LES ANGES, D'APRES LES PERES 3S
posa ; et s'il est vrai qu'il ait tenu sa promesse, son oeuvre ne nous est point parvenue. Il faut attendre la fin du ve siècle ou le commencement du vie avant de trouver sur les anges une œuvre détaillée, c'est le traité de la Hiérarchie céleste, faussement attribué à Denys Taréopagite.
Mais, sans traiter la question à fond, les Pères n'ont pas manqué de donner en passant leur opinion sur les esprits célestes. Malheureusement, ils ne trouvaient pas dans les données scripturaires et traditionnelles des réponses suffisamment explicites, et ils subirent beaucoup trop l'influence de certains apocryphes, tel que le pseudo-Hénoch, et de la philosophie néoplatonicienne du juif alexandrin Philon. De là, à côté de vérités certaines et définitivement acquises, bien des problèmes soulevés, et quelques-uns sagement résolus. Mais en même temps que d'hypothèses hasardées, que de conjectures sans fondement, que de vues erronées, dont l'étude et l'Eglise devaient faire justice !
i° Existence et création. — L'existence et la création des anges sont universellement regardées par les Pères comme des vérités appartenant à la foi.
Mais à quel moment précis ont-ils été créés ? C'est Origène qui, le premier, a posé la question. Ne la trouvant pas résolue « dans la prédication ecclésiastique (i), » il propose son opinion personnelle. Estimant, d'une part, que Dieu n'a pu rester un instant sans faire oeuvre de bonté et de puissance* et, d'autre part, regardant le monde actuel comme l'effet d'une déchéance (2), il place la création des
1. De princ, prooem., 10; Pair., gr.9 t. xi, col. 120. — a. De princ, III, v, 3 ; ibid.t col. 327.
anges avant celle du monde matériel et visible. La plupart des Pères grecs et latins, tout en réprouvant sa théorie de la déchéance, acceptèrent sa solution sur la question de la date de la création des anges : tels, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome parmi les grecs, saint Ambroise, saint Hilaire et saint Jérôme parmi les latins.
L'auteur des Questions à Antiochus (i) connaît une autre opinion, celle qui place la création des anges au premier jour. Question sans importance, dit-il ; les anges ont été créés, cela suffit. Et si Moïse s'est gardé de parler d'eux, c'a été pour ne pas exposer les juifs à commettre quelque acte d'idolâtrie à leur égard.
En Orient, saint Epiphane de Salamine, Théodore de Mopsueste (f £28) et son disciple Théodoret de Cyr (f /|58) sont nettement anti-origénistes. Pour <eux, les anges n'ont pas été créés avant le ciel et la terre. En Occident, saint Augustin aurait pu contrebalancer l'opinion d'Origène partagée par les Pères latins ; il la connaît, mais n'ose la condamner comme contraire à la règle de foi. Il s'est demandé, lui aussi, si les anges ont été créés dans le temps, ou avant, ou au commencement du temps ; mais il avoue que c'est un mystère impénétrable (2). Il y revient pourtant plus tard et, sachant, par la Bib!e, que les anges ont loué Dieu au moment de la création des astres, il regarde finalement comme plus croyable la création simultanée d'après le premier verset de la Genèse (3).
Celui de tous les Pères qui a le mieux étudié la question des anges, le pseudo-Aréopagite accorde -exclusivement l'éternité à Dieu, place les anges
1. Quœst., in ; Patr. gr.t t. xxviii, col. 601. — 2. De Gen.f op. imp., vu, 8; Patr. lat., t. xxxiv, col. 222. — 3. De civ. Dei9 xi, 38 ; Patr. lat., t. xu, col. 347.
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dans Vaevum et l'homme dans le temps : d'où la conclusion que la création des anges est, selon lui, antérieure à celle du temps et des êtres mesurés par le temps (i). Le pape saint Grégoire, au contraire, se prononce comme l'évêque d'Hippone pour leur création simultanée (2).
Tous les anges ont-ils été créés à la fois ? C'est une question que peu de Pères ont abordée. Saint Chrysostome (3) et Théodoret (4) croient qu'ils ont été créés tous à la fois : ce fut l'opinion générale. Seuls saint Grégoire de Nysse (5) et l'auteur des Dialogues attribués à saint Césaire croient à la propagation des anges les uns par les autres, tout en avouant ignorer leur mode de propagation. Mais ce n'est là qu'une opinion isolée.
20 Leur nature. La spiritualité. — Les angélophanies de l'Ecriture, le passage de la Genèse sur l'union des Benê-Elohim avec les filles des hommes, la fable du pseudo-Hénoch, et ce principe généralement admis que la spiritualité absolue n'appartient qu'à Dieu et que tout ce qui existe en dehors de Dieu est corps d'une manière quelconque, ont entraîné les Pères dans des affirmations plus ou moins erronées sur la spiritualité des anges.
1. Les apparitions d'anges sous formes de corps humain sont considérées comme réelles. Saint Augustin avait cru tout d'abord que «les anges, bien qu'ils ne soient pas nés de la femme, ont néanmoins reçu un vrai corps, qu'il est de leur pouvoir de transformer dé manière à lui donner telle ou telle apparence, selon les nécessités de leur minis-
1. De div. nom., x, 3 ; Pair, gr t. m, col. 9^0. — 2. Moral.. xxxii, 16 : Pair, lai., t lxxvi, col. 645. — 3. In Eph., homil, vu ; Pair, gr., t. lxii. — 4- llaer. fab., \, 7, ; Pair, gr., t. lxxxiii. — 5. De hom. opif., xvn ; Palr.gr., t. xliv, col. 189..
1ère (i). » Mais, revenant plus tard sur cette opinion, il estime que les anges n'ont qu'un corps d'emprunt qu'ils empruntent passagèrement à la matière cosmikjue comme une sorte de vêtement (2). Tertullien t'avait dit avant lui (3) , et ce fut la manière de voir qui s'imposa.
2. L'Ecriture dit que « V homme a mangé le pain des anges (4) ». C'est donc que les anges se nourrissent et par suite qu'ils ont un corps. Saint Justin, Tertullien, Clément d'Alexandrie ne font pas difficulté d'accepter cette solution, sauf à voir dans la manne la nourriture des anges. Mais Origène écarte celte interprétation trop matérielle et dit que les anges se nourrissent d'aliments immatériels (5), notamment du Verbe (6). Euscbe, Cyrille d'Alexandrie, Augustin embrassent cette manière de voir, qui prévaut malgré les efforts de Théodore de llopsueste et de Théodoret de Cyr.