Délai et préparation de l'Incarnation
(( Cette preuve saisissante, qui doit convaincre la raison avant que la foi la prosterne devant le mystère adorable que lui propose l'Incarnation réparatrice, le délai seul de cette Incarnation permet à Dieu de la préparer. Dans le vaste champ des siècles il sème les oracles, il dirige et fait converger vers son Fils le mouvement sacré de l'inspiration. Ce mouvement progresse à mesure que le temps s'avance, et quatre siècles avant l'heure bénie de l'apparition il ne manque rien au tableau prophétique de la personne, de la vie, de l'œuvre, des triomphes du Yerbe rédempteur. L'humanité attend une manifestation grandiose. Si le Fils de Dieu n'est pas reconnu, il ne faudra s'en prendre qu'à l'aveuglement des passions ; car, de son côté, Dieu a lait tout ce qu'il était possible de faire pour introduire dans le monde une si grande majesté. Les oracles sont nombreux ; tant mieux : leur confrontation avec la réalité promise n'en sera que plus convaincante. Les oracles sont placés à de longues distances sur l'échelle des âges ; tant mieux : il sera plus impossible de découvrir dans leur admirable liaison des attaches naturelles. Pour empêcher leur émiettement, Dieu, par de continuelles et merveilleuses interventions, conserve le peuple à qui il en a confié le dépôt. Pour les répandre, il permet des conflits, des désastres, des bouleversements, qui, mêlant aux nations les enfants de Jacob, leur donnent l'occasion d'éclairer les trop vagues désirs et de redresser les traditions défigurées. Enfin, pour assurer l'accomplissement de ses promesses, il fait succéder à tous les grands empires la domination universelle du peuple dont la capitale deviendra la tête du royaume de son Promis. » Monsabré, Conf. xxix6.
3. L'Incarnation : rencontre du fini et de l'Infini dans le Verbe. — « Dans le Verbe, parce que le Verbe étant l'image vivante où Dieu contemple ses adorables perfections, il appartenait à cette image de donner au monde l'empreinte achevée dans laquelle Dieu devait rencontrer le fini.
RENCONTRE DE i/lNFINI ET DU FINI 3l7
(( Dans le Verbe, parce que le Verbe étant le concept éternel par lequel Dieu voit toutes choses, l'exemplaire d'après lequel les créatures ont été faites, il convenait que l'artiste suprême restaurât et perfectionnât son ouvrage par l'exemplaire même dont il s'était servi pour le créer.
« Dans le Verbe, parce que la créature raisonnable ayant seule conscience de ses aspirations vers l'infini et ne pouvant arriver à ce terme suprême que par la sagesse, qui est sa perfection propre, il convenait qu'elle la reçût de celui qui est la Sagesse substantielle.
a Dans le Verbe, parce qu'il s'agit de l'adoption de la créature, et que cette adoption ne se pouvait faire que par l'union de la créature au fils naturel de Dieu.
« Dans le Verbe, parce que l'appétit désordonné de la science ayant perdu l'homme primitif, et égarant chaque jour ses tristes enfants, il était juste que la vraie science vînt en personne redresser leurs erreurs.
« Dans le Verbe, qui peut se manifester sans cesser de demeurer en son Père, comme une pensée, verbe de mon âme, se manifeste par le son, sans cesser d'habiter le mystérieux sanctuaire où elle a été conçue.
« Dans le Verbe, que Dieu possède éternellement et qu'il peut donner à l'humanité sans rien perdre, comme je possède ma pensée avant de la communiquer, comme je la communique sans appauvrir mon esprit.
a Dans le Verbe, qui s'unit à l'humanité sans changer de nature, comme ma pensée s'unit aux mots matériels qui l'emportent loin de moi, sans cesser d'être la fille très pure et très simple de mon intelligence.
« Dans le Verbe et dans la chair, parce qu'il était impossible que le fini fût représenté sous tous ses aspects aux noces sacrées de Dieu avec sa créature, si la chair n'y était appelée. L'âme de l'homme ne représente que le monde supérieur des intelligences, sa chair est une réduction savante et harmonieuse du monde inférieur delà matière,.. Donc, dire que le Verbe s'est fait chair, c'est exprimer énergiquement que la rencontre du fini et de l'infini, qui se cherchaient, est aussi profonde, aussi complète qu'elle pouvait l'être. » Ibid., Conf. xxxiv\
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ARTICLE IVe
À souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, a été enseveli
Leçon XXVIIF Le Christ Rédempteur
I. Explication du quatrième article par le Catéchisme romain. — IL Le Dogme de la Rédemption : Preuve scripturaire. — III. Preuve patristiquc.
