‹ Le catéchisme romainChapitre 129 sur 230 · Descente aux enfers. — « Or, il ne faut pas · texte numérisé non relu

Descente aux enfers. — « Or, il ne faut pas

s'imaginer que Jésus ne soit descendu aux enfers que par sa puissance et sa vertu, et que son âme n'y ait pas réellement pénétré. Nous devons croire qu'elle y descendit effectivement, qu'elle y fut présente d'après ce témoignage exprès de David : « Tu ne livreras pas mon âme au séjour des morts (i). » Mais le Christ, en descendant aux enfers, n'a rien perdu de sa souveraine puissance, et l'éclat de sa sainteté n'en a pas été obscurci. Au contraire, cet événement a prouvé, avec évidence, la vérité de tout ce qui a été dit de sa sainteté et a clairement démontré qu'il était Fils de Dieu, comme l'avaient déjà prouvé tant de prodiges. C'est là chose facile à comprendre si l'on

i. Psal, xv, io.

compare les causes qui ont fait descendre aux enfers le Christ et les autres hommes. Les hommes y sont descendus comme des captifs ; lui, libre et vainqueur au milieu des morts, est descendu pour terrasser les démons, qui retenaient les hommes captifs et enchaînés à cause du péché. Or, parmi ceux-ci, les uns étaient tourmentés par des peines très cruelles; les autres, bien qu'exempts de douleurs sensibles, étaient privés de la vision de Dieu et souffraient en attendant la gloire bienheureuse qu'ils espéraient. Notre Seigneur, au contraire, loin de souffrir dans ces lieux, n'y vint que pour délivrer les saints et les justes de cette misérable captivité, et pour leur faire part des fruits de sa passion. Ainsi donc, en descendant aux enfers, il ne perdit rien de sa souveraine dignité ni de sa puissance. »

5. Causes de la descente aux enfers, — « Notre Seigneur ne se contenta pas d'enlever aux démons leurs dépouilles, mais, après avoir délivré de la prison les saints Pères et les justes, il voulut encore les emmener au ciel, ce qu'il fit d'une manière admirable et glorieuse. Dès qu'il parut au milieu d'eux, sa vue illumina brillamment ces captifs et remplit leur âme d'une immense joie et les fît jouir du souverain bonheur, qui est dans la vision de Dieu. Alors se réalisa la promesse faite au bon larron : « Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Cette délivrance des justes, Osée l'avait prédite longtemps à l'avance : « Où est ta peste, ô mort? où est ta destruction, ô sépulcre? » Et Zacharie avait dit : a A cause du sang de ton alliance, je retirerai tes captifs de la fosse sans eau. » C'est ce qu'a exprimé l'apôtre en ces termes : « Il a dépouillé les principautés et les puissances, et les a livrées hardiment au spectacle, en triomphant d'elles par la croix. »

« Mais, pour mieux comprendre encore la vertu de ce mystère, il faut se rappeler souvent que les hommes pieux, non seulement ceux qui avaient vu le jour après l'avènement du Seigneur, mais encore ceux qui l'avaient précédé depuis Adam et ceux qui doivent paraître jusqu'à la fin des temps, ont été sauvés par le mérite de la passion.

LA RÉSURRECTION 4o&

Voilà pourquoi avant sa mort et sa résurrection, les portes du ciel n'avaient été ouvertes à personne. Les âmes des justes, au sortir de la vie, étaient portées dans le sein d'Abraham ou bien, comme cela arrive encore aujourd'hui pour celles à qui il reste quelque dette à solder, allaient se purifier au feu du purgatoire.

