INTRODUCTION DE CET ARTICLE DANS LE SYMBOLE
: D'après les textes de Nicétas et de Fauste de Riez, comme aussi d'après les commentateurs du ve et du vi° siècles, son sens était celui de l'union des saints et non de participation aux choses saintes. De quels saints ? Est-ce des fidèles en général, que saint Paul et les écrivains des deux premiers siècles désignaient d'ordinaire sous ce nom (i) ? N'est-ce pas plutôt au sens spécifique du mot? Et ce terme ne marque-t-il pas l'union intime des bienheureux, des justes de tous les temps ?
Quoi qu'il en soit, il est certain que cette expression traduisait la croyance primitive de l'Eglise, et que son introduction dans le symbole s'explique naturellement à une époque où le culte des saints et des défunts était déjà si développé. Car elle sert, comme le remarque M. Kirsch, à exprimer plus directement la doctrine sur l'Eglise, à mettre en relief la beauté de sa nature et l'éclat de ses bienfaits (2). Le schisme des donatistes (3) ou l'erreur de Vigilance (4) ont-ils été la cause occasionnelle de son introduction dans le symbole ? Aucun témoignage positif ne l'indique. Plus vraisemblablement, c'est à la suite des troubles soulevés par l'arianisme, que l'Eglise a senti le besoin de resserrer entre les fidèles les liens de l'unité catholique par une profession plus explicite (5).
Il n'en reste pas moins vrai, comme nous allons le voir, que cet article de la communion des saints exprime une vérité de foi aussi ancienne que l'Eglise, vérité qui a son point d'appui dans l'Ecri-
i. C'est la pensée de Swete, The Apostles creed, Londres, 1894, p. 82-88. — 2. Die Lehre von der Gemeinschaft der Heiligen, p. 226-228. — 3. Swete, op. cit., p. 82. — 4. Harnack, Vas apostolische Glaubensbekenntniss, p. 3i sq. — 5. Dom Chamard, Les origines du symbole des Apôtres, Paris, 1901, p. 65 sq.
ture et qui, comme tous les germes vivants du dépôt révélé, est appelée à se développer organiquement et normalement.
IL Preuves de ce dogme 1° Preuves scripturaires
i. L'Ecriture contient les principes constitutifs du dogme de la communion des saints et en offre les premiers linéaments. Car, ainsi que nous l'avons vu, Notre Seigneur a fondé une société religieuse aussi vaste que le monde, aussi étendue que la durée. Tout homme de bonne volonté est appelé à y entrer, à en faire partie, à y vivre comme dans une famille, une cité, un royaume, où tout devient commun. Ses membres sont d'abord tous ceux qui, sur la terre, reçoivent le baptême, croient la doctrine de Jésus-Christ prêchée par les Apôtres, et remplissent tous les devoirs de la justice envers Dieu, le prochain et envers eux-mêmes ; mais ce sont aussi tous les élus, non seulement ceux du Nouveau Testament, mais encore ceux de l'Ancien, et les anges du ciel (i).
2. Tous ensemble ils forment, d'après saint Paul> le corps mystique et vivant, dont Jésus et le chef ; ils sont reliés entre eux étroitement et organiquement constitués comme les divers membres d'un même corps ; ils participent à la même vie spiri-
i. Royaume spirituel, l'Eglise paraît sur la terre avec Jésus, son chef et son fondateur; Matth., ni, 2; Marc, i, 5; Luc, xvu, 20. Le chrétien y est en communauté d'intérêts, en communion intime d'esprit et de cœur, avec tousses frères ; Matth., xxii, 37 4o; Marc, xu, 33 ; Luc, xiv, 12-14 ; et ce royaume comprend aussi les élus et les anges ; Matth., xix, 28; Lue., xx, 3o ; Apoc, xxi, 20-27. Voir d'autres textes, p. 474. 483 sq.
