JESUS, PRETRE ET VICTIME
une délivrance et un pardon. Il entrelaça si divinement les fautes de l'humanité et ses propres douleurs, qu'on ne sait s'il faut pleurer des fautes qui ont amené de telles douleurs, ou adorer des douleurs qui ont expié de telles fautes. On reste au pied de la croix, ému, étonné, attendri, partagé entre la stupeur et l'enthousiasme, ne sachant quel nom donner à un amour qui n'a pas d'analogue sur la terre. Il est si grand, qu'il est comme un scandale. C'est là qu'ont buté tous les hérétiques ; et pendant des siècles il fut le plus grand obstacle à la foi. L'esprit s'étonnait, se révoltait; on haussait les épaules; on souriait de pitié. « Quoi, ce pendu, ce supplicié, il est Dieu! Vous voulez rire ! b Puis la proposition se renversa dans le cœur de l'humanité ; « Quoi! il est Dieu, il a été pendu, fouetté, supplicié! Mais pourquoi n'écrasait-il pas ses bourreaux? Pourquoi ne foudroyait-il pas ce Pilate? Pourquoi supportait-il ces soufflets? Pourquoi endurait-il ces douleurs? Ce n'était pas par faiblesse, il est Dieu, c'était donc par amour! Quoi! Dieu m'aurait aimé jusque là, jusqu'à la passion, jusqu'à la folie, jusqu'au gibet! » Les larmes vinrent avec l'enthousiasme et l'amour de Dieu ressuscita. • Bougaud, Le Christianisme, 3° édit., Paris, 1878, t. III, p. 467-468.
3. Jésus prêtre et victime. — t Le sacerdoce du Christ attire à lui toutes les choses sacrées. Il les reçoit de l'humanité pour les donner à Dieu ; il les reçoit de Dieu pour les donner à l'humanité; il prie et il immole; il bénit et il sanctifie.
1 C'est assez qu'il ait pris notre nature pour s'obliger à notre égard. Déjà, dans l'ombre de sa vie cachée, il envoie, à notre intention, des messages de paix vers le ciel. Sur le penchant des collines où il s'assied, pendant les jours rapides de son apostolat, il dicte au genre humain la prière universelle qui résume tous les devoirs et tous les besoins ; il montre le chemin qu'elle doit prendre pour arriver à Dieu : ce chemin, c'est lui-même. Tous nos hommages et nos vœux doivent passer par son âme sacerdotale et être marqués de son nom, si nous voulons plaire à la majesté sainte du Dieu qui les attend et émou-
voir sa miséricordieuse bonté. Ecoutez-le, ce prêtre sublime. Avant de quitter la terre, il prie pour tous ceux que le Seigneur lui a donnés....
t Orante accompli, Jésus est le sacrificateur parfait. Il lui faut un temple, c'est le monde; un autel, c'est la croix; une victime, c'est sa chair infirme, comme pénétrée de toutes les iniquités du genre humain : un couteau qui immole, c'est sa propre volonté, humblement soumise aux éternels décrets de la providence ; un feu qui consume, c'est son ardent amour pour les hommes. En se livrant lui-même, comme une hostie sainte, il réjouit le cœur de Dieu, depuis longtemps dégoûté de l'odeur du sang des boucs et des génisses ; il purifie le ciel et la terre ; il réconcilie les pécheurs avec Dieu, et devient, pour tous ceux qui s'unissent d'un cœur soumis à son action sacerdotale, la cause du salut éternel. Sa mort cruelle et sanglante ne se renouvelle pas, parce qu'il y met toute sa perfection; mais son ingénieuse bonté trouve le moyen de multiplier des millions de fois, sans douleur et sans effusion de sang, le sacrifice qu'il offre au Seigneur, afin de le consommer par l'union intime du genre humain et de la victime, tout en nous épargnant l'horreur de manger au naturel sa chair immolée.
t Voilà les choses sacrées qui, de l'humanité, vont à Dieu, par notre prêtre Jésus-Christ. Leur mouvement en en appelle un autre; les choses sacrées descendent de Dieu à l'humanité. C'est la vérité dégagée des ombres de l'ancienne alliance, enrichie de nouvelles révélations, brisant les entraves du privilège pour se répandre sur l'univers entier; c'est la loi d'amour bannissant les religieuses terreurs qui tenaient les peuples à distance, et convoquant, non plus quelques âmes d'élite, mais toutes les âmes à une perfection jusque-là sans exemple ; c'est le pardon assuré de toutes les iniquités ; c'est la grâce engendrant une race sainte, fortifiant les faibles, relevant les tombés, excitant les vaillants, consommant les parfaits, descendant jusqu'aux principes de la vie, pour les sanctifier et les épanouir en enfants de bénédiction; c'est la vie même de Dieu pénétrant des signes infimes et