‹ Le catéchisme romainChapitre 38 sur 230 · THEORIE DE L'ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

THEORIE DE L'ÉVOLUTION

cantonnant dans le domaine de l'expérience pure, elle peut donc être acceptée librement. Son application aux sciences naturelles n'a pas été sans profit jusqu'ici et pourra produire encore d'heureux résultats ; mais ce qui lui demeure interdit, c'est d'envahir indûment le domaine de la métaphysique, et c'est surtout de vouloir tirer les êtres les uns des autres par un évolution progressive et ascendante, qui partirait de la matière brute pour aboutir à l'homme, où les passages de l'inorganique à l'organique, de la vie à la sensation, de la sensation à la pensée et à la conscience constituent autant d'impossibilités, dont elle est incapable de rendre compte, sauf par un abus d'hypothèses que tout condamne.

6. Enfin cette idée d'évolution, d'une évolution qui s'expliquerait par le jeu des causes secondes sous l'action de Dieu, ne pourrait- elle pas s'autoriser de l'appui d'un grand génie ? N'a-t-elle pas appartenu à saint Augustin ? L'évêque d'Hippone, en niant si expressément les créations successives, n'a-t-il pas admis que Dieu a mis dans la matière une puissance capable de différencier et de transformer les êtres ? N'a-t-il pas proclamé que le monde est sous l'empire de la loi, et que Dieu, dans le gouvernement de l'univers physique, agit non pas directement et immédiatement, mais indirectement par l'intermédiaire des causes secondes, c'est-à-dire par les lois et les forces de la nature ? Et dès lors n'est-il pas un précurseur de Tévolutionnisme ? Le P. Zahm Ta cru (i).

Mais non ; saint Augustin n'admet pas la possibilité de la transformation au sens évolutionniste ; il affirme la fixité des espèces et nie que d'un seul

i. Zahm, Bible, science et foi, trad. franc., Paris, p. 58-66.

et même germe puissent sortir des espèces différentes. La preuve en est dans ce passage si explicite : « Les éléments de ce monde corporel ont aussi leur force bien définie et leur qualité propre d'où dépend ce que peut ou ne peut pas chacun d'entre eux, et quelle réalité doit ou ne doit pas sortir de chacun d'entre eux... De là vient que d'un grain de froment ne naît pas une fève, ni d'une fève le froment, ni de la bête l'homme, ni de l'homme la bête (1). » Ainsi les rationes séminales ne constituent pas dans les éléments la puissance d'évoluer de l'homogène à l'hétérogène, comme le pense Zahm (2), mais supposent autant de germes qu'i doit surgir plus tard d'espèces différentes. En outre saint Augustin nie les générations spontanées (3). Et enfin il exige, pour la formation de l'univers, l'intervention divine immédiate, distincte du concours. Orque l'influence divine jette dans l'univers une nouvelle matière (hypothèse rejetée par Augustin), ou qu'il donne une impulsion nouvelle (comme il l'exige), c'est toujours l'insuffisance de la loi, et le recours au miracle (4).

Y a-t-il une cosmogonie biblique? Et faut-il regarder le premier chapitre de la Genèse comme une page d'histoire et de science ?

i° D'après ce chapitre, célèbre à tant de titres, les œuvres de Dieu sont encadrées dans l'espace de six jours et se succèdent dans l'ordre suivant :

1. De Gen. ad litt. IX, xvn, 3 a ; Patr. lat., t. xxxiv, col. 4o6.

— 2. Zahm, L'évolution et le dogme, trad. franc., p. 124. —

,3. De Trinit., III, vm, i3 ; Patr. lat., t. xlii, col. 875. —

4. E. Portalié, art. Augustin, dans le Dictionnaire de Théologie*

t. 1, col. 2353-2354; ci'. J. Martin, Saint Augustin, p, 3i4.

Premier jour, v. i-5. — i. Création du ciel et de la terre. — 2. La terre n'est que tohu-bohu, c'est-àdire désordre et confusion : les ténèbres l'enveloppent tout entière et l'Esprit de Dieu plane sur les. eaux. — 3. Mais Dieu dit : « Que la lumière soit ! » et la lumière fut ; Dieu la sépare des ténèbres ; il appelle la lumière jour et les ténèbres nuit. Il y eut un soir et un matin : ce fut le premier jour.

