De Trinitate, 17, 19; Patr lat., t. ni, col. 918 sq
8. « Ils prétendent, dit cet Anonyme, que leur doctrine est celle des anciens et même des apôtres. Ils ajoutent qu'elle a été enseignée jusqu'à l'époque de Victor, treizième successeur de Pierre sur le siège épiscopal de Rome, et que le successeur de
l'incarnation 3o3
Paul de Samosate fut condamné à Antioche pour avoir partagé une telle erreur (i). Puis le silence se fit sur ce point particulier et ne fut plus troublé que vers la fin du vinô siècle, par deux évêques espagnols, Elipand de Tolède et Félix d'Urgel, qui, sous prétexte de combattre le monophysisme, en vinrent à distinguer deux fils dans le Christ, un fils propre : le Verbe, et le fils adoptif : l'homme né de Marie ; et ainsi le Sauveur n'était plus qu'un homme adopté par le Verbe (2). Cette erreur fut réfutée et dénoncée par Beatus et Etherius au pape Adrien Ier (772-795), qui écrivit aux évêques d'Espagne une lettre où il condamnait l'adoptianisme (3), De son côté, Charlemagne, dans deux synodes, en 792 et 799, avait fait condamner l'erreur des évêques espagnols, dont l'un, celui d'Urgel, était soumis à son empire. Il demanda en outre à Alcuin et à Paulin d'Aquilée de la réfuter par écrit. Le pre-
Yictor, Zéphyrin, fut le premier à altérer ce qu'ils appellent la vérité. Mais ils sont démentis, d'abord par l'Ecriture, et aussi par les écrits que certains de nos frères ont composés, antérieurement à Victor, pour défendre la vérité contre les païens et les hérétiques de leur temps. Et ici j'ai en vue : Justin, Miltiade, Tatien, Clément et beaucoup d'autres encore, dont les livres proclament la divinité du Christ. Pour ce qui est d'Irénée et de Méliton,qui donc ignore qu'ils ont enseigné la divinité et l'humanité du Christ ? Et les cantiques que, depuis de longues années déjà, nos pères ont composés, ne disent-ils pas que le Christ est le Verbe de Dieu, et ne lui attribuent ils pas la divinité ? Comment donc osent-ils prétendre que leur doctrine a été reçue jusqu'à Victor ? Et comment n'ont-ils pas honte de calomnier Victor, quand il savent pertinemment que l'auteur de l'apostasie qui refuse au Christ la divinité, Théodote fut excommunié par Victor ? » Dans Eusébe, Hist. eccles., v, 28. Cf. Turmel, Histoire de la théologie positive, p. 206.
1 . Eusèbe, ibid. — 2. Voir leur Lettre aux évêques de Gaule, Pair. lat.9 1. ci, col. i32i sq. — 3. Epistola Adriani ; Patr. laU, t. xcvni, col. 373 sq.
3o/i LE CATÉCHISME ROMAIN
mier composa un Adversus Feliccm et un Adversus Elipanduin (i); le second un Conlra Felicem urgellitanum (2).
L'adoptianisme fat la dernière erreur relative à l'Incarnation du Verbe. Désormais, le champ était déblayé. La christologie n'avait plus qu'a être dégagée et organisée en un système lié; ce fut l'œuvre des scolastiquos du xuc et xme siècles ; ils ont utilisé toutes les données scripturaires et patris tiques-; ils ont mis en relief les principes qui dominent, et ils ont écarté certaines vues exagérées ou erronées. De là est sorti un véritable traité de l'Incarnation, où tous les points sont passés en revue méthodiquement : But et nécessité relative de l'Incarnation ; son objet précis; mode d'union des deux natures dans l'unité de personne ; rôle propre à chaque nature dans cette union hypostatique ; conséquences qui en découlent.