensible de la force inconnue qui l'agite, quelque chose comme le corps dont Dieu serait l'âme.

Confusion grossière et solution trop commode que des esprits plus clairvoyants refusèrent d'admettre ; mais comme ils écartaient l'idée de création, ils durent recourir au dualisme, en accordant au monde comme à Dieu une existence nécessaire, indépendante, éternelle, et en faisant de ce monde le théâtre de l'action divine.

2. Survint le Christianisme qui mit en relief les données révélées relatives à la création. A la suite des juifs, les chrétiens professèrent que Dieu a créé le monde, ainsi que le raconte la Genèse.

« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre... Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut (i).»

a Jéhovah a fait le ciel et la terre,

nous citerons les traités De Deo creatore de Franzelin, Mazzella, Jungmann, Hurler, Pesch, Tepe, etc. Scheeben, La dogmatique, trad. franc., Paris, 1881 ; Vacant, article Création, dans le Dictionnaire de la Bible ; La constitution Dei Filius, Paris, 1895, 1. 1, p. 2i5 sq. ; Souben, La création selon la foi et la science, 2e édit., Paris, 1903 ; Schwane, Histoire des dogmes, trad. franc. ; Harnack, Dogmengeschichte, 3e édit. ; Précis de Vhistoire des dogmes, trad. Choisy, Paris, 1893 ; Loofs, Leitfaden zum Studinm der Dogmengeschichte, 3e édit., Halle, i8g3 ; Seeberg, Dogmengeschichte, Erlangen, 1895.

i.Gen., I, 1, 3.

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La mer et tout ce qu'elle renferme (i). » u // a commandé, et ils ont été créés (2). »

La mère, dont il est question au second livre des Machabées, s'adresse ainsi à son plus jeune fils : a Je Ven conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre y vois tout ce qu'ils contiennent, et sache que Dieu les a créés de rien et que la race des hommes est ainsi arrivée à V existence (3). »

On lit dans le Nouveau Testament : « Toute maison est construite par quelqu'un, et celui qui a construit toutes choses, c'est Dieu (4). » « C'est vous qui avez créé toutes choses, et c'est à cause de votre volonté qu'elles ont eu l'existence et qu'elles ont été créées (5). »

3. Cette vérité ne fut pas acceptée dans certains milieux. Des esprits téméraires, spéculateurs intempérants, rêvèrent d'organiser scientifiquement la foi et de la conformer aux exigences de la science. Deux siècles durant, les gnostiques s'efforcèrent de concilier les données de la raison touchant l'origine et la nature du monde avec les données de la foi. Mais un double problème se dressait devant eux : celui de l'existence du monde et celui de l'existence du mal. Pour concilier l'existence du monde, qui est imparfait, avec l'existence de Dieu, qui ne peut faire que des choses parfaites, pour concilier l'existence du mal avec la bonté divine, ils en vinrent à proclamer que Dieu ne saurait être l'auteur du monde et que le monde est mauvais par nature et se confond avec le mal. Aussi, pour expliquer les relations de Dieu avec le monde, eurent-ils recours à une théogonie d'allure savante, qui faisait de Dieu un principe d'émanation sans cesse décroissante,

1. Psal.9 cxlv, 6. — 2. PsaL, cxlviii, 5. — 3. II, Mach.t viv 28. — 4» Hebr., 111, H. — 5. Apoc, iv.

grâce à laquelle unéon, qui n'est pas le Dieu parfait mais un démiurge, entrait en contact immédiat avec la matière, non pour la créer, mais" pour l'organiser. C'était au fond le dualisme philosophique et l'émanation panthéistique.

Le problème, au lieu d'être résolu, n'était que déplacé et compliqué. Car le démiurge, pour si éloigné qu'on le supposât de son principe premier, n'en conservait pas moins sa qualité divine, faisait partie intégrante du plérome, et dès lors la difficulté d'un contact immédiat avec la matière persistait. Afin de rendre ce contact possible, les gnostiqucs imaginèrent qu'un éon déviait du droit chemin, méconnaissait les devoirs de sa nature et commettait Timperlinence, ou de vouloir connaître ce qui était au-dessus de lui, ou de se croire le premier de tous les êtres, ce qui lui valait d'être expulsé du plérome et de pouvoir ainsi faire œuvre de démiurge. Sa nature, ayant été viciée par sa faute, son œuvre était viciée comme lui, et par là s'expliquait la présence du mal sur la terre. Mais, en revanche, c'était substituer à la chute de l'homme, telle que l'enseigne la Bible, la chute d'un Dieu, remplacer un mystère déjà grand par un mystère encore plus profond, introduire dans le sein de la divinité la réalité d'une déchéance, et finalement faire quand même de Dieu l'auteur du mal.

