C'est là tout un ensemble de vérités, liées les
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unes aux autres, logiquement et nécessairement comprises dans la notion de l'Eglise, telle que l'a constituée Notre Seigneur. Mais ces vérités ne se manifestent pas extérieurement toutes à la fois; c'est successivement au fur et à mesure des circonstances, sous l'impulsion de telle ou telle cause •déterminante., qu'elles se font jour, s'éclairent, s'affirment et se précisent.
L'Eglise semble d'abord n'être qu'une réunion d'àmcs, qu'une société purement religieuse. Elle est cependant une société visible, appelée à vivre sur la terre et à servir d'abri à tous les hommes de bonne volonté. Elle montre en conséquence ses traits distinctifs et caractéristiques. Comme toute société terrestre, elle se gouverne : elle a une hiérarchie, des chefs, et nul n'en peut ignorer. Son existence n'est pas mise en doute ; sa fondation divine pas davantage : ce sont là des vérités admises dès la première heure, et sur lesquelles le besoin d'insister ne se fait pas sentir. Mais que l'hérésie essaie de prétendre détenir la vraie doctrine révélée, que le schisme tente d'introduire des principes de division, aussitôt les premiers écrivains ecclésiastiques insistent sur la règle de foi, sur la tradition apostolique, sur l'unité et la catholicité qui n'appartiennent, en droit et en fait, qu'à la seule Eglise dont le centre est à Piome. Les pontifes romains, conscients de leur pouvoir d'enseignement et de gouvernement, interviennent dans toutes les questions d'ordre général. Et dès que les conciles entrent enjeu, les évêques réunis, conscients eux aussi de leur pouvoir doctrinal et juridique, agissent de concert. L'action du corps épiscopal prend un éclat incomparable; elle est loin toutefois de voiler le rôle prépondérant de l'éveque de Rome. L'Eglise grecque marche de pair avec l'Eglise latine, et les
huit premiers conciles œcuméniques, tous tenus en Orient, acceptent les directions et les ordres venus de Rome, les sanctionnent par leurs décrets : c'est l'union harmonique des membres avec la tête. L'autorité suprême du pontife romain, incontestable en droit, est incontestée en fait, officiellement reconnue et proclamée. C'est ainsi que le concile d'Ephèse reçoit les décisions impératives de Célestin I contre Nestorius ; le concile de Chalcédoine celles de Léon I contre Eutychès ; le m0 concile de Constantinople, celles d'Agathon contre le monothélisme; le n° concile de Nicée, celles d'Hadrien I contre les iconoclastes.
[\. Mais, du côté de Constantinople, l'ambition des patriarches ne fut pas sans essayer de contrebalancer l'autorité du pontife romain. Subrepticement d'abord, on essaya de mettre ce siège au-dessus des autres sièges patriarcaux d'Orient; on finit même par faire consacrer canoniquement ce privilège. Plus tard, au mépris des données évangéliques, Photius afficha des prétentions d'indépendance et d'hégémonie. Il existait pourtant une profession de foi précise, celle d'IIormisdas, imposée jadis aux évêques d'Orient et acceptée par eux ; la primauté du pontife romain y était nettement indiquée. C'est pourquoi, au iv° concile de Constantinople, vme œcuménique, elle fut produite et souscrite de nouveau, dès la première session, par les évêques de l'Eglise grecque. Photius fut condamné.
5. Jusque là, l'Eglise romaine était ainsi reconnue comme l'Eglise de Jésus-Christ, comme l'Eglisemère, et le pape comme le chef incontesté de l'Eglise catholique. Le moyen âge, absorbé par d'autres soins dans son activité intellectuelle, ne sentit pas le besoin d'approfondir la nature de
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l'Eglise ; c'est à peine si saint Thomas consacre quelques articles de sa Somme à cette importante question. A quoi bon, du reste ? Les faits parlaient assez haut par eux-mêmes, l'action de l'Eglise et le rôle de la papauté brillaient à tous les yeux. Coup sur coup, trois fois au xne siècle, trois fois encore au xiii6, une fois au xive, les pontifes romains convoquèrent en Occident les évêques du monde entier. Or, au 11e concile de Lyon,xive concile œcuménique (1), évoques grecs et latins furent d'accord pour définir la primauté de l'Eglise romaine et reconnaître le droit d'appel au tribunal suprême du pape. Une fois de plus se trouvait reconnue la primauté du siège de Rome. Résolue pratiquement, dès l'origine, par la soumission de tous aux décisions du pontife romain, par l'application du principe de saint Irénée que la doctrine apostolique est éminemment dans l'Eglise romaine, et par l'accord unanime que toute cause de foi définie par Rome était une cause jugée à jamais, cette question ne faisait pas l'ombre d'un doute au moyen âge. C'est à l'autorité papale, observe avec raison saint Thomas (2), qu'il appartient déjuger définitivement en matière de foi et d'imposer la vérité à la croyance universelle. Mais il n'est pas encore question, d'une manière explicite, de l'infaillibilité.
6. L'heure ne devait pourtant pas tarder de sonner où ce privilège lui-même allait être mis en pleine lumière. A la suite de la condamnation des Albigeois, des Vaudois et des faux mystiques du moyen âge, mais surtout à l'époque du grand
, 1. Mgr Bougaud, Le christianisme et les temps présents, 2e édit., Paris, 1882, t. iv, p. 90, 97, 108, met par mégarde au compte du concile de Lyon, de 12^5, ce qui appartient au 11e concile de Lyon, de 1274. — 2. Sum. theol., Ila IIœ, Q. i, a. 10.
schisme d'Occident, lorsque la chrétienté se trouva partagée entre trois obédiences, on ne discuta pas sur la nécessité d'obéir au pape, mais bien sur celle de savoir quel était le vrai pape. Devant d'aussi difficiles conjonctures, quelques esprits, un Pierre d'Ailly, Gerson lui-même, crurent trouver une solution pratique en proclamant la supériorité du concile sur le pape ; ce fut l'œuvre du concile de Constance. Une telle solution imposée, semblait-il, et comme légitimée par les circonstances, n'en était pas moins la méconnaissance du passé de l'Eglise et le renversement de sa constitution divine. De toute nécessité s'imposait le devoir de ne pas laisser s'égarer l'opinion et de maintenir dans son intégrité l'enseignement si clair de l'Evangile. Le ii° concile de Lyon n'avait défini que la suprématie de l'Eglise romaine ; il restait à définir celle du pape ; car c'est le pape qui personnifie l'Eglise romaine tout comme saint Pierre personnifiait l'Eglise apostolique. C'est pourquoi le concile de Florence, xvie œcuménique, proclama solennellement le dogme de la primauté pontificale. « Nous définissons, disent les Pères grecs unis aux Pères latins, que le Saint Siège apostolique et le Pontife romain ont le primat sur le monde entier ; que le Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, et le vrai Vicaire du Christ, le Chef de l'Eglise tout entière, le Père et le Docteur de tous les chrétiens; que c'est à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, que Notre Seigneur Jésus-Christ a confié le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l'Eglise universelle, ainsi que cela est contenu dans les actes des conciles œcuméniques et dans les sacrés canons (1). »