PROCESSION DU SAINT-ESPRIT
etDidyme; c'est la conclusion désormais adoptée par les latins, notamment par Gennade, Isidore de Séville, Grégoire le Grand et Boèce ; et elle légitime d'avance l'introduction du Filioque dans le Symbole de Nicée-Gonstantinople. On la trouve, du rester dans les documents de la fin du ive siècle, tels que la Fides Damasi (i), ainsi que dans les professions de foi que l'Espagne chrétienne opposa à Terreur du priscillianisme. C'est en Espagne, en effet, que paraît pour la première fois le Filioque, dès le ve siècle.
2° Le Filioque. — i. L'introduction du Filioque dans le Symbole date très certainement du ve siècle et est d'origine espagnole. On a cru longtemps qu'elle était due à un concile de Tolède de 447- Dom Morin croit plutôt que c'est Pastor, évêque de Galice, en 433, qui en est l'auteur (2). Quoi qu'il en soit, on la trouve dans la profession de foi du iv* concile de Tolède, en 633, et le Quicumque la reproduit en termes équivalents. D'Espagne elle passe en Gaule ; on la chante au Credo de la messe.
2. En 767, à Gentilly, les délégués de l'empereur Constantin Copronyme sont surpris de voir le Filioque inséré dans le Symbole, et réclament contre un usage qu'ils qualifient d'innovation. Charlemagne charge aussitôt Alcuin de légitimer cette insertion. Àlcuin compose son De processione Sanclï Spiritus (3), où il réunit les textes patristiques qui justifient l'usage latin. Mais l'Orient proteste au second concile de Nicée. Alcuin revient donc à la charge, en 790, dans les Livres carolins (4), et Pau-
1. Editée par Burn, dans son Introduction to the creeds, Londres, 1898, p. 245, et par Kùnstle, dans sa Bibliothek* Mayence, 1900, p. 10. — 2. Pastor et Syagrius, deux écrivains perdus du Ve siècle, dans la Revue bénédictine, 1893, p. 3S5-3go» — 3. Patr. lat.f t. ci, col. 65 sq. — 4. Patr. lat.t t. xcviu.
lin d'Aquilée écrit une dissertation contre les prétentions des grecs.
3. Au commencement du ixe siècle, survient l'incident de Jérusalem. Le Filioque est chanté au Credo de la messe par les moines francs ; les moines grecs protestent; mais les latins s'adressent au Pape Léon III; celui-ci invite Charlemagne à protéger ses sujets, et l'empereur, en 809, réunit un cOncile à Aix-la-Chapelle, pour mettre fin à ce différend doctrinal. A la requête de l'empereur, Théodulfe d'Orléans rédige un nouveau traité (1), qui n'est à vrai dire qu'une compilation, mais qui, malgré des citations inexactes ou sans valeur, n'en renforce pas moins la preuve patristique de la procession du Saint-Esprit ab utroque, déjà formulée par Alcuin.
4. A Rome, ce dogme était depuis longtemps connu. Saint Grégoire le Grand l'enseignait formellement (2). Mais, sans blâmer l'usage espagnol et franc de chanter à la messe le symbole de Constantinople, avec cette addition caractéristique, on se garda jusqu'au xie siècle de l'introduire dans l'Eglise romaine. On s'était même gardé d'insérer le Filioque dans le symbole ; il ne se trouve pas, en effet, dans la profession de foi du pape Agathon, en 680 (3) ; et ce n'est que beaucoup plus tard que l'addition du Filioque fut définitivement admise comme l'expression parfaitement correcte de l'orthodoxie ; mais cela n'alla pas sans d'incessantes
1 réclamations de la part des grecs.
5. En 866, Photius rédige un réquisitoire, où il reproche aux latins l'insertion du Filioque. Le pape
1. De Spiritu Sancto. — 2. Moral, in Job, I, xxx ; V, lxv, Pàtr. lat.t t. lxxv, col. 54 1. 7i5 ; in Evang., homil. xxvi, 2 ; Pair. lat.t t. lxxvi, col. 1198. — 3. Patr. lat.f t. lxxxvii, col. n65.
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Nicolas fait appel à Hincmar, archevêque de Reims, et aux évêques des Gaules (i). Aussitôt Ratramne (2) et Enée de Paris (3) répondent aux objections des grecs. Les évêques de Germanie, réunis à Worms, publient également une réponse (4), qui est loin de. valoir celle de Ratramme. Celui-ci, en effet, établit solidement par l'Ecriture que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père ; il utilise les preuves patristiques de Théodulfe etd'Alcuin,en choisissant les textes les plus importants et en les commentant d'une manière très personnelle (5).
6. Les grecs n'admirent pas la preuve et s'obstinèrent à refuser le dogme de la procession du Saint- Esprit ab utroque. Mais les latins le maintinrent. Saint-Anselme, sans recourir à la tradition, essaya de le justifier à l'aide de preuves rationnelles (6). Survint le iv* concile de Latran, en i2i5, qui définit la procession du Saint-Esprit pariter ab utroque (7).
