L INCARNATION 2 (J
lange, de changement, de souffrance ; et quant à la nature humaine, il allègue la preuve patristique qui a vu, dans « le Verbe s'est fait chair » de saint Jean, non une transformation, mais la prise ou assomption de la chair par le Verbe ; assomption ou prise qui constituait bien l'union, mais qui maintenait la distinction des deux natures.
D'autre part, le pape saint Léon (44o-46i), relevant dans l'Ecriture tous les actes du Christ qui manifestent que Jésus a parlé et agi comme Dieu et comme homme, y montrait la preuve de l'existence en lui de deux natures, distinctes bien qu'inséparables (i). M ajouta en outre à la suite de sa Lettre à Flavien une série de textes patristiques bien choisis, quelques-uns omis par Théodoret, et particulièrement le suivant, emprunté à Cyrille, Pévêque cher aux monophysites. « Nous ne disons pas que la nature de Dieu s'est transformée ou changée en chair. Nous ne disons pas non plus qu'elle a été
i. Le pape saint Léon dit notamment dans sa Lettre à Flavien: « Le même (Jésus-Christ), il faut sans cesse le redire, a été vraiment Fils de Dieu et vraiment fils de l'homme. Dieu, puisque « au commencement était le Verbe et le Verbe était en Dieu ; » homme, puisque « le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. » Dieu, puisque « tout a été fait par lui; » homme, puisqu'il « est né d'une femme. » Sa naissance charnelle a été l'indice de sa nature humaine ; sa naissance virginale a été la preuve de sa puissance divine... Eprouver la faim, la soif, la lassitude, dormir : voilà des phénomènes humains... Autre est la nature qui pleure un ami mort ; autre celle qui le ressuscite au bout de quatre jours. Autre la nature qui est suspendue à la croix ; autre celle qui répand les ténèbres en plein jour et fait trembler les éléments. Autre la nature qui est percée par les clous ; autre celle qui ouvre le paradis au larron croyant. De môme, autre est la nature qui dit : « Mon Père et moi, nous sommes un ; » autre celle qui dit : « Mon Père est plus grand que moi. » EpisU xxtii, 4s Patr, îat., t. lïv, col. 767.
transformée en un homme, composé d'une âme et d'un corps. Nous disons que le Verbe s'est uni substantiellement, d'une manière incompréhensible et ineffable, à une chair animée par une âme raisonnable (i). »
Le ive concile œcuménique réuni à Ghalcédoine, en 45i, après avoir approuvé deux Lettres de saint Cyrille, l'une aux Orientaux et la seconde à JSeslorius, souscrivit à l'enseignement dogmatique de la Lettre à Flavien (2). Le monophysisme était condamné. Mais il ne disparut pas de si tôt et n'a pas encore disparu de nos jours. Léonce de Byzance (f c. 543) luttait encore contre lui au commencement du vie siècle (3), en discutant un à un les textes invoqués par Eutychès.
5. Le Monothélisme. — Sur le monophysisme se greffa bientôt le monothélisme ; la logique de Terreur voulait que, s'il n'y a, en Jésus-Christ, qu'une seule nature, il n'y ait de même qu'une seule volonté. Le patriarche de Constantinople, Sergius, disait : « Le même Christ a accompli les actions divines et les actions humaines par une seule opération théandrique, selon la doctrine de saint Denys (4). » Il écrivait au pape Honorius (625-638) : « Sur l'ordre de l'empereur, ce saint homme (Cyrus, évêque d'Alexandrie) nous consulta par écrit pour savoir si Ton doit assigner au Christ une ou deux opérations, et si quelques Pères avaient, à notre connaissance, parlé d'une seule opération. Nous lui envoyâmes l'écrit que Mennas, patriarche de la ville impériale,
1. Epist. clxv ; Patr. lat., t. nv, col. n 87. C'est à la suite de cette lettre que se trouve l'appendice pratristique, composé parle Pape. — 2. Denzinger, n. i32-i34- — 3. Cont. Monophy.; Patr. gr., t. lxxxvi, col. 1 709-1 901. — 4- Les œuvres dupseudop D.mys sont appelées en témoignage comme si elles appartenaient à l'Aréopagite.