« Une dernière raison qui a fait descendre Jésus-Christ aux enfers, c'est qu'il a voulu y manifester sa puissance et sa vertu, comme il l'a fait au ciel et sur la terre, afin que tout genou fléchît à son nom, dans le ciel, sur la terre et dans les enfers. Qui donc n'admirerait la bonté infinie de Dieu envers le genre humain? Après avoir souffert pour nous une mort très douloureuse, il a voulu encore pénétrer dans les plus basses parties de la terre pour en arracher les âmes qui lui étaient chères et les conduire avec lui au bonheur éternel. »

IL La Résurrection

Après les abaissements et les humiliations de la passion et de la mort de Jésus, une légitime compensation s'imposait, qui fût en même temps une preuve irréfutable de sa divinité. En attendant l'ascension, la place à la droite de Dieu et le pouvoir judiciaire, c'est dans la résurrection que se trouvent cette compensation et cette preuve. Est-il vrai que Jésus soit ressuscité ? Et s'il est ressuscité* en possède-t-on des témoignages certains ? La*. réponse à ces questions est de la plus haute importance : il y va de tout le christianisme. Or, cette réponse est affirmative : Oui, le Christ est sorti vivant de la tombe, il est vraiment ressuscité ; les preuves en sont dans l'Ecriture, absolument décisives.

1° Preuve scripturaire de la Résurrection

Le fait de la résurrection se trouve annoncé dans l'Ancien Testament, notamment dans oe passage du Psalmiste :

« Tu ne laisseras pas mon âme au séjour des morts, Tu ne permettras pas que celui qui Vaime voie la cor*

[ruplion (i). »

C'est pourquoi le prophète Isaïe saluait longtemps à l'avance la tombe du serviteur de Jéhovah comme « un sépulcre glorieux (2). »

Du reste, Jésus lui-même, à partir de la confession de saint Pierre, avait pris soin, à plusieurs reprises, de prédire sa résurrection peu après sa mort : « Détruisez ce temple, disait-il, en faisant allusion à son corps, et je le rebâtirai dans trois jours (3). )) Plus clairement encore : « Cette race méchante et adultère demande un signe, et il ne lui sera pas donné d'autre signe que celui du prophète Jonas : de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, ainsi le Fils de l'homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits (4). » A ses disciples, il disait : « Le Fils de Vhomme doit être livré entre les mains des hommes, et ils le mettront à mort, et il ressuscitera le troisième jour (5). »

1. Ps., xv, 10. — 2. Is., xi, 10. — 3. Joan., 11, 19 ; Matth., xxvi, 61 ; Marc, xiv, 58. — 4. Matth., xn, 3c)-4o. • — 5. Matth., xvii, 21. Duvoisin s'est servi de la prédiction de Jésus pour prouver sa résurrection. « Raisonnons, disait-il, dans la double hypothèse de la vérité et de la fausseté du fait de la résurrection, et voyons à laquelle de ces deux hypothèses peut s'adapter la prédiction de Jésus-Christ. — Si Jésus est ressuscité, il est indubitablement l'envoyé de Dieu ; et s'il était l'envoyé de Dieu, il pouvait se tenir assuré de sa résurrection, et il convenait qu'il l'annonçât à ses disciples et à ses

LA RÉSURRECTION ^o5

Or, dans l'effarement et le trouble que leur cause la mort ignominieuse de leur Maître, les apôtres ont complètement perdu le souvenir de cette prédiction mystérieuse. Devant la catastrophe finale du

