‹ Le catéchisme romainChapitre 16 sur 230 · SPIRITUALITÉ DES ANGES, D'APRES LES PERES · texte numérisé non relu

SPIRITUALITÉ DES ANGES, D'APRES LES PERES

feu ne constituent la substance angélique (i). Saint Grégoire de Nazianze et Théodoret insistèrent dans ce sens. Ici encore saint Augustin n'osait se prononcer : Ce feu est-il matériel? ne serait ce qu'un image de l'ardente charité qui anime les anges ? C'est l'interprétation métaphorique qui devait prévaloir.

[\. Restait le passage de la Genèse sur l'union des Benê-Elohim avec les filles des hommes, d'où naquirent les géants. Qu'étaient ces Benê-Elohim? Les Septante, Aquila, Symmaque, Théodotion avaient traduit par «fds de Dieu. » Mais, outre que quelques copies des Septante portaient «anges de Dieu, » cetle dernière expression était familière aux juifs, comme en témoignent Philon et Josèphe. D'autre part, le roman du pseudo-Hénoch sur la chute des anges passa aux yeux de quelques uns pour un texte sacré, dont l'influence est sensible dans Jtistin, Athénagore, Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Cyprien, Lactance et Ambroise. Cette influence fâcheuse cessa grâce à Jules Africain qui proposa d'identifier les « fils de Dieu » avec les descendants de Seth (2), identification qui fut dès lors admise.

Mais tous ces passages de l'Ecriture avaient beau être interprétés dans un sens de plus en plus spirituel, la corporéité des anges persistait à avoir des partisans, en vertu de principes regardés comme absolus. Pour Tertullien, en effet, tout ce qui existe en dehors de Dieu est corps d'une certaine matière; les anges ont donc un corps sui generis (3). Pour Origène, la question semblerait tranchée par sa théorie de la déchéance ; il n'en est rien pourtant. Comme il ne la trouvait pas résolue par l'autorité

1. Praep. Evang., vu, i5 ; Pair. gr.9 t. xxi, col. 55a. — 3. Chronog., 11; Patr. gr., t. x, col. 66. — 3. De car. Christit Vi, xi ; Patr. lat., t. 11, col. 765, 774.

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de l'Eglise, il propose sa solution avec d'expresses réserves. L'absolue spiritualité n'appartient qu'à Dieu (i) ; et le principe d'individuation et de localisation étant le corps pour l'âme (2), il estime que les créatures invisibles, bien qu'immatérielles, se servent d'un corps (3) ; car, aucune créature ne saurait exister sans une substance matérielle (4). Le corps des anges est quelque chose de subtil, d'éthéré, semblable à la lumière brillante. Pour lui, l'ange n'est pas un corps, mais un esprit uni à un corps très subtil.

Au ive siècle, parmi les Pères latins, saint Hilaire affirme que les anges sont spirituels de leur nature (5) ; il n'en conclut pas moins, à cause de leur localisation, qu'ils ont une certaine substance corporelle (6). Saint Ambroise regarde comme un principe assuré qu'en dehors de la Trinité rien n'est à l'abri d'une composition matérielle (7). Et saint Jérôme, tout en écartant l'idée d'un corps grossier et charnel, admet pour les anges une enveloppe éthérée, parce que nos corps, après la résurrection doivent briller comme ceux des anges (8). Saint Augustin repousse le commerce charnel des anges, mais sa pensée hésite devant la difficile question de savoir si les anges ont des corps ; il finit par répondre affirmativement : ils sont un corps, non une chair (9). Mais le corps qu'il leur attribue est loin de ressembler à celui de l'homme ; car, celui-ci, en comparaison est un corps mort, même quand il est

1. Deprinc.,1, 6, 4; Patr. gr., t. xi, col. 170. — 2. ConL Cels., vi, 71 ; ibid., col. i4o5. — 3. De princ. iv, 27, ibid.f col. 4oi. — 4. De princ., 11, 2 ; ibid., col. 186. — 5. In Psal., cxxxvn, 5 ; Patr. lat., t. ix, col. 786. — 6. In Matth., v, 8; ibid., col. 946.-— 7. De Abrah., 11, 8; Patr. lat., t. xiv, col. 482. — 8. Epist., lxxv, 2; Patr. lat., t. xxn, col. 687. — 9. Serm. ccclxii, 17; Patr. lat., t. xxxix, col. 1622.