l'incarnation 3o I
composa jadis pour Vigile, Fan des prédécesseurs de Votre Sainteté, écrit dans lequel l'unité d'opération du Christ notre Dieu est attestée par un certain nombre de témoignages patristiques (i). » L'œuvre de Mennas était apocryphe. Un autre monothélite, Pyrrhus, invoquait à l'appui de son erreur cette phrase de saint Cyrille : « Le Christ a déployé, dans sa divinité et dans son humanité, une seule énergie naturelle,» et cette autre du pape Honorius : «Nous faisons profession de reconnaître une seule volonté de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
Le saint abbé Maxime entra en discussion avec Pyrrhus. Dans sa Disputatio, il réfute les citations alléguées par les monothélites et donne à celles de Denys, de Cyrilb et d'IIonorius un sens correct (2),
Mais ce que ne fit pas saint Maxime, et ce qu'il
importait pourtant de faire, c'était de recueillir les
textes patristiques en faveur des deux volontés du
Christ. Cette tâche fut remplie par Théophylacte, à
la demande du pape Martin Ier (649-655). Or, entre
autres textes, Théophylacte rapporte celui-ci, de
saint \mbroise : « Il a pris ma volonté, il a pris
ma tristesse... C'est une volonté qu'il a faite sienne...
C'est comme homme qu'il a dit : « Non sicut ego
volo, sed sicut tu. » Il rapporte encore celui-ci de
saint Léon : « Chacune des deux natures opère ce
qui lui est propre avec la participation de l'autre.
Le Verbe fait ce qui appartient au Verbe ; la chair
ce qui appartient à la chair. » Ces textes et d'autres
encore ne pouvaient laissser l'ombre d'un doute. Le
1. Hardouin, t. ni, col. i3ii. — 2. Disputatio Maximi cum Pyrrho ; Pair. gr. t. xci, col. 328-343. Saint Maxime ne fat pas le seul à faire remarquer que la pensée du pape Honorius était correcte ; Jean IV (640-G42), dans sa lettre à Pyrrhus, l'adversaire de Maxime, l'avait déjà fait ; et devant le rappel de cette explication, Pyrrhus n'insista pas auprès de Maxime.
concile réuni à Latran, en 649, fut édifié; il se prononça pour les deux volontés. Quant à l'expression, empruntée aupseudo-Denys, il la ratifia en en déterminant le sens (1). La preuve patristique fut donnée avec ampleur, au vie concile œcuménique, en 680, où Ton découvrit, en outre, que la prétendue Lettre de Mennas au pape Vigile avait été fabriquée par Sergius lui-même et insérée frauduleusement dans les Actes du concile de 553 (2). Le concile condamna définitivement le monothélisme (3).
6. L'Adoptianisme. — Il ne manqua point d'hérétiques pour soutenir que Jésus n'est qu'un homme ordinaire, fils de Joseph. Saint Irénée en signale quelques-uns (4). Ce fut notamment la thèse de Théodote, d'après laquelle Notre Seigneur serait devenu Jils adoptif de Dieu, au jour de son baptême. Il fut excommunié par le pape Victor (5) et réfuté par saint Hippolyte (6). Mais cela n'empêcha pas Artemas d'insister de nouveau, ce qui suscita la réfutation de l'adoptianisme par Novatien (7) et par un Anonyme (8). A la fin du ni0 siècle, en 2G9 ou 272,
1. Voici, en effet, le canon i5 : « Si quelqu'un admet follement, avec les impies hérétiques, l'opération divino-humaine, que les Grecs appellent OeavBptxvjv, comme une seule opération et qu'il ne confesse pas avec les saints Pères une double opération, divine et humaine, ou qu'il entende cette nouvelle expression « théandrique » comme désignant une seule opération, non comme manifestant l'union admirable et glorieuse de l'une et de l'autre, qu'il soit condamné. » Denzinger, n. 216. 2. Hardouin, t. ni, col. 1067. — 3. Denzinger, n. a38. — 4. Adv. hœr, III. xix, 1 ; Patr. gr.t t. vu, col. 938. — 5. Eusèbe, Hist. eccles., v, 28; Patr. gr.t t. xx, col. 5i2. — 6. Cf. Saint Epiphane, Hœr., liv ; Patr gr., t. xli, col. 961. —