ennemis ; à ses disciples, pour soutenir leur foi contre le scandale de la croix ; à ses ennemis, pour défier tous leurs efforts, pour donner plus d'éclat au miracle qui devait mettre le sceau à la divinité de sa mission. Si, au contraire, Jésus n'était pas un envoyé céleste, cette prédiction ne pouvait servir qu'à faire échouer ses projets, soit en désabusant les disciples qu'il avait séduits, soit en fournissant à ses ennemis un moyen sur et facile de le convaincre d'imposture à la face de l'univers... J'interroge l'incrédule, et je lui demande si les disciples de Jésus, sur l'autorité de sa prédiction, croyaient fermement qu'il dut ressusciter, ou si leur foi, encore faible et vacillante, attendait l'événement pour se fixer. Qu'il choisisse entre ces deux suppositions, et qu'ensuite il m'explique comment, après avoir attendu vainement l'exécution de la promesse de leur Maître, après s'être convaincus de la fausseté de sa prédiction, les disciples ont pu se persuader encore qu'il était le Fils de Dieu. A la vue d'une preuve si palpable d'imposture, la foi des disciples, quelles que soient leurs préventions, s'éteint nécessairement pour faire place à l'indignation et à la honte de s'être laissé tromper. Une semblable prédiction, dans la bouche d'un imposteur, ne pouvait donc avoir d'autre ellet que de forcer ses disciples à l'abandonner. J'ajoute qu'elle eût encore préparé à ses ennemis un moyen sur et facile de le convaincre, à la face de l'univers, de mensonge et d'impiété... Instruits, par cette imprudente déclaration, du cours qu'allait prendre l'imposture, les prêtres et les pharisiens ont rompu d'avance toutes les mesures des conjurés. Ils ont placé des gardes au sépulcre, ils y ont apposé le sceau public. Ils sauront bien empêcher qu'on n'enlève le cadavre ; il ne leur sera pas difficile de le produire après les trois jours révolus. Ce terme expiré, la fable de la résurrection est étouffée avant même qu'elle ait vu le jour. — En deux mots, Jésus a prédit qu'il ressusciterait, donc il est ressuscité. Ou les apôtres s'attendaient à voir leur Maître ressusciter, comme il l'avait annoncé si expressément, ou ils ne s'y attendaient pas. Dans la première supposition, ils ont dû se reposer sur lui même du soin de vérifier sa prédiction. Ils n'avaient nul besoin de s'engager dans une manœuvre aussi dangereuse que crimi-

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Calvaire, leur foi disparaît. Ils ont entendu, aux pieds de la croix, les sinistres défis et les ironies insultantes des scribes et des pharisiens lancés à Celui qui avait sauvé les autres et ne pouvait se sauver lui-même ; ils ont entendu le Christ luimême jeter à Dieu, du haut de sa croix, un appel suprême; et ils ont constaté que le Ciel était resté sourd et fermé, que la mort avait fait un cadavre de Celui qui se disait le Fils de Dieu et la Vie. C'était donc bien fini? tous les espoirs sombraient : ils se trouvaient victimes d'une folle confiance et n'avaient plus, dans l'amertume de leur déception, qu'à cacher leur honteuse déconvenue et à reprendre le chemin de cette Galilée où ils avaient pourtant goûté des joies si ineffables.

Plus clairvoyants, parce qu'ils étaient inspirés par la haine, les sanhédrites avaient eu beau s'applaudir indécemment du succès de leur complot, ils n'étaient pourtant pas complètement rassurés. Aussi prirent-ils le soin de s'assurer du cadavre de leur victime et de le soustraire à toute tentative de glorification posthume. Ils s'adressèrent donc à Pilate, dès le samedi, en plein jour de sabbat, pour lui dire : « Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur, lorsqu'il vivait encore, a dit : « Après

nelle, et si leur attente était trompée, il ne leur restait que d'abandonner et la cause et la mémoire d'un homme qui les avait si grossièrement abusés. Dans la seconde supposition, nul motif, nul intérêt, nul espoir ne pouvait les engager à concerter la fable de la résurrection. Du côté du monde, ils avaient tout à craindre; du côté du ciel, ils ne pouvaient atlendre que les châtiments réservés au blasphème et à l'impiété. Le fanatisme ne les aveuglait pas sur ce qu'il y avait de «criminel dans leur projet, et le faux zèle ne justifiait pas l'imposture à leurs yeux. » Duvoisin, Démonstration évanyélique, Paris, 1800, ch. vi, dans la DémonsL évang. de Migne, t. xiu, col. 821-833.

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