4. Parmi les tenants de la gnose, il y en eut un qui essaya de résoudre le problème de la création ex professo : c'était Hermogène. Dieu, disait-il, a tiré le monde ou de lui-même, ou de rien, ou de quelque chose. Or, il est impossible qu'il l'ait tiré de lui-même, car cela supposerait que Dieu est divisible et changeant ; il est également impossible qu'il Fait tiré de rien, car si Dieu a tout créé, le mal est inexplicable ; reste donc qu'il l'a fait de quelque

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chose, ce qui revient à dire que la matière est incréée, éternelle, préexistant à son organisation par Dieu. On connaît la réponse de Tci tullien et sa vigoureuse réfutation. Dieu n'a pas tiré le monde de lui-même, d'accord ; mais il ne l'a pas non plus tiré de quelque chose, car une matière éternelle est chose qui répugne en soi ; ce serait l'égaler à Dieu, en faire un Dieu ; ce serait méconnaître renseignement révélé, tel qu'il est consigné dans l'Ecriture. Reste donc que tout a été fait de rien par Dieu (i). L'expression ex nihilo, qui se trouve dans la Bible, est pour toujours introduite par ïertullien dans la langue théologique.

5. Après le gnosticisme, c'est le manichéisme qui entre en scène et explique la présence du mal dans le monde par l'action d'un mauvais principe. Deux principes, en effet ,le principe du bien et le principe du mal existent de toute éternité, toujours opposés l'un à l'autre et en conflit permanent. Le principe mauvais a fait la matière : telle est la thèse manichéenne.

Cette explication nouvelle, empruntée par Manès au dualisme persan, cherchait à éviter une difficulté, mais pour tomber dans une autre beaucoup plus grave, et répugnait à l'enseignement chrétien.

6. Que fit l'Eglise ? Elle accentua le dogme de la création et introduisit dans le symbole ce qu'elle faisait déjà profession de croire, à savoir la mention expresse que Dieu est le créateur du ciel et de la terre. Cette mention, absente des symboles primitifs de Rome, d'Aquilée, de Ravenne, de Bobbio, d'Espagne, en Occident, et d'Ancyre, en Orient (2), se trouve explicitement telle quelle dans le symbole gallican

1. Adv. Herm., Patr. lat., t. 11, col. 197 sq. — 2. Denzinger, n. 1, 2, 3, 4, 6, 8, 9, 10.

<et le symbole romain actuel, et en termes équivalents dans ceux de l'Afrique du Nord, d'Alexandrie, de Césarée, d'Antioche et de Jérusalem (i).

Le symbole de Nicée (2) professe que Dieu le Père <a fait toutes les choses, visibles et invisibles ; celui de Constantinople (3), qu'il a fait le ciel et la terre, et toutes les choses visibles et invisibles. C'était proclamer ïa foi catholique au dogme de la création contre les païens, qui regardaient le ciel et la terre comme le produit d'une sorte de génération ou d'émanation divine, contre les philosophes qui, à la suite d'Arisiote et de Platon, admettaient l'éternité de la matière, et enfin contre les gnostiques et les manichéens qui défiguraient complètement les rapports de Dieu et du monde (4).

Tous les Pères de l'Eglise soutinrent la création du monde comme une vérité appartenant à l'enseignement révélé, à la règle de foi, et regardèrent comme des hérétiques ceux qui se refusaient à l'accepter.

7. Cette fermeté et cette unanimité dans la doctrine catholique n'empêcha point l'erreur contraire de persister. Après s'être terrée longtemps, l'hérésie manichéenne éclata de nouveau parmi les sectes du xii8 siècle, particulièrement chez les albigeois, qui admettaient bien que Dieu a créé Lucifer et ses anges, mais qui prétendaient que l'univers est l'œuvre du prince des ténèbres (5). Le concile de Latran de i2i5 condamna formellement cette erreur et proclama que Dieu est « le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, spirituelles et corporelles, que par sa vertu toute-puissante il a fait de rien simul-

1. Denzingcr, n. 4» 5, 7, 10, 11, 12, i3. — 2. Ibid., n. 17. — 3. lbid., n. /17. — 4. Cf. Baumcr, Das apostollscke Giaabensbekennlniss,\y. 181. — 5. Hefcle, HisL des conciles, trad. franc., .t. vin, p. 63 sq.

