DÉVELOPPEMENT DE LA VIE ()I
se contente de proclamer que Dieu a créé les plantes et les animaux sans donner le moins du monde à entendre que les uns viennent des autres. La science vraie note, dans la succession des couches géologiques, que les êtres vivants se sont succédés ; qu'après la période azoïque apparaissent, dans le terrain primaire de transition, des algues, des fougères, des vers, des mollusques crustacés, des poissons ; que, dans le terrain secondaire, apparaissent les conifères et les reptiles ; et enfin que, dans le terrain tertiaire, apparaissent la flore et la faune telles que nous les connaissons aujourd'hui. La science constate cette succession progressive.
Mais comment s'est opérée cette succession? Que chaque espèce ait été créée une fois pour toutes ou que la variabilité s'explique par l'évolution progressive de germes d'abord créés et allant du simple au composé, peu importe. Dans le premier cas, Dieu est l'auteur immédiat de toutes les espèces végétales et animales ; dans le second, Dieu serait Fauteur des types premiers et aurait laissé aux causes secondes et aux lois naturelles le soin de déterminer peu à peu les différentes espèces. Libre à chacun d'embrasser la solution qu'il préfère, à la condition de reconnaître l'absolue nécessité d'une intervention divine.
3° La théorie de l'évolution. — i. C'est ici qu'entre en jeu la théorie de l'évolution qui a tant fait de bruit et soulevé de si ardentes polémiques dans la seconde moitié du dernier siècle. L'idée, à vrai dire, n'en était pas nouvelle. De Maillet l'avait déjà eue au xviii0 siècle, Goethe s'en était montré le partisan hardi. Mais c'est Lamarck (f 1829) qui essaya de la formuler en système, estimant qu'avec
le temps les lois de l'adaptation aux milieux suffirait d'une part à expliquer la différenciation des espèces et que la loi de l'hérédité d'autre part assurait la continuité des espèces ainsi obtenues. Il ne restait plus qu'à l'introduire dans le courant scientifique et à la rendre populaire : ce fut l'œuvre de Darwin (f 1882), dans son célèbre traité : De V origine des espèces par voie de sélection naturelle, paru en 1809.
2. Cette théorie de l'évolution part de ce fait que l'homme obtient des variations parmi les plantes et les animaux, et pose en principe que ce fait actuel d'expérience a pu se produire de même, sous l'action de causes intimes ou d'influences ambiantes, dès l'origine, et que par suite tout le développement, dont nous sommes témoins, peut s'expliquer par l'unité, au début, d'un germe primitif. Ce germe a produit tout d'abord des êtres conformes à sa nature ; mais ceux-ci sont entrés aussitôt en concurrence vitale les uns avec les autres ; et le combat pour la vie, struggle jor life, a assuré la prédominance des plus forts. Puis, dans les survivants, est intervenue la sélection naturelle, qui est entrée comme un facteur important dans le perfectionnement progressif et dans la détermination d'espèces nouvelles ; après quoi, Y hérédité a perpétué les espèces par le maintien des perfections acquises, et le temps à la longue a consacré cette lente élaboration qui a abouti au monde tel que nous le connaissons.
3. Ce système n'a pas échappé à sa propre loi : il a évolué, il s'est transformé. Mais dès son apparition, il a eu des partisans passionnés et de redoutables adversaires. De part et d'autre, et pour ou contre, on a interrogé les faits, on a emprunté des arguments à la géographie, à la géologie et à la paléontologie ; on a demandé des preuves à la
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physiologie, à la morphologie et à l'embryogénie ; on a eu recours à des raisons d'ordre philosophique ; on a même fait appel à l'autorité de la Bible. La lutte a été vive, mais qu'en est-il résulté ? C'est que, d'une part, malgré tous les efforts et toutes les recherches, la preuve expérimentale et scientifique du système n'a jamais pu être produite. Ses plus résolus partisans eux-mêmes en ont infirmé ou rejeté les données. « Huxley, le premier naturaliste anglais après Owen, qui a comparé Darwin à Copernic, puis à Newton, a fait à la doctrine de son maître de graves objections, qui n'ont pas été réfutées et ne pouvaient l'être. Cari Vogt, dont le nom seul est une garantie de compétence scientifique et d'indépendance intellectuelle, a montré que quelques-unes des lois les plus fondamentales du darwinisme sont en désaccord flagrant avec les faits. Wallace, qui partage avec Darwin l'honneur d'avoir inauguré la théorie de la sélection naturelle, a démontré d'une manière irréfutable que cette théorie était inapplicable à l'homme. Romanes, l'ami et le commensal de Darwin, a déclaré en propres termes que pas un naturaliste sérieux ne regardait aujourd'hui la survivance des plus aptes comme pouvant engendrer des espèces. Répétant ce que j'avais dit bien longtemps avant lui, il a réduit le rôle de la sélection naturelle à n'être plus qu'un moyen d'adaptation et a proposé de lui substituer ce qu'il a appelé la sélection physiologique. A tenir compte seulement des écrits des quatre savants que je viens de nommer, on peut dire que l'édifice élevé par Darwin à été démoli pièce à pièce et bouleversé jusque dans sa base, précisément par quelques uns de ceux qui avaient embrassé avec le plus d'ardeur les idées du grand penseur anglais. Le darwinisme s'est trouvé ramené ainsi, par ses disciples eux-mêmes, au rang
des nombreuses hypothèses par lesquelles on a cherché à rendre compte de l'origine des espèces (i). »
4. Ainsi donc les naturalistes contemporains, plus prudents et mieux informés, reconnaissent volontiers que la réalité des faits ne cadre pas avec la théorie. Et il faut bien convenir d'autre part que les plus graves objections sont demeurées sans solution. Scientifiquement, le système de Darwin reste une hypothèse injustifiée. Poussé à l'excès par certains esprits exagérés, il accuse chez eux un caractère de plus en plus matérialiste et athée, qui le rend condamnable aux yeux du savant loyal, du philosophe spiritualiste et du chrétien. L'élan qu'il a donné aux études de la nature, les progrès incontestables qu'il a réalisés dans les sciences ne sauraient faire oublier ni ses hypothèses parfois romanesques, où l'imagination remplace trop souvent la raison, ni ses assertions tranchantes qu'aucune preuve ferme n'autorise, ni son dogmatisme intempérant et agressif, ni son opposition soit avec la science positive qui a condamné les générations spontanées, soit avec le dogme révélé de la création qu'il heurte de front.
5. Est-ce à dire pourtant qu'au point de vue delà foi, l'idée elle-même d'évolution soit à réprouver? Loin de là, car, en soi, cette idée ne contredit pas les données de la Bible ni l'enseignement de l'Eglise. Comprise dans un sens modéré et respectueuse avant tout du dogme de la création, on peut la donner comme une explication possible ou probable de la production des espèces. Sans l'imposer impérieusement comme une certitude acquise, et en la
1. De Quatrefages, préface aux Races humaines, du Dr Verjicau, p. vn-vm.