Fidèle à sa méthode synthétique et à son but pratique, le Catéchisme romain résume admirablement l'enseignement de l'Eglise sur un dogme aussi important et en tire des leçons utiles pour la piété chrétienne (i). Il souligne les circons-
i. BIBLIOGRAPHIE : Outre les divers traités théologiques récents sur l'Incarnation et la Rédemption et les diverses histoires des dogmes, voir J. Turmel, Histoire de la théologie positive, Paris, 1904 ; J. Tixeront, La théologie anténicéenne, Paris, igo5 ; A. Gondamin, Le Livre d'Isaïe, Paris, 1905 ; Y. Rose, Etudes sur les Evangiles, dans la Revue Biblique, 1900, p. 419-517 ; Lepin, Jésus et Messie Fils de Dieu, 2e édit., Paris, J905 ; Mgr Simar, Oie Théologie des heiligen Paulus, Fribourg,
LA RÉDEMPTION 3l()
tances de temps et de mode ; il donne les raisons de la mort et de la sépulture; il indique les principales causes d'un tel acte d'amour de la part de Notre Seigneur ; et il signale enfin les fruits abondants qui en découlent pour nous.
1° A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié.
— i . Explication nécessaire de cet article : ce qu'il faut croire, « L'Apôtre marque assez combien est nécessaire la connaissance de cet article et quel zèle les pasteurs doivent avoir pour exhorter les fidèles à se rappeler souvent la mémoire de la passion du Seigneur, lorsqu'il se glorifie de ne savoir autre chose que Jésus-Christ, et Jésus- Christ crucifié. Cette vérité a donc besoin d'être expliquée avec beaucoup de soin afin que le souvenir d'un si grand bienfait excite dans tous les fidèles les sentiments profonds de dévouement, que méritent la bonté et l'amour de Dieu à notre égard. D'après la première partie de cet article, nous devons croire que Jésus-Christ fut crucifié à l'époque où Ponce Pilate gouvernait la Judée, sous l'empereur Tibère. Pris, accablé de railleries et d'injures, affligé de toutes sortes de tourments, il fut enfin élevé sur la croix. Or, il ne faut pas douter que son âme, dans sa partie inférieure, n'ait été sensible à ces tourments ; car, étant revêtu, de la nature humaine, il était nécessaire qu'il ressentît dans son âme la plus vive douleur. Ainsi dit-il lui-même : « Mon âme est triste jusqu'à la mort (i). » A vrai dire, la nature humaine était unie en lui à une personne divine ; mais cette union ne l'empêcha pas de ressentir la rigueur de sa passion, puisque les propriétés des deux natures furent conservées dans la personne unique de Jésus-Christ, aussi bien que si elles n'eussent pas été réunies. Ainsi ce qui était passible et
i883; Dufourcq, Saint Irénée, ae édit., Paris, 1905 ; d'Alès, La Théologie de Tertixllien, Paris, 1905 ; Le Bachelet, Athanase, et E. Portalié, Augustin dans le Dictionnaire de Théologie ; J. Rivière, Le dogme de la Rédemption, Paris, 1905. — 1. Matth., xxvi, 38,
mortel demeura passible et mortel, et ce qui était impassible et immortel, c'est-à-dire la nature divine, ne perdit rien de ses propriétés.
« Que si nous voyons rappeler avec tant de soin, à cet endroit, que Jésus-Christ souffrit pendant que Ponce Pilate gouvernait la Judée, le pasteur en dira la raison : c'est que l'époque d'un événement si grand et si nécessaire étant déterminée d'une manière précise, la connaissance en devenait beaucoup plus facile. Aussi l'apôtre Paul l'a-t-il marquée expressément. Une autre raison encore, c'est que nous voyons, dans ces paroles, l'accomplissement d'une prophétie du Sauveur : « Ils le livreront aux gentils pour être moqué, flagellé, crucifié (i). »
2. Mort sur la croix. — « Ce fut aussi par une disposition particulière de Dieu qu'il endura la mort sur la croix. Il fallait que du même objet d'où la mort était venue, de là aussi la vie nous fût rendue. Voilà pourquoi le serpent, qui avait vaincu nos premiers parents par le fruit d'un arbre, fut vaincu à son tour par le Christ sur le bois de la croix. Nous pourrions rapporterun grand nombre de raisons, exposées au long par les Pères, qui font comprendre combien il était convenable que notre Rédempteur endurât ce genre de mort, de préférence à tout autre. Mais il suffit pour les fidèles de croire que le Sauveur l'a choisi, parce qu'il le trouvait plus propre et plus convenable pour la rédemption du genre humain. Il n'en est pas, en effet, de plus honteux ni de plus humiliant. Et ce ne sont pas seulement les païens qui l'ont regardé comme le comble du déshonneur et de l'ignominie, mais on lit encore dans la loi de Moïse qu' « un pendu est ï objet de la malédiction de Dieu (2). »
3. Histoire de la passion à raconter. — « Le pasteur n'oubliera pas de raconter l'histoire de la passion, rapportée avec tant de soin par les Evangélistes, et il fera connaître aux fidèles au moins les principaux points de ce mystère, qui paraissent les plus nécessaires pour confirmer la vérité de notre foi. C'est, en effet, sur cet arti-