En 1262, sur l'ordre d'Urbain IV, saint Thomas composa son Contra errores Graecorum, où il fait appel aux témoignages patristiques, particulièrement à ceux des Pères grecs, pris dans un recueil qui n'offrait pas malheureusement des garanties
1. EpisL, clii; Patr. lat., t. cxix, col. n52. — 2. Contra Graecorum opposita ; Patr. lat., t. cxxi, col. 225 sq. — 3. AdversusGraecos ; Patr. lat., t. cxxi, col. 685 sq. — 4» De fide Trinitatis contra Graecorum haeresim ; Patr. lat., t. cxix, col. 1201 sq. — 5. « Vous lisez : qui procedit a Pâtre, et vous n'entendez pas le Fils qui ajoute : quem ego mittam vobis a Pâtre. Expliquez donc comment le Saint-Esprit peut être envoyé par le Fils... Dites que cette mission est une procession ou bien vous serez conduits à cette impiété d'y voir un ordre reçu... Et puis, nous lisons : de meo accipiet... Or, puisque le Saint-Esprit a la même substance et la même puissance que le Fils, que peut-il recevoir de lui ? Ces mots : de meo accipiet, veulent dire : il procède de moi. » Cont. Graec. opposita, I, m ; Patr. lat., t. cxxi, col. 229, a3i. — 6. De processione Spiritus Sancti; Patr. lat., t. clviii, col. 285 sq.— 7. Denzinger, n. 355.
suffisantes d'authenticité, mais où se trouvaient pourtant des documents véridiques absolument probants.
Bien avant saint Thomas, vers la fin du xue siècle, Titalien Hugues Ethérien avait été plus heureux. Car, ayant séjourné à Gonstantinople, il s'était renseigné sur la polémique du Filioque et avait composé un traité qu'il adressa à Alexandre III (i), et qui dépasse par l'étendue et la sûreté de son information l'œuvre postérieure de saint Thomas cl'Aquin.
7. Le concile œcuménique de Lyon, en 127/i, «définit de la manière la plus formelle et la plus précise la procession du Saint-Esprit. « Nous confessons par une fidèle et pieuse profession qu'éternellement l'Esprit-Saint procède du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d'un principe unique, non par deux spirations, mais par une spiration unique; c'est ce que jusqu'ici a professé, prêché et enseigné, c'est ce que fermement tient, prêche, professe et enseigne ta très sainte JSglise romaine, mère et maîtresse de tous les fidèles. Telle est l'irréformable et vraie sentence des
1. De haeresibus Graecorum « Ce qui le distingue, dit J. Turmel (Histoire de la Théologie positive, p. 371) de tons les -écrits, auxquels avait donné lieu jusque-là le problème de la fprocession du Saint-Esprit, c'est une connaissance précise des objections formulées par les théologiens grecs, et une lecture des Pères de l'Eglise orientale, dont on n'avait pas encore •d'exemple. On y trouve le texte où Théodoret accuse saint Cyrille d'Alexandrie de faire dériver le Saint-Esprit du Fils aussi bien que du Père, et on y voit la réponse de saint Cyrille â ces premiers adversaires du Filioque. » De haer. Graec, 11, i5 ; Patr. lat., t. ccu, col. 3i6, 317. On y apprend aussi ce que les deux plus récents disciples de Photius, Théophylacte et Psicétas, reprochaient aux latins, 1, 8, i3; ni, 19, col. ikky 255, 388. Et on y trouve les témoignages formels de saint Athanase, de «aint Epiphane, etc.
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Pères orthodoxes, des Docteurs latins et même grecs (i). )>
8. Même en Orient, la doctrine du Filioqae compta toujours des partisans. On y connut et on y étudia l'œuvre importante d'Ethérien (2). Malgré l'influence prépondérante et persistante de Photius, on vit quelques grecs, peu nombreux il est vrai, qui maintenaient la tradition et pensaient comme Athanase, Didyme, Epiphane et Cyrille d'Alexandrie. Nicéphore Blemmide (3), Jean Beccus (4) et Manuel Calecas (5) furent ainsi, en plein Orient, les représentants de l'orthodoxie, relativement à la procession du Saint-Esprit.
9. Aussi quand, au concile de Florence, se posa la question de l'union des deux Eglises dans une seule et même profession de foi, on consacra les huit dernières séances à discuter l'origine de la troisième personne de la Trinité. Marc d'Ephèsc plaida la cause des grecs. Jean, au nom des latins, réfuta les objections. Marc resta seul irréductible ; ses collègues approuvèrent les explications données par Jean et signèrent la profession de foi d'Eugène IV (6).