PREUVE SCRIPTURÀIRE 655
tuelle. Et ainsi que cela se passe dans tout organisme vivant, il y a de la tête aux membres, et d'un membre à un autre membre, une circulation active de principes vivifiants, un échange continuel de rapports, une répercussion du bien réalisé et des mérites acquis par chacun d'eux. C'est l'application des lois physiologiques : loi d'union intime, loi de solidarité étroite, loi de réversibilité complète ; lois dont l'action dépasse les limites de la terre et du temps, s'étend jusqu'au ciel et à l'éternité, et atteint tous les élus. Car Jésus-Christ, retourné à son Père, reste le chef de tous ceux qu'il a conquis par son. sang, ceux d'avant comme ceux d'après sa venue ; il est le premier-né de ses frères, le roi de la Jérusalem céleste comme le roi de la Jérusalem terrestre, le principe vivant et éternel de l'unité et de la vie de son Eglise : autant de traits caractéristiques, que nous avons déjà eu l'occasion de relever, et sur lesquels il est superflu d'insister ; ils constituent l'inimitable physionomie de l'Eglise; ils contiennent les éléments essentiels du dogme de la communion des saints, tel qu'il va se dégager peu à peu, se préciser de plus en plus et se formuler complètement.
2° Preuves traditionnelles
i. Il ne faut pas s'attendre à trouver, dès l'âge apostolique, ce dogme explicitement défini et systématiquement coordonné, tel que nous le connaissons aujourd'hui ; mais on doit nécessairement en retrouver tous les éléments constitutifs ; car il est impossible qu'une fois ou l'autre, les Pères n'aient pas eu l'occasion d'y faire allusion, de les rappeler et d'en faire état ; il est impossible également qu'un tel dogme ne se soit pas manifesté par quelque pratique de la foi populaire et de la vie chrétienne.
Or, c'est justement ce que Ton constate. L'Eglise apparaît bien alors comme une grande famille, comme une société immense, qui déborde le temps et l'espace, où le chrétien n'est plus un être isolé, et où il n'y a pas que les fidèles qui combattent sur la terre mais encore ceux qui ont disparu, les élus qui triomphent déjà dans le ciel comme les âmes d3 ceux qui achèvent d'expier les restes du péché en attendant leur récompense finale. La mort, en effet, a beau séparer, aux yeux du corps, ceux qui meurent d'avec ceux qui survivent, elle ne peut rien, aux yeux de la foi, pour rompre le lien qui les unissait ici bas et qui continue à les unir par delà la tombe, au lieu d'en faire désormais des étrangers les uns pour les autres. Entre eux l'unité persisle bien que mystérieuse, et aussi la solidarité, une solidarité étroite, vivante, utile et féconde, qui ne cesse de faire circuler des uns aux autres toutes sortes d'influences invisibles mais réelles par un échange continuel de secours et de bienfaits. Le motif bien connu des chrétiens d'alors en est que la charité qui cimente l'union des esprits et des cœurs ne meurt pas. que l'Esprit-Saint vivifie toujours le corps mystique de l'Eglise, et que le Christ- Jésus, tête et cœur de ce corps, continue à présider à la distribution physiologique de tous les éléments Vitaux, de toutes les richesses surnaturelles.
2. Ces principes de physiologie spirituelle, pour n'être pas exprimés en termes scientifiques ou techniques, et quoiqu'ils restent à l'état plus ou moins implicite, n'en sont pas moins les seuls qui expliquent et légitiment le langage des Pères, quand ils font une rapide allusion aux diverses relations qui existent entre tous les membres de l'Eglise. Du reste, ces relations sont suffisamment caractérisées pour y voir la preuve que le dogme de la communion
PREUVE TRADITIONNELLE 65y
des saints, loin d'être, comme le prétendent les protestants, une création récente, étrangère à la foi primitive, remonte aux origines mêmes du christianisme.
3. À quoi, en effet, étaient tenus les fidèles d'alors à l'égard les uns des autres? Sans doute à se donner de bons exemples et à pratiquer la charité; mais l'une des formes de cette charité était la prière : ils devaient prier les uns pour les autres, pour la persévérance des bons, pour la conversion des pécheurs, pour les besoins généimix de la communauté et de l'Eglise universelle. C'est donc que l'on reconnaissait à la prière, même à la prière de chaque chrétien pris à part, mais surtout à la prière faite en commun, une utilité, une vertu, une efficacité particulières. Plus encore, ils devaient, selon les circonstances, ajouter à la prière déjà féconde d'autres œuvres plus méritoires, et partant plus fécondes, le jeûne par exemple, en faveur des catéchumènes à la veille de leur initiation baptismale. Quant aux pratiques ascétiques, aux épreuves de tous genres patiemment supportées, et surtout au martyre glorieusement subi, de quel prix et de quel profit n'étaient-ils pas en faveur des autres membres de l'Eglise militante ?