Second jour, v. 6-8. — l\. Le firmament apparaît ; les eaux sont séparées : les unes s'élèvent sous forme de nuages, les autres entourent le globe. Un soir et un matin : second jour.

Troisième jour, v. 9-i3. — 5. Les eaux inférieures forment les océans et les mers ; l'aride émerge, les continents se dessinent. — 6. La terre produit des, plantes et des arbres. Un soir et un matin : troisième jour.

Quatrième jour, v. 14-19. — 7. Alors Dieu fait paraître les luminaires à la voûte des cieux pour séparer le jour de la nuit et marquer les saisons, les jours, les années: ce sont le soleil, la lune et les étoiles. Un soir et un matin : quatrième jour.

Cinquième jour, v. 20-23. — 8. Les eaux et les airs se peuplent; des reptiles ou grands monstres marins et des oiseaux. Un soir et un matin : cinquième jour.

Sixième jour, v. 24-3 1. — 9. Alors paraissent les animaux de la terre, le bétail, les reptiles. — 10. Enfin l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Un soir et un matin : sixième jour.

20. Cette page de la Genèse, offrant une succession de faits dans un cadre rigoureux, a exercé la sagacité des Pères de l'Eglise. Quelques-uns, tant parmi les latins que parmi les grecs, en ont fait un sujet spécial d'études. Mais, chose très remarquable, aucun n'y a vu un enseignement qui s'impose à la

foi chrétienne. Et Ton sait combien différente et caractéristique est leur attitude chaque fois qu'il s'agit d'une question relative à la foi ou aux mœurs. Car alors ils ont pour guide la règle de foi, renseignement traditionnel, et ils imposent le témoignage de l'Ecriture. Mais c'estjustement ce qu'ils se gardent de faire ici touchant ce premier chapitre de la Genèse. Ils le savent pourtant inspiré; mais ils se contentent d'y lire en toutes lettres le dogme de la création, consigné dans le symbole, et ils considèrent le reste comme un récit qui n'engage pais directement la foi. En conséquence, s'ils étudient ce chapitre, c'est moins à titre de curiosité scientifique que pour y puiser des leçons de morale et d'édilieation ; et si parfois, pour répondre aux besoins intellectuels de leur époque, ils se préoccupent des opinions que les savants émettent sur la question des origines du monde, c'est surtout pour essayer de montrer qu'elles cadrent avec les données bibliques, sauf à déclarer, en cas de conciliation impossible, qu'il y a quelque mystère dont la solution échappe encore. Les uns prennent le récit biblique au pied de la lettre, les autres recourent à l'interprétation allégorique.

3° Parmi les Pères apologistes, saint Justin, si l'on en juge par un fragment qui nous reste (i), et saint Théophile d'Antioche, dans son llexaniéron, avaient adopté l'interprétation allégorique. Sous l'influence incontestable du juif Philon, la méthode allégorique fut celle de l école d'Alexandrie. Les Pères alexandrins se prononcent en faveur de la création simultanée et interprètent le récit mosaïque en conséquence. Origène, notamment, estime que les trois premiers jours, composés d'un matin et

i. Fragm., II, xvi ; Pair, gr., t. vi, col. 1097-1599,

d'un soir, ne sauraient être de vrais jours, puisqu'ils sont sans soleil et sans lune ; ils repoussent dès lors l'interprétation littérale.

Tout au contraire, les Pères de l'école de Syrie et les cappadociens rejettent la création simultanée ainsi que l'interprétation allégorique pour s'en tenir au sens littéral.

Ils distinguent dans le récit mosaïque l'œuvre de la création proprement dite et celle de la formation ; ils prennent les jours pour des jours de vingt quatre heures.

4° En Occident, il n'existe pas d'école d'exégèse; les Pères latins se contentent d'utiliser les travaux des Pères grecs. Saint Ambroise explique VHexaméron tout comme saint Basile; saint Hilaire, au contraire, semble avoir subi plutôt l'influence des alexandrins. Quant à saint Jérôme, il n'a pas traité la question de l'œuvre des six jours.

