I Tim., 11, 4. — 2. II Cor., v, i
grâce, de la désobéissance à sa loi, du péché, et alors sa volonté de sauver tous les hommes se restreint à ne sauver que ceux qui ont correspondu à ses avances et obéi à ses commandements. Sa volonté salutaire antécédente n'est donc pas absolue, elle n'est que conditionnelle, tandis que sa volonté conséquente, celle qui tient compte du bon ou du mauvais usage de la liberté humaine, est absolue.
Bien que venu « dans la plénitude des temps, » Notre Seigneur n'en est pas moins mort pour ceux qui ont vécu sous la loi mosaïque. Les mérites de son sacrifice, prévus par Dieu, ont été la cause du décret qui a sauvé les uns. Au moment de la passion et de la mort, Jésus savait qu'ils étaient sauvés et qu'ils devaient leur salut à son propre sacrifice. Quant aux damnés, ils n'ont pas échappé complètement aux bienfaits de la Rédemption. Pour eux aussi Jésus a souffert et est mort, non en tant qu'ils sont damnés, mais en tant que Dieu voulait leur salut d'une volonté antécédente et conditionnelle. Bref, la Rédemption est universelle, Jésus-Christ est mort pour tous les hommes ; et s'il est des hommes qui n'en profilent pas, c'est qu'ils ne le veulent pas ou ne l'ont pas voulu.
Reste la question des enfants qui, depuis l'origine du monde, sont morts avant d'avoir atteint l'âge de raison, et dont quelques uns n'ont pas bénéficié, en fait, de la Rédemption. N'ayant pas été réintégrés dans la vie surnaturelle, ils se trouvent par là même privés de la vision béatifique. C'est une conséquence du jeu naturel des causes secondes, que la Providence n'a pas suspendues, et dans lesquelles elle n'intervient pas toujours par des miracles ; mais cette conséquence ne prouve rien ni contre la volonté salvifique de Dieu, ni contre la Rédemption universelle ; car Dieu, tout en sauvant le monde
l'épitre aux hébreux et le SACRIFICE DE JÉSUS 38 1
par la vie et la mort du Sauveur, n'a pas voulu se soustraire au joug des lois naturelles. Nous retrouverons cette question en traitant du baptême.
1. Le sacrifice de Jésus, d'après l'Epître aux Hébreux. — « Le Christ ayant paru comme grand prêtre des biens à venir, c'est en passant par un tabernacle plus excellent et plus parfait, qui n'est pas construit de main d'homme, c'est-à-dire qui n'appartient pas à cette créationci, et ce n'est pas avec le sang des boucs et des taureaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré une fois pour toutes dans le Saint des Saints, après avoir acquis une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux, si la cendre d'une vache, dont on asperge ceux qui sont souillés, sanctifient de manière à procurer la pureté de la chair, combien plus le sang du Christ, qui par l'Esprit éternel, s'est offert lui-même sans tâche à Dieu, purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivant ? Et c'est pour cela qu'il est médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour le pardon des transgressions commises sous la première alliance, ceux qui ont été appelés reçoivent l'héritage éternel qui leur a été promis. Car, là où il y a un testament, il est nécessaire que la mort du testateur intervienne : parce qu'un testament n'a son effet qu'en cas de mort, étant sans force lorsque le testateur est en vie... Ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable, que le Christ est entré ; mais il est entré dans le ciel même afin de se tenir désormais pour nous présent devant la face de Dieu. Et ce n'est pas pour s'offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre entre chaque année dans le sanctuaire avec un sang qui n'est pas le sien ; autrement il aurait dû souffrir plusieurs fois depuis la fondation du monde. Mais il s'est montré une seule fois, dans les derniers âges, pour abolir le péché par son sacrifice. Et comme il est arrêté que les hommes meurent une seule fois, après quoi vient le jugement, ainsi le Christ, après s'être offert une seule fois pour ôter les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois,
sans péché, pour donner le salut à ceux qui l'attendent... Le Christ dit en entrant dans le monde ; « Vous n'avez voulu ni sacrifice, ni oblation, mais vous m'avez formé un corps; nous n'avez agréé ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché. Alors j'ai dit : Me voici (car il est question de moi dans le rouleau du livre), je viens, ô Dieu, pour faire votre volonté. » Après avoir commencé par dire : c< Vous n'avez voulu et vous n'avez agréé ni oblations, ni holocaustes, ni sacrifices pour le péché, » toutes choses qu'on offre selon la Loi, il ajoute ensuite. « Voici que je viens pour faire votre volonté. » Il abolit ainsi le premier point, pour établir le second. C'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'oblation que Jésus-Christ a faite, une fois pour toutes, de son propre corps. Et tandis que tout prêtre se présente chaque jour pour accomplir son ministère, et offre plusieurs fois les mêmes victimes, qui ne peuvent jamais enlever les péchés, lui au contraire, après avoir offert un seul sacrifice pour les péchés a s'est assis • pour toujours « à la droite de Dieu, » attendant désormais « que ses ennemis deviennent l'escabeau de ses pieds. » Car, par une oblation unique, il a procuré la perfection pour toujours à ceux qui sont sanctifiés. 1 Hebr., ix, 11-17, 24-28; x, 5-i4.
2. L'amour ineffable de Jésus sur la Croix. — • Il fallait ici un amour étrange, extraordinaire. Il ne suffisait pas que Dieu aimât l'homme, qu'il l'aimât le premier, qu'il l'aimât tendrement; il fallait l'aimer jusqu'à la passion, jusqu'à la folie. Il fallait des extravagances. Il fallait un de ces amours qui ne laissent pas la liberté de l'indifférence, qu'il faut haïr ou adorer, qu'on insulte comme une chimère, dont on rit comme d'une folie, ou qu'on confesse avec des sanglots. Et tel fut l'amour de la Croix. Ce ne fut pas assez pour Notre Seigneur de s'abaisser de s'humilier, de se mettre en sang ; il voulut aller de suite au plus grand et au plus beau. Le plus beau c'est de mourir pour ceux qu'on aime. Il mourut pour l'homme, pour le délivrer du châtiment qu'il avait mérité. Il fit pli s, il mourut par l'homme, de la main de ceux qu'il aimai 1 ; en sorte que son dernier souffle fut à la fois un rachat,