l\. Est-ce à dire qu'on oubliât les élus du ciel? Loin de là. Le devoir des fidèles était de les imiter, puisqu'ils sont des modèles ; de les prier et de les invoquer, puisqu'ils sont les bénis de Dieu, des protecteurs assurés, des intercesseurs puissants, dont la gloire et le bonheur, au lieu de refroidir l'intense charité pour ceux qui luttaient ici-bas, ne faisaient que l'exciter et la rendre plus généreuse encore et d'autant plus efficace. Est-ce à dire qu'on oubliât ceux que l'on ne croyait pas encore en possession de la félicité céleste? Moins encore. Car l'Eglise
Ll CATÉCHISME. — T. II. 42
G5o LE CATÉCHISME ROMAIN
faisait prier pour les défunts et ne cessait de demander à Dieu pour eux le lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix. Et rien ne fut plus populaire alors que le culte des morts, comme nous le dirons plus loin. C'est donc qu'entre l'Eglise de la terre, l'Eglise du ciel et PEglise souffrante, on regardait l'union comme persistante ; c'est donc qu'on estimait que de l'une à l'autre on pouvait communiquer par un échange incessant de vœux, de prières, de secours, de bienfaits et de mérites, et que d'une telle pratique résultaient de précieux avantages.
5. Les Pères apostoliques. — Consultons maintenant les témoignages des premiers siècles : que nous apprennent-ils ?
La Didaché recommande le jeûne et la prière pour les persécuteurs (i), et contient une prière pour le salut et la perfection de la communauté (2).
L'Epître de saint Clément de Rome aux Corinthiens est une pressante invitation à l'union des esprits et des cœurs, telle qu'elle doit exister dans l'Eglise du Christ : union mystérieuse, que la mort ne brise point, qui fait des élus, de ceux de l'Ancien Testament comme de ceux du Nouveau, des modèles à imiter, et de tous les fidèles autant de membres d'un même corps, devant prier solidairement les uns pour les autres, surtout pour les pécheurs (3). Et quel plus magnifique modèle de la prière publique que celui de cette Epître où sont énumérés tous les besoins de l'Eglise !
Dans Hermas, la céleste Jérusalem est symbolisée
1. Didaché, I, 3, édit. Funk, p. 4. — 2. Ibid., x, 5, p. a4. — 3. I Cor., v, 1, 4, 5 ; xxxvm, 1 ; lu, a ; lvi, i ; lu, a ; dans Funk, Patres apostolici, Tubingue, 1901, p. io4> 106, i46, 166, 170, 174.
PREUVE TRADITIONNELLE 65g>
m^m p— ■ ' ■ ' ' ' ii i
par une tour à la construction de laquelle collaborent diversement les anges, les justes, les patriarches, les prophètes, les apôtres, d'autres encore de moindre valeur (i) ; Rhode, du haut du ciel, fait entrevoir au Pasteur la part qu'elle prend à sa conversion et lui enseigne l'efficacité de la prière pour la sanctification de son âme, de ses proches et de toute l'Eglise (2). Un tel symbolisme et un tel langage montrent les rapports de charité qui unissent les fidèles, les secours qu'ils se prêtent et qu'ils reçoivent d'en haut, ainsi que la collaboration de tous à l'édification de l'Eglise.
Saint Ignace d'Antioche, conduit à Rome pour y subir le martyre, associe ses frères à ses propres souffrances (3), leur demande des prières pour lui, pour les églises, pour les hérétiques et pour tous les hommes en général (4). Il confie les besoins de son âme et la cause de son martyre à la prière des fidèles (5).
6. Les Pères apologistes. — Parmi les Pères apologistes, saint Justin rappelle l'usage où sont les fidèles de prier et de jeûner pour et avec les catéchumènes, au moment de leur baptême (6), de travailler par les bonnes œuvres, par la prière individuelle, et par la prière en commun, à l'œuvre du salut (7).