Mais saint Augustin y est revenu plusieurs fois ; il la trouve difficile ; il dit cependant ce qu'il en pense. Sans se rattacher exclusivement à l'écola allégorique d'Alexandrie ou à l'école littérale d'Antioche, il s'inspire tour à tour de l'une et de l'autre et recourt finalement à une explication allégorique. , Il accepte d'abord l'opinion de la création simultanée, et, comme Origène, il s'étonne de ces trois premiers jours de la Genèse sans soleil et sans lune (i), et il se refuse à prendre à la lettre et au sens propre le récit de Moïse II exclut en conséquence les jours ordinaires (2) ; pour lui, ils correspondent à l'instant indivisible où tout fut créé (3). S'appuyant sur le creavit omnia simul de

1. De Gen. ad litt., op. imp., xn, 36 ; Patr. lat., t. xxxrvv col. 235. — 2. De Gen. Cont. Manich., I, xxm, 4i ; ibid., coL 193. — 3. De clv. Dei, XI, ix; Pair. lat.t t. xn, col. 3a4.

l'Ecclésiastique ( i), il repousse l'idée de toute création nouvelle (2). Mais, bien qu'il croie à la création simultanée, il ne suppose pas comme la plupart de ses contemporains que l'univers ait été produit tel qu'il est aujourd'hui. Il distingue la formation du monde de sa création et il croit que sa formation est due en partie aux forces que Dieu a mises dans la nature et que le récit mosaïque raconte cette formation (3). Tous les éléments du monde ont été créés à l'origine à l'état de masse confuse et nébuleuse (/j). Mais, parmi ces éléments, il estime que les uns ont été tout d'abord définitivement constitués dans leur nature spécifique, tandis que les autres n'existaient qu'en germe ou en puissance pour se développer dans la suite à la manière d'une graine, soit pendant les six jours dont parle Moïse, soit postérieurement.

Dans ces conditions, Augustin n'avait plus qu'à trouver un essai d'harmonisation entre sa théorie et le récit biblique. Il s'y est essayé plusieurs fois sans parvenir à s'arrêter à une réponse définitive et exclusive. Ces six jours allégoriques préparent le jour du Sabbat, figurent le repos des âmes dans l'éternité ou marquent les six âges du monde, les six phases de la vie morale de l'homme ; ce sont les explications qu'il en donne contre les manichéens (5). Ailleurs, il y voit une façon populaire de représenter les phases successives par lesquelles le monde crée est passé sous l'action des causes naturelles (6). Quant au soir et au matin, il en a donné également plusieurs explications allégoriques et il y a vu en

1. EcclL, xviii, 1. — 2. De Gen. ad litt., V, iv, 10 ; Pair. lat.3 t. xxxiv, col. 3a5. — 3. Confes., XII, vin, 8 ; Patr. lat., t. xxxu, col. 829. — 4. De Gen. ad litt., I, xn, 27 ; col. 256. — 5. De Gen. Cont. Manich., I, 33-42 ; col. 189-192. — 6. De Gen. ad lilt.% op. imp., vu, 28, col. 23 1.

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dernier lieu les phases successives de la connaissance que les anges acquièrent des créatures (i). En tout cas, il a soin de ne donner sa théorie qu'avec réserve, sans condamner les antres, et laisse à chacun le soin de trouver mieux (2).

5° Les Pères de l'Eglise, comme on le voit, étaient loin de s'entendre sur la manière d'interpréter le récit biblique de la création. Cette divergence d'interprétation était connue au moyen âge, mais les docteurs de la scolastique adoptèrent de préférence l'interprétation allégorique. Si saint Bonaventure ne se prononce pas, il n'en est pas de même d'Albert le Grand, qui déclare l'opinion de saint Augustin beaucoup plus vraie (3), de saint Thomas, qui l'adopte dans sa jeunesse (4), sans la rétracter dans la Somme (5), et de Cajetan, qui l'admet sans restriction.