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tanément dès l'origine du temps la créature spirituelle et corporelle, les anges et les choses, puis la créature humaine composée d'esprit et de corps (i). »

C'était une fois de plus la doctrine révélée, l'enseignement traditionnel. Tous les scolastiques, à la ^ ( suite des Pères, ne firent que mettre dans tout son ' i jour ce dogme si important. i

8. Aussi, au lendemain du concile de Trente, les rédacteurs du Catéchisme romain n'eurent-ils pas de peine à formuler succinctement la doctrine de l'Eglise. Ils définissent la création ; ils en indiquent la cause efficiente, finale et exemplaire ; ils en marquent l'objet, anges, êtres matériels et homme ; et ils recommandent aux pasteurs de consulter la Genèse pour instruire sur ce point leurs fidèles. C'est une somme abrégée du dogme de la création.

« Dieu, dit le Catéchisme romain, n'a pas formé le monde d'aucun élément préexistant, mais il Ta tiré du néant, sans nécessité ni contrainte, librement et de son plein gré. Rien ne l'a porté à l'œuvre de la création, si ce n'est sa bonté, dont il voulait répandre les bienfaits sur ses créatures. Infiniment heureux par sa nature, il n'a besoin de rien comme en témoigne David par ces paroles : « Je dis à Jéhovah : « Tu es mon Seigneur, toi seul es mon bien (2). » Et de même que, guidé par sa bonté seule, il a fait tout ce qu'il a voulu, ainsi, pour former toutes choses, il n'a pas eu besoin de suivre aucun modèle qui ne fût pas en lui. Il possède, dans sa souveraine intelligence, l'idée exemplaire de toutes choses. Il a donc suffi à l'ouvrier suprême de considérer cette idée en luimême pour produire dès le commencement, avec la sagesse infinie et la puissance souveraine qui lui est propre, l'universalité des choses existantes. Il a dit et les choses ont été faites ; il a ordonné et elles ont été créées. Or, par le ciel et la terre, on entend tout ce qui est ren-

i. Denzinger, n. 355. — 2. Psal., xv, a.

fermé dans l'un et dans l'autre. Dieu a non seulement formé l'étendue des cieux, dont le prophète a dit qu'ils étaient l'ouvrage de ses mains, mais c'est lui qui les a ornés de la lumière du soleil, de la lune, et des autres astres pour les faire servir de signes, afin de distinguer les saisons, les jours et les années. C'est lui encore qui a donné à tous les globes célestes leur course constante et réglée, dont le mouvement perpétuel est si rapide et la direction si invariable.

« Dieu créa encore de rien des êtres spirituels et une multitude d'anges pour être ses serviteurs et ses ministres, les orna des dons de sa grâce et leur communiqua une grande puissance. Et comme nous lisons dans les Lettres divines que le démon n'est pas demeuré dans la vérité, il est clair que lui et les autres anges déserteurs avaient reçu le don de la grâce dès leur création. Saint Augustin l'affirme positivement lorsqu'il dit que « Dieu créa les anges avec une volonté droite, c'est-à-dire un amour chaste, qui les attachait à lui, formant en même temps leur nature et y ajoutant la grâce comme un bienfait (i). » Il faut donc croire que les saints anges n'ont jamais été privés de cette volonté droite, c'est-à-dire de l'amour de Dieu. Pour ce qui regarde l'étendue de leur science, voici ce que nous lisons dans les saintes Lettres : « Mon Seigneur est aussi sage que l'ange de Dieu pour connaître tout ce qui se passe sur la terre (2). » Et le saint roi David leur attribue la puissance quand il dit qu'il sont puissants et forts et exécutent les ordres de Dieu ; d'où ces noms de Vertus et d'Armée de Dieu que eur donne si souvent l'Ecriture. Mais quoiqu'ils eussent été tous ornés de ces dons célestes, plusieurs cependant, étant devenus infidèles à Dieu leur père et leur créateur, furent chassés de leurs sublimes demeures et renfermés dans une obscure prison de la terre, où ils reçoivent la peine éternelle de leur orgueil. C'est d'eux que le prince des apôtres a dit : « Dieu na pas épargné les anges qui avaient péché, mais les a précipités dans V enfer et les a

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