Ce ne sont là que quelques indications, fort brè~
1. Vis., III, iv, a ; V, 1, 2 ; SimiL, IX, xv. — 2. Vis., I, 1, 4t 91 dans Funk, p. 4i6, 4i8, 44o, 6o4, 606. — 3. Ad Polyc, 11, 3; dans Funk, p. 290. — 4. Smyrn., iv, 1 ; xi, 1, 3 ; Ephes., xt 1, 2 ; xxi, 2 ; Magn.t xiv ; Rom., ix, 1 ; ad Polyc, vu, 1 ; dan» Funk, p. 220, 222, 23o, 240, 262, 278, 284, 292. — 5. Rom.9 in, 2 ; iv, 2 ; vin, 3 ; Philad., v, 1 ; TralL, xu, 3 ; dans Funk» p. 256, 262, 266, 270. — 6. Apol, I, lxi. — 7. Apol.9 ï, lly, dans Otto, t. 1, p. i64, 176.
ves assurément, mais combien précieuses pour une époque dont on possède si peu de documents, et des documents dont le sujet est si peu en rapport avec le dogme de la communion des saints. Mais, dès la fin du 11e siècle et au 111e, elles se multiplient.
7. Fin du II0 siècle et IIIe. — On en trouve, parmi les latins, dans Tertullien et saint Cyprien, et, parmi les grecs, dans Clément d'Alexandrie et Origène.
Prier pour les fidèles et la conversion des pécheurs est un devoir de charité chrétienne, nous apprend Tertullien (1). Ce docteur de Carthage nous montre les pénitents suppliant à genoux leurs frères d'intervenir auprès de Dieu en leur faveur (2) ; il parle de la solidarité qui rend tout commun entre chrétien, le mal comme le bien (3), et qui fait que chacun doit traiter le prochain comme un autre lui-même, comme Jésus en personne, car tous sont animés du même Esprit, l'Esprit du Père de tous, l'Esprit du Seigneur de tous (4).
Saint Cyprien, insiste à son tour, sur la prière réciproque des uns pour les autres, en particulier sur l'efficacité de celle que féconde la souffrance (5). C'est le Seigneur, dit-il, qu'il faut prier et apaiser par notre satisfaction... Nous croyons qu'auprès du Juge les mérites des martyrs et les œuvres des justes ont une grande valeur (6). De son temps, à Carthage comme à Rome, les billets de paix délivrés par les martyrs aux pécheurs étaient considérés par l'Eglise comme un droit à la réconciliation, comme
1. De oral., III, dans le Corpus de Vienne, t. xx, p. 558. — a. De pœnit., ix; Patr. lai., t. 1, col. 1244. — 3. Ibid., x. — 4. Ibid. — 5. Epist., lxxvi, 7; édit. Hartel, t. m, p. 833. — 6. De lapsis., xvn ; ibid., p. 24.
une satisfaction d'emprunt mais d'une valeur authentique.
A Alexandrie, Clément insiste sur les bienfaits de la prière faite pour le prochain (i); il souligne le caractère satisfactoire du martyre, l'application des mérites de Notre Seigneur et des Apôtres à tous les fidèles (2) ; il montre les liens qui rattachent les chrétiens de la terre aux élus du ciel et aux âmes de l'Eglise souffrante ; le parfait gnostique, en effet, doit compatir envers les morts (3) et prendre pour modèle les saints (4) ; il n'est jamais seul, même quand il prie en secret, car les anges l'entourent et l'assistent (5).