10. L'accord de l'Eglise grecque avec l'Eglise latine ne devait pas durer; il fut sans lendemain comme toutes les tentatives du même genre. On essaya depuis de le renouer, mais toujours vaine-
1. Dcnzingci, n 382. Le concile condamne en outre les erreurs opposées : « Damnamus et reprobamus omnes, qui negare pnesmnpscrint reternaliter Spiritum Sanctum ex Pâtre et YiWo procederc, sive eliam temerario ausu assererc quod Spirilus Sanclus ex Pâtre et Filio, lanquani ex duobus principiis, cl non lanquani ex uno, procédât. » Ibid. — 2. Voir la note de Fabricius, Pair, lai., t. cen, col. 167. — 3. De procès. Spir. Sancti; Pair. gr. t. cxui, col. 533 sq. — 4. De procès. Spir. Sancti ; ibid. , t. cxli, col. 157 sq. — 5. Contra Graec. errores ; ibid., t. clii, col. 11 sq. — 6. Dcnzinger, n. 53G.
ment. Ce dogme de la procession du Saint-Esprit ab utroque et l'insertion du Filioque dans le symbole de Nicée-Constantinople constituent le grand reproche de l'Eglise grecque contre l'Eglise latine. Encore en 1895, le patriarche Anthime, dans sa Lettre synodale, en réponse à l'Encyclique Praeclara de Léon XIII, parue le 20 juin 1894, insistait sur ces deux points et opposait la foi de l'Eglise des sept premiers conciles œcuméniques. Mgr Duchesne, une fois de plus, a défendu la question du droit et expliqué la question de fait (1). N'importe; les schismatiques grecs restent butés.
Les rédacteurs du Catéchisme romain n'ont pas eu de peine à résumer renseignement de l'Ecriture, des Pères et des théologiens sur la troisième personne de la sainte Trinité. Ils l'ont fait, selon leur habitude, en tenant compte du point de vue pratique, auquel doivent se ranger les pasteurs, chargés de l'instruction des fidèles.
1. La Bulle Laetentur cœli explique ainsi la procession : « Id, quod sancti doctores et Patres dicunt, ex Pâtre per Filium procédera Spiritum Sanctum, ad hanc intelligentiam tendit, ut per hoc significetur, Filium quoque esse secundum Graecos quidem causant, secundum Latinos vero principiam subsistentiae Spiritus Sancti, sicut et Patrem... Diffinimus insuper explicationem verborum illorum : Filioque, veritatis declarandae gratia, et imminente tune necessitate, licite ac rationabiliter symbolo fuisse appositam. » La Bulle Cantate Domino, n. 598, porte : « Spiritus Sanctus quidquid est aut habet, habet a Pâtre simul et Filio. Sed Pater et Filius non duo principia Spiritus Sancti, sed unum principium, sicut Pater et Filius et Spiritus Sanctus non tria principia creatura?, sed unum principium. »
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1° Nécessité de la foi au Saint-Esprit. — « On a expliqué jusqu'ici, avec toute l'ampleur désirable, ce qui regarde la première et la seconde personne de la sainte Trinité. Il ne reste plus qu'à exposer ce qui a trait à la troisième, c'est-à-dire au Saint-Esprit. Et les pasteurs doivent y apporter tous le soin et la diligence nécessaires ; car il n'est pas plus permis à un chrétien d'ignorer ce qui concerne cet article ou d'en être mal instruit que de ne pas connaître les articles précédents. C'est pourquoi l'apôtre n'a pas laissé les Ephésiens dans l'ignorance où ils étaient par rapport au Saint-Esprit. Il leur avait demandé s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. Sur leur réponse qu'ils ne savaient même pas s'il y avait un Saint-Esprit, il leur fît aussitôt cette question : « Quel baptême avezvous donc reçu (1) ? » Ces paroles font comprendre l'absolue nécessité qu'il y a, pour les fidèles, d'avoir une notion distincte de cet article. Le premier avantage qui en résulte, c'est que, s'ils remarquent avec attention que tout ce qu'ils ont ils l'ont reçu de la libéralité du Saint- Esprit, ils concevront d'eux-mêmes de meilleurs sentiments d'humilité et de modestie et commenceront à mettre toute leur espérance dans le secours de Dieu ; ce qui est, pour le chrétien, le premier pas vers la sagesse et le bonheur suprême. »
2° Ce qu'est le Saint-Esprit. — 1. Le sens du mot — « Il faut tout d'abord expliquer cet article en précisant le sens et la portée de ce mot : Esprit-Saint. Car le Père et le Fils sont eux-mêmes, et avec raison, appelés esprits, puisque l'un et l'autre est esprit et saint et que nous faisons profession de croire que Dieu est esprit. On donne du reste le même qualificatif aux anges et aux âmes des justes. Il serait donc à craindre que l'équivoque du mot n'induisît le peuple en erreur, si on ne lui enseignait pas que Ton entend ici par Esprit-Saint la troisième personne de la Trinité.
ce C'est ainsi qu'elle est désignée dans l'Ecriture, quelquefois dans l'Ancien Testament, plue souvent dans le