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uni à Fâme (i). Et c'est, nous dit-il, à ce corps des anges que ressemblera le corps de l'homme ressuscité : il sera aérien, éthéré, spirituel, angélique comme lui (2). Après lui, saint Fulgence de Ruspe (468-533), Fauste de Riez (ve siècle), saint Pierre Chrysologue (vc siècle) voient dans la corporéité angélique l'application du principe d'individuation et de localisation. Gennade résume ainsi l'opinion des latins : Rien n'est par nature incorporel et invisible, sauf Dieu ; tonte créature est corporelle. Les anges et les vertus célestes sont corporels, bien qu'ils ne subsistent pas dans la chair (3).

Pendant ce temps les Pères grecs tiennent un langage différent. Ils proclament les anges des êtres sans corps, sans matière, spirituels, des natures spirituelles, raisonnables, simples, et repoussent en conséquence la fable du pseudo-Hénoch et l'interprétation matérielle du chapitre vi de la Genèse. Aussi, à prendre leurs expressions au sens strict, pourrait-on conclure qu'ils croient à la spiritualité absolue des anges ; on aurait tort. Ils l'ont entrevue plutôt que nettement et formellement affirmée, surtout saint Grégoire de Nazianze.

C'est ainsi qu'on pourrait résumer la pensée des Pères, à la fin du ivc siècle. A la question : les anges sont-ils des esprits? tous répondent oui. A cette autre : sont-ils de purs esprits ? tous répondent non; Dieu seul est un pur esprit. Les anges sont donc impliqués dans la matière. Dans ce cas, peut-on les dire corporels, matériels ? Oui, répondent un grand nombre, mais avec cette restriction que leur corps n'est pas comme le nôtre ; la matière qui le compose est d'essence supérieure. Non, répondent presque

1. In Psal., lxxxv, 17 ; Patr. lat., t. xxxvn, col. 129*. — 2. Cf. Retrait., 1, 26 ; Patr. lat., t. xxxn, col. 626. — 3. De eccL dogm., xi, xn; Patr. lat.t t. xlii, col. 121 G.

tous les Pères grecs : les anges sont incorporels, immatériels, mais ils ne sont pas complètement spirituels. D'autres distinguent: comparés à Dieu, les anges sont corporels ; comparés à l'homme, ils ne le sont pas ; leur matière est faite d'un élément aérien, éthéré, lumineux, spirituel, céleste. C'est la formule donnée par Théodote : « Les anges ont des corps, mais, comparés aux corps terrestres, ils sont sans corps et sans figure (i). » Ce sera celle de saint Grégoire le Grand : « Les anges, comparés à notre corps, sont des esprits ; comparés à l'esprit souverain et incirconscrit, ils sont corps (2). »

La question de la nature des anges finira par être résolue dans le sens de la spiritualité absolue. Parmi les grec», le pseudo-Aréopagite y contribuera pour sa part. Car, à ses yeux, Fange est de tous les êtres celui qui, par sa nature, se rapproche le plus de Dieu : il est intelligent, intelligible, simple, sans figure aucune. Quant aux formes sensibles sous lesquelles on le représente, ce ne sont que des symboles appropriés à notre intelligence pour nous faire comprendre sa nature et son rôle ; car on ne peut sans errer lui attribuer la moindre propriété matérielle, si belle qu'on la suppose (3). Saint Jean Damascène fera écho à l'auteur de la Hiérarchie céleste. Parmi les latins, saint Grégoire y contribua également ; car, malgré la formule que nous venons de lire, il est pour la spiritualité absolue. Il trouve insensé de regarder les anges comme corporels (5) ; il estime que l'ange n'est qu'esprit, tandis que l'homme est esprit et chair (6). Son contemporain Licinianus, évêque de Carthagène de 582 à 602,

1. Fragm. 11, i4 i Patr. gr., t. ix, col. 663. — 2. Moral, 11, 3 ; Patr. lat.y t. lxxv, col. 557. — 3. Coel. hier., xv ; Patr. gr., t. m, col. 3a8-34o. — 4- Dial, iv, 29 ; Patr, lat., t. lxxvii, col. 368. — 5. Moral, iv, 3, 8; Patr. lai, t. lxxv, col. 642.

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