Avec plus de précision, Origène parle de l'unité de vie et d'action dans la société des justes, du caractère et de la portée de leurs relations ; il décrit, dans ses traits essentiels, la solidarité chrétienne, en montrant la relation qui existe, dans l'œuvre du salut, entre l'effort de l'individu et le secours qui lui vient de la communauté, la participation de tous aux fruits de la prière et du jeûne, l'assistance mutuelle, la particulière fécondité du martyre (6) ; sa vertu impétratoire (7), parce qu'il sert de complément à la passion du Sauveur (8). Jésus, en effet, dans son œuvre rédemptrice, a voulu s'associer des collaborateurs qui, même/ au ciel, interviennent efficacement en intercédant pour les pécheurs (9). Les bienheureux né se montrent pas seulement
1. Strom., VII, xii ; Patr. gr., t. ix, col. 509. — 2. Stromï, IV, xii; Pair, gr., t. vin, col. 1296. — 3. Strom., Vil, xii; Patr. gr., t. ix, col. 5o8. — [\. Slrom., IV, vin ; Pair, gr., t. Vin i col. 1277. — 5. Strom,, VI, xii, jt. ix, col. 5p8, — ft.Exhort. ad martyr., l ; Patr. gr., t. xj, col. G36. — 7. Cont. Cels., VIII, xliv ; ibid., col. i58i ; in Joan., t. vi, 36; Pair, gr., t. xiv, col. 2(j3 sq. — -8. Exhort. ad martyr., xxxvi ; Patr. gr., t. xi, col. 609. — 9. Cf. De oral., xxvi, 4 '^Patr* gr.,t. xi, col. 5oi ; in Num.t hoinil., xxiv, 1 ; Pair. gr.t t. xii, col. 7.57.,
bienveillants, mais ils travaillent, prient et combattent avec ceux qui veulent servir Dieu (i). Toute l'Eglise du ciel est ainsi au service de celle de la terre. Sur ce point, Origène a soin de faire observer qu'il n'est qu'un écho de l'enseignement de ses vieux maîtres (2). A la suite de saint Paul, il place le principe de l'union dans la charité, qui est bien plus vivante dans le ciel. Il n'y a qu'une Eglise, qui renferme tous les saints depuis l'origine du monde, ceux de la terre et ceux du ciel (3). Anges, prophètes, apôtres, tous les saints ne forment qu'un seul corps, où circule la même vie, où s'échangent des uns aux autres la sympathie et les intérêts (4). Ainsi donc, dans plusieurs passages de ses œuvres, Qrigcne a touché à tous les éléments essentiels du dogme de la communion des saints. « Nous sommes, disait-il, les compagnons des saints ; à cela rien d'étonnant ; car si nous sommes en société avec le Père et le Fils, pourquoi pas avec les saints, ceux de la terre et ceux du ciel ? Car le Christ, par ison sang, a purifié les choses célestes et les choses terrestres, pour unir celles-ci à celles-là (5). » Le Christ est le médiateur ; les élus sont des protecteurs et des intercesseurs en même temps que des modèles, le fidèle n'a plus qu'à coopérer avec le Christ et avec les saints.
8. Au IVe siècle. — Grâce à toutes ces données, la doctrine de la communion des saints ne peut gjière tarder à se constituer : Pères grecs et latins y
1. Cent. Gels. , Vlîl, lxiv; Pair, gr., t. xi. col. 16^2. — 2. In îib. Jesu Nave, homil., xvi, 5 ; Patr. gr., t. xir. col. 909. — 3. In -Cant., II, 1, 11, 12 ; Patr. gr., t. xm, col. l-34. — !\. In Num., 'flxomil., x, 2 ; Patr. gr., t. xn, col. 638 ; in Caht, loc. cit. ; in Jtom.* VII, vi ; Patr. gr., t. xiv ; col. 118. — 5. In LevJ., homil., iv, 4 ; Patr. gr., t. xn, col. 4^7.
■ ■ .il i .111. ii >
travaillent pendant le ive siècle. Les grecs conçoivent nettement les diverses relations mystiques des membres de l'Eglise et les rattachent à la théologie du Saint-Esprit : à leurs yeux, la communion des saints, c'est l'union dans la prière et les bonnes oeuvres, ces deux grands moyens d'assistance mutuelle, que le Saint-Esprit anime et vivifie.
