HISTOIRE DU DOGME DE L'ÉGLISE
un chef suprême, Pierre, et des collaborateurs, les Apôtres, dont l'action doit se continuer partout, à travers tous les âges, jusqu'à la fin du monde.
Or, Pierre et les Apôtres sont divinement garantis, dans leur mission, par l'assistance divine. Mais, plus particulièrement Pierre, comme chef suprême, joint à l'assurance de l'indéfectibilité dans la foi le devoir de confirmer ses frères, ce qui implique le privilège de l'inerrance ou de l'infaillibilité.
Pierre et les Apôtres obéissent donc aux ordres de leur Maître ; ils traduisent sa pensée, réalisent son plan et fondent l'Eglise. Cette Eglise est bien celle que Jésus a voulue. Bâtie sur Pierre, elle est inséparable de son fondement; finalement, c'est à Rome qu'elle a son centre, parce que c'est à Rome que Pierre a fixé son siège et qu'il est mort. Telles sont les données évangéliques et historiques.
i. C'est là un germe vivant et fécond; il apparaît tout d'abord avec ses éléments essentiels; mais, en vertu de son principe vital, il est appelé à un développement progressif et continu. Dès son apparition, il se dessine dans ses grandes lignes ; ses traits s'accusent; ses éléments constitutifs prennent du relief. C'est une Eglise, c'est-à-dire une société religieuse et visible, avec des notes caractéristiques, avec une hiérarchie organisée et munie du triple pouvoir d'enseignement, de juridiction et de sanctification, telle que Ta voulue Notre Seigneur. Et cette Eglise se confond et s'identifie avec l'Eglise romaine. Elle est souverainement gouvernée par
Brugère, De Ecclesia Christi, a* édit., Paris, 1878; Palmieri, De romano Pontifice, 2e édit., Prato, 1891 ; Franzelin, De dlvlna Traditione ; Mazzella, De Ecclesia, 4e édit., Rome, 1892 ; Pcsch, Institutiones, 1. 1, Fribourg-cn-Brisgau, 1894 ; Bainvel, L'Eglise» Histoire du dogme, dans les Eludes, 1897, t. lxx ; Tunnel, L'Eglise, Paris, 1906.
l'ëvêque de Rome, comme successeur de saint Pierre, et, sous son étroite dépendance, par les cvêques du monde entier, comme successeurs des Apôtres. L'Eglise de Jésus-Christ, l'Eglise des Apôtres, c'est donc en définitive l'Eglise de Rome.
2. Voilà bien les éléments constitutifs, les organes essentiels que nous avons constatés depuis les origines et pendant la période patristique. Tels sont aussi les organes et les éléments que nous allons retrouver dans la suite, mais beaucoup mieux dégagés, plus précisés et plus accentués. Entre le point de départ et l'état actuel, la différence est sensible, elle n'est qu'extérieure; un seul et même principe vital en fait l'unité, en constitue l'identité ; ce que nous voyons aujourd'hui n'en est que le développement normal, la suite logique : c'est toujours l'Eglise dans son organisation divine et sa fonction providentielle.
Destinée, dans la pensée de Notre Seigneur, à assurer aux âmes la vie surnaturelle et aies conduire sûrement au salut, il faut de toute nécessité qu'elle possède certains signes caractéristiques qui permettent de la reconnaître facilement comme l'œuvre vraiment divine et de la distinguer de toute autre. D'autre part, elle a reçu un dépôt sacré, le dépôt de la révélation. Mais ce dépôt, elle doit le garder intact : par suite il faut qu'elle veille avec un soin jaloux à ce que rien ne le trouble ou le corrompe, ne l'augmente ou le diminue. Elle doit le communiquer aux hommes : par suite encore il faut qu'elle en possède le vrai sens. Mais, pour le garder fidèlement, pour en donner le sens réel et authentique, pour renseigner avec autorité, elle a reçu la promesse de l'assistance divine ; autrement dit, elle est inlaiilible.