6° Grâce aux progrès des sciences naturelles, dont les découvertes semblèrent de plus en plus donner raison au récit de la Genèse, les apologistes du xixe siècle crurent bien faire d'en profiter et, sous le nom de Concordisme, montrèrent l'accord parfait de la science et de la Bible. Mais il durent sacrifier la signification du mot yôm, jour, pour lui substituer celle d'époque, parce que la science démontre que les transformations géologiques de notre globe ont exigé un laps de temps considérable. On eut ainsi les jours-époques, signification tout à fait nouvelle en exégèse, que Cuvier, en 1821, fut le premier à proposer (6). Le Concordisme offrait trop

1. De Gen. ad litt., IV, xxvi-xxx, 43-47*, V, v, i5 ; Patr. lat, t. xxxiv, col. 3i3-3i6, 326 ; De civ. Dei, XI, vu ; Patr. lat., t. xli, col. 322. — 2. De Gen. ad litt. I, xx-xxi, 4o, 4i ; V, 1, 1 ; Patr. lat., t. xxxiv, col. 261. — 3. In 2, Dist., xn, a. 1. — 4-/« II Sent., Dist., xn, a. 1 ; Quœs. disp., De pot., Q. iv, a. 2. — 5. Sam. theol., I, Q. lxxiv, a. 2. — 6. Sum. theol., I, Q. lxxiv, a. 2.

d'avantages pour ne point paraître séduisant et Servir d'argument apologétique. Mais on l'exagéra. A côté d'avantages indiscutables, il n'était pas sans offrir de graves inconvénients. Outre qu'il violentait quelque peu le texte biblique et qu'il lui faisait subir des explications forcées, il ne tendait à rien moins qu'à faire de la première page de l'Ecriture une page d'histoire et de science, alors que la Bible n'est pas un livre scientifique et que, selon le mot du cardinal Baronius, elle nous apprend, non pas comment va le ciel, mais comment on va au ciel. Ce n'est point sur l'autorité des Livres saints qu'on peut étayer les résultats scientifiques. Les périodes géologiques, la fixité ou l'évolution des espèces, les classifications naturelles ne sauraient invoquer à leur appui des textes qui ne prétendent pas nous instruire à cet égard et qui n'ont d'autre but que l'enseignement religieux et l'édification morale. Les auteurs sacrés parlent simplement la langue scientifique de leur temps ; et cette langue, qui n'est pas celle de Dieu, mais celle des hommes, est en perpétuel état de transformation. Il y a dès lors tout lieu de croire que Moïse ne possédait pas la science du xxe siècle après Jésus-Christ et que son récit des origines n'a rien d'un traité de cosmogonie ou de géologie.

7° Plus prudents, les partisans de l'école idéaliste préfèrent de beaucoup l'interprétation allégorique. Ils estiment ainsi rester plus fidèles aux règles de l'herméneutique, ne pas confondre deux choses aussi distinctes que la Bible et la Science, sauvegarder le caractère sacré de l'Ecriture sans l'inféoder à aucun système humain et servir plus efficacement la cause de l'apologétique chrétienne. En conséquence, ils nient le caractère historique et scientifique du récit génésiaque de la création, Moïse n'ayant

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pas eu Tintention de raconter scientifiquement l'origine du monde, mais de donner un enseignement religieux, qui apprît au peuple juif l'existence d'un Dieu créateur et les devoirs qu'il avait à remplir envers lui. Voulant faire entendre des vérités morales, il les présenta à la manière des orientaux qui aiment la mise en scène. Et ayant une loi positive à établir, celle du repos sabbatique, il distribua dans les six jours d'une semaine les œuvres de la création. Cette interprétation idéaliste s'est accentuée depuis le jour où Mgr Clifford, dans un article retentissant, déclara, entre autres choses, que « c'est la consécration des jours de la semaine à la mémoire de la création, et non une histoire des jours de la création, qui forme le sujet du premier chapitre de la Genèse (i). v

8° Néanmoins, quelques concordistes modérés, abandonnant tout excès systématique, crurent bon de maintenir le fait qu'entre les découvertes de la science et le récit biblique il y avait des rapports si frappants de concordance qu'il convenait de les signaler et d'en faire état. Le P. Robert, de l'oratoire, se prononça pour ce qu'il appelle un système liturgico-concordiste (2). Le P. Semeria, barnabite italien, fit une charge à fond contre le concordisme et proclama sa banqueroute (3). Et ce fut l'occasion pour le P. Robert de reprendre sa thèse et de l'améliorer. Il rejette la théorie des jours-périodes, mais persiste à soutenir l'accord de la cosmogonie biblique avec la science moderne, et, modifiant la phrase citée de Mgr Clifford, il estime que « c'est la consécration des jours de la semaine à la mémoire'

!• The days of the Week, dans la Dublin Review, 1881, p. 319.