Les latins, sans oublier l'intervention et le rôle du Saint-Esprit dans la vie intérieure de l'Eglise, rattachent de préférence la doctrine de la communion des saints à la théologie de l'Eglise. C'est l'Eglise qui renferme dans son sein, depuis les origines du monde, soit au ciel, soit sur la terre, tous les élus ; ceux-ci sont les membres de son corps mystique et par là-même sont en relation étroites les uns avec les autres : le bien des uns contribue à l'avantage de tous ; l'indigence et les besoins de quelques uns profitent du secours des autres ; et tous participent ainsi aux mêmes trésors de vie surnaturelle et divine. Les bienheureux sont des modèles à imiter, des protecteurs à invoquer, à cause de leur compassion vigilante, de l'intérêt qu'ils portent à leurs frères de la terre et des secours qu'ils leur obtiennent. Les défunts sont, de la part des survivants, l'objet d'une touchante solliciçitude, qui se traduit par la prière et les bonnes çeuvres qu'on offre à Dieu pour leur soulagement çt leur délivrance. Quant à ceux qui font partie de l'Eglise militante, ils mettent en commun leurs efforts pour secourir les pécheurs et s'assurer la conquête du ciel (i). Pour la première fois la doo-
7. Parmi les Pères grecs, voir saint Cyrille de Jérusalem, Çat., xviii, 25 ; Patr. gr., t. xxxiii, col. 1049 > S. Basile, homil.* in Ps. xlv, 4; Patr. gr.% t. xxix, col. 421; Moralia, lvi, 5; j&xvi, 2 ; Hegulx fusius tractatse, inter. vu, 1, a; Patr gr., t. xxxi, col. 785, 8o5, 928-930; Epist., cxxxviii, a; cciii, 3; ccxliii, i;
trine de l'application des mérites surabondants de l'Eglise est explicitement formulée par saint Ambroise.
9. Les monuments chrétiens. — Pendant que, sur les données évangéliques et sous Faction de plus en plus étendue de la vie chrétienne, s'élaborait ainsi peu à peu, dans les écrits des Pères grecs et latins, le dogme de la communion des saints, il se traduisait et s'affirmait dans les manifestations de la piété populaire, ainsi qu'en témoignent les monuments des quatre premiers siècles (1).
Patr. gr., t. xxxn, col. 58 1, 741, 90/1 ; De Spir. Sanclo, xxvi, 61 ; ibid., col. 181 ; S. Grégoire de Nazianze, Oral., xxxir, 11 ; Pair, gr., t. xxxvi, col. i85 ; S. Grégoire de Nysse, Laudalio S. Slephani, 2 ; Vita Ephraem Syri ; Pair, gr., t. xlvi, col. 732, 8/19 ; S. Epiphanc, Adv. hxr., lxxv, 8; Palr.gr. t. xui, col. 5i3; S. Ghrysoslome, In Rom., homil., 11, 2 ; Pair, gr., t. lx, col. 402 sq ; in II Cor., homil., 11, 4 ; Patr. gr., t. xli, col. 3q6 ; in I Cor., homil., xli, 4 sq ; ibid., col. 36o sq ; de pœnitentia, liomil., 1, 2; Patr. gr., t. xux, col. 280-281. — Parmi les Pères latins, voir S. Hilaire de Poitiers, In Ps. li, 3; lxiv, i4 ; cxxiv, 4; cxlvii, 2 ; Pair, lai., t. ix, col. 3io, 421, G81, 875 ; S. Ambroise, De Gain et Abel, xxxix ; Pair, lai., t. xiv, col. 354 ; in Luc., V, xi ; VII, 245 ; Patr. lat., t. xv, col. 1723, i854 ; de pœnitentia,!, xv ; Patr. lat., t. xvi, col. 5io, 5n ; de Virgin., I, vu; ibid., col. 208; de Spir. Sancto, II, x; ibid., col. 798; de excessu fratris sui Satyri, 1, 18; ibid., i347-i352 ; epist., xxxv, 7 ; ibid., col. 11 24 ; S. Jérôme, epist., xxxix, 6, ad Paulam super obitu Blœsillae ; epist., cvni, 3i, ad Eustochium ; Patr. lat., t. xxii, col. 472, 905.
I 1. Pour le détail, voir De Bossi, Bulletino di archeologia christiana et Roma sotterranea; Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, Paris, i856; Epigraphie chrétienne en Gaule et dans l'Afrique romaine, Paris, 1890 ; Loth, La prière pour Jes morts dans V antiquité chrétienne, dans la Revve anglo-romaine, 1896 ; Wilpert, Malereien des Sakraments-Kappellen, Fri- ;.bourg-en-Brisgau, 1897 ; Malerein des Katakomben Roms, ibid., v*qo3 ; de Waal, Il simbolo apostolico illustrato dalle iscrizioni (dei primi secoli, Rome, 1896 ; Kirsch, Die Acclamationen wid