PREUVE PAR LES MONUMENTS CHRETIENS
Dans l'Eglise primitive, c'était l'usage, parmi le» fidèles, de se traiter de « frères » et « amis, » à quelque communauté qu'on appartînt et de quelque pays que l'on fût ; ce sont les frères et amis, dont parle la célèbre inscription d'Abercius, et que l'évêque voyageur rencontrait partout; ce sont les amis de l'inscription de Pectorius d'Autun. Dans une grande famille comme la société chrétienne, ayant même origine, même nom, même foi, même culte et même fin, de tels titres s'expliquent aisément. Dès qu'on y est entré, on appartient à la ce race divine du Poisson céleste ; » on devient citoyen de la cité de Dieu ; on reçoit le titre spécifique de chrétien ou enfant du Christ, de fidèle ou d'initié; on partage les mêmes croyances religieuses ; on participe aux mêmes sacrements, notamment à l'eucharistie, qui symbolise si bien l'union eï l'unité et constitue le banquet fraternel par excellence; on s'entr'aide dans l'amour par un échange réciproque de prières et de bienfaits : voilà ce que proclament les monuments de l'épigraphie et de l'art chrétien.
L'Eglise triomphante n'est pas oubliée. Ces mêmes monuments l'appellent le lieu des saints, le séjour des bienheureux, le royaume du Christ, la cour céleste, la cité sainte, les jardins du paradis, etc. Les membres qui la composent sont les saints, les justes, les élus, les bienheureux ; amis particuliers
Gebete der altchrlstlichen Grabschriften, Cologne, 1897 î Les acclamations des épitaphes chrétiennes, dans le compte-rendu du congrès de Fribourg, 1898 ; Oie Lehre von der Gemeinsehaft der Heiligen, Mayence, 1900; Marucchi, Eléments d'archéologie chrétienne, Paris-Rome, 1900; Rabeau, Le culte des saints dans V Afrique chrétienne, Paris, 1908 ; bibliograpbieplns étendue et résumé dans l'article de Bout : Communion des saints d'après les monuments de l'antiquité chrétiennef dans le Dict. de Théologie, t. m, col. 454 48o.
du Christ, ils ont plein crédit auprès de lui ; leur puissance s'étend aux personnes et aux choses ; ils s'intéressent au sort de leurs frères de la terre ; ils les protègent, les assistent du secours de leurs prières, surtout au moment de la mort et du jugement ; ils les reçoivent au paradis : telle est la croyance populaire qui se manifeste par la visite des tombes célèbres, par les pèlerinages auprès des reliques des saints, par les sanctuaires qu'elle élève ou embellit, par les inscriptions qu'elle grave, par le désir souvent exprimé de reposer après la mort près du corps des martyrs. Pratiques publiques et officielles, dévotions privées et personnelles, tout traduit, de la part des chrétiens, leur confiance dans les saints ; ils prennent leurs noms, portent leurs images, se mettent sous leur protection, se recommandent à leur bienveillance et sollicitent leur appui dans les besoins temporels et spirituels.
Mais c'est aussi à l'égard des défunts que la piété chrétienne est touchante dans les manifestations de sa sollicitude. Pour ceux qu'on ne croit pas encore admis au bonheur céleste, c'est un usage spécifiquement chrétien et complètement étranger au paganisme de prier pour le commun des fidèles trépassés. L'artiste qui orne leur tombe, les parents ou les amis qui y gravent une inscription, ont soin de rappeler au visiteur l'idée de la délivrance, l'engagent à prier dans ce but et même parfois lui fournissent l'expression de cette prière. Que Dieu daigne venir en aide aux âmes des défunts ; qu'il les préserve de la mort éternelle, du feu de l'enfer, des embûches du démon, de la gueule du dragon infernal ; qu'il les reçoive dans sa paix! De là ces acclamations et ces vœux si fréquents qu'on rencontre dans les catacombes et les cimetières : on souhaite aux défunts la paix de 1 urne, la paix du