s., xl, 6. — 2. Joan.t 1, i4. — 3. Job., xix
LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR 6g5
qui dorment dans la poussière se réveilleront, les uns pour une vie éternelle, les autres pour un opprobre, pour une infamie éternelle (i). » Quant au Nouveau Testament, il parle clairement de la résurrection des corps en plusieurs endroits, comme dans saint Matthieu (2), où est rapportée la discussion de Jésus-Christ avec les sadducéens, et dans les passages où il est fait mention du jugement dernier (3). Il convient d'y ajouter ce que l'Apôtre écrivait .aux Corinthiens (4) et aux Thessaloniciens (5), en traitant formellement de cette vérité. »
2. Comparaison. — « Quoique cette vérité soit très certaine pour la foi, il sera cependant très utile de montrer par des exemples et des preuves qu'elle n'a rien de contraire à la nature et à la raison. Comment les morts ressusciteront-ils, demandait-on à saint-Paul? Et l'Apôtre de répondre : « Insensé ! ce que tu sèmes ne reprend pas vie> j'il ne meurt auparavant. Et ce que tu sèmes, ce n'est pas Je corps qui sera un jour ; c'est un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre semence ; mais Dieu lui donnera un corps comme il a voulu, et à chaque semence il donnera le corps qui lui est propre (6). » A cette comparaison, saint Grégoire en ajoute d'autres. Tous les jours, dit-il, la lumière disparaît à nos yeux, comme si elle était détruite ; et tous les jours elle se montre de nouveau, comme si elle ressuscitait. Les plantes perdent leur verdure et la reprennent ensuite comme si elles revenaient à la vie. Les semences meurent en se corrompant, puis elles ressuscitent, eu poussant de nouveaux germes. »
3. Raisons. — « Les auteurs ecclésiastiques donnent, du reste, d'excellentes raisons à l'appui de cette vérité. La première est que l'âme, qui n'est qu'une partie de Bous-même, étant immortelle et possédant une inclination naturelle pour le corps, il semblerait contraire à la nature qu'elle en fût séparée à jamais. Or, ce qui est contraire à la nature et en opposition violente avec elle, 11e saurait y demeurer toujours ; il convient par suite
1. Dan., xii, 2. — 2. Mallh., xxn, Zi-02. — 3. Joan., v* 25-29. — 4-1 Cor., xv. — 5. 1 Thess., iv, i3. — G. I Cor., xv, 3.6-38.
qu'elle soit de nouveau réunie au corps et que la résurrection du corps ait lieu. Notre Seigneur a lui-même employé ce raisonnement lorsque, discutant avec les sadducéens, il prouva contre eux la résurrection des corps par l'immortalité des âmes.
a La seconde est tirée de la justice souveraine de Dieu. Des récompenses ont été promises aux bons, des châtiments sont réservés aux méchants. Or, il arrive souvent que les uns quittent la vie avant d'avoir subi la peine qu'ils méritaient, et les autres sans avoir reçu la récompense due à leur vertu. Il faut donc que les âmes soient de nouveau réunies à leurs corps, afin que les corps, qui ont été l'instrument des actions bonnes ou mauvaises, pendant la vie, participent aussi à la récompense ou au châtiment des âmes. C'est ce qu'a très bien expliqué saint Chrysostome, dans une homélie au peuple dAntioche. Et l'Apôtre, en traitant de la résurrection, disait : « Si nous n'avons d'espérance dans le Christ que pour cette vie seulement, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes (i). » Ces paroles ne peuvent pas s'entendre de la misère de l'âme, car elle est immortelle et, quand même les corps ne ressusciteraient pas, elle pourrait jouir du bonheur dans une vie future. Mais il s'agit de l'homme tout entier. En effet, si le corps ne recevait pas de récompense pour les peines qu'il endure en cette vie, il faudrait bien convenir que ceux qui souffrent ici-bas toute sorte d'afflictions et de maux, comme les Apôtres, sont vraiment les plus malheureux des hommes. Plus clairement encore, saint Paul l'enseigne aux Thessaloniciens : « Aussi nous-mêmes, dans les églises de Dieu, tirons-nous gloire de vous, à cause de votre constance et de votre fidélité au milieu de toutes les persécutions et de toutes les tribulations que vous avez à supporter. Elles sont une preuve du juste jugement de Dieu, que vous serez jugés dignes du royaume de Dieu, pour lequel vous souffrez. N'est-il pas juste, en effet, devant Dieu, de rendre V affliction à ceux qui vous affligent, et de vous donner, à vous qui êtes affligés, le repos avec nous, au jour où le
i. I Cor., xv, 19.