— 2. Cosmogonie biblique, dans l'introduction à l'ouvrage de M. Motais : Vorigine du monde d'après la tradition, Paris, 1888.

— 3. La cosmogonie biblique dans la Revue biblique, igo3 et 1904.

de la création, et de plus l'histoire de la création, qui forment le sujet du premier chapitre de la Genèse, » Il ne dit pas : l'histoire des jours de la création, » mais simplement : « l'histoire de la création (i). » Et il conclut ainsi : « Le premier chapitre de la Genèse contient la liste historique et chronologique des œuvres de la création, d'après l'ordre même de la science. Les divisions en jours n'ont aucun rapport avec ces œuvres ; elles représentent simplement une semaine modèle dont chaque jour est consacré au souvenir des œuvres divines ; ce qui, avec le dogme de la création et la loi du Sabbat qu'elle contient, donne à la semaine hébraïque un caractère liturgique (2). »

90 Quelle que soit l'interprétation que l'on donne à la première page de la Bible, et quel que soit le système que l'on adopte, on ne saurait se refuser à constater que la science moderne, dans ses découvertes, explique l'origine du monde et l'apparition successive des êtres à peu près comme la Bible. La Bible parle, nous l'avons vu, du désordre et de la confusion primitifs, du règne des ténèbres et de l'apparition de la lumière, au premier jour ; du firmament et de la séparation des eaux, au second jour ; de l'émersion des continents et de l'apparition des plantes, au troisième jour ; de l'apparition du soleil, de la lune et des étoiles, au quatrième jour ; du peuplement des eaux et des airs, de la création des monstres marins et des oiseaux, au cinquième jour ; et enfin, au sixième jour, de la création des animaux terrestres et de l'homme. La Science n'a pas d'autre ordre de succession. Elle place au début une nébuleuse, d'où se

1. La création d'après la Genèse et la Science, dans la Revue biblique, 1904, p. 387-401. — 2. Ibid., p. 699.

détache la terre ; elle suppose une révolution chimique où les gaz passent successivement à l'état liquide et où la croûte terrestre se forme ; elle convient que la lumière a précédé le soleil ; et dès qu'elle pénètre dans les couches géologiques, elle constate que les êtres, plantes et animaux, s'y succèdent comme dans le récit biblique, sauf quelques points secondaires où certains animaux sont contemporains du règne végétal, et que la Bible passe sous silence pour ne retenir que la caractéristique propre à chaque jour. Pfalî a écrit : « Le chaos primitif; la terre couverte d'abord par les eaux, émergeant ensuite ; la formation du règne inorganique suivie du règne végétal, puis du règne animal, qui a pour représentants les animaux vivant dans l'eau, et après eux les animaux terrestres ; l'homme apparaissant le dernier de tous : telle est bien la véritable succession des êtres ; telles sont bien les diverses périodes de l'histoire de la création, périodes désignées sous le nom de jours (i). » Et l'on comprend l'étonnement des savants devant un tel résultat. ce Ou Moïse, disait Ampère, avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, ou il était inspiré (2). » Faye ne peut s'empêcher de trouver remarquable la coïncidence de la Bible et de la Science, qui donnent l'une et l'autre la terre et la lumière plus anciennes que le soleil (3). Est-il exagéré, après cela, de noter de pareils aveux, de constater de semblables coïncidences, et de s'en réjouir pour le livre sacré? Mais de là à conclure que la Bible est un livre de science, il reste de la marge et nous croyons qu'une réserve prudente s'impose.

1. Pfaff, Schôpfungsgeschichte, 2eédit., Leipzig, 1877^.741. 2. Ampère, Théorie de la terre, p. 228. — 3. Faye, Sur l'origine du. monde, p. 18.

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