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pour façonner le corps d'Adam avec du limon, soit pour former le corps d'Eve avec une côte d'Adam. Mais en disant que le corps de l'homme retournera dans la poussière d'où il est sorti, l'Ecriture donne à entendre que le corps d'Adam ne provient pas d'une espèce animale vivante. Et quant à la formation du corps d'Eve, elle est en opposition manifeste avec la théorie évolutionniste. Mais peut-être, dira-t-on, le récit de la création du corps d'Eve n'est qu'une simple allégorie. N'est-ce pas plutôt de l'histoire ? Et n'est-ce pas comme récit historique qu'il sert d'appui aux enseignements révélés touchant le mariage chrétien et l'union de Jésus-Christ avec son Eglise ?
L'Ecriture répète que la femme a été créée après l'homme (i) ; qu'elle a été tirée de l'homme comme l'homme avait été tiré de la terre (2). Et les Pères ont vu dans ce récit une histoire véritable, qu'on ne saurait nier sans errer dans la foi (3). Innocent III (1198-1216), voulant montrer qu'un païen converti ne doit garder qu'une seule des femmes qu'il avait avant sa conversion, a motivé sa décision parce que, au commencement, une seule côte a été prise pour en former une seule femme, et il a traité le sentiment contraire comme opposé à la foi (4). Et le concile de Vienne (i3ii-i3i2), xve concile œcuménique, affirme que l'Eglise est sortie du côté ouvert de Jésus-Christ comme Eve avait été tirée du côté du premier homme (5). C'est historiquement, du reste, que ce récit a toujours été entendu parles exégètes et théologiens catholiques, à l'exception de Cajetan. Et Suarez a pu dire que son
1. I Tlm.t 11, i3. — 2. EcclL, xvu, 1 ; I Cor., xr, 8. — 3. Cf. saint Jérôme, In epist. ad. Philem., 4 : Pair, lat., t. xxvi, col. 645. — 4. Denzinger, Enchir., n. 353. — 5. Denzinger» ibid., n. 4o8.
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caractère historique doit être regardé comme una vérité de foi catholique.
L'hypothèse évolutionniste ne saurait donc alléguer rallégorisme du récit biblique. Doit-elle être taxée d'hétérodoxie ? Rien n'étant défini sur ce point particulier, ce serait se montrer trop sévère que de la condamner comme hérétique. Mais ce qu'il convient de retenir, c'est que Dieu, qu'il ait pris de la matière inorganique ou de la matière vivante, s'est servi de matière pour former le corps d'Adam et qu'il a directement créé une âme poi r animer ce corps et constituer le premier homme.
4° L'aine. — La Genèse a dit de l'âme d'Adam que Dieu la créa ; le ive concile de Latran et le concile du Vatican enseignent que toute âme humai no, sans distinction, est tirée du néant ou créée par Dieu. Mais à quel moment Dieu crée-t il Pâmé humaine ? C'est une question qui a reçu divers s réponses. Il en est qui estiment que Dieu a créé toutes les âmes à la fois, dès l'origine du monde : ce sont les partisans de la préexistence. Il en est d'autres qui croient que les âmes se propagent par la génération : ce sont les partisans du génératianisme ou du traducianisme.
i. D'après les premiers, toutes les âmes ont été créées d'abord et ne viennent animer le co ps humain qu'au fur et à mesure des besoins. C'éL t l'opinion de Pythagore, de Platon et de Philon ; ce fut aussi celle d'Origène. Celui-ci croyait y trouve r une explication plausible du péché originel ; à ses yeux les vêtements de peau que Dieu fit à nos premiers parents après la chute ne sont autre chose que le corps où leurs âmes auraient été emprisonnées en punition de leur faute ; de telle sorte qu'Adam et Eve auraient vécu à l'état d'âme au paradis, et
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qu'ils n'ont reçu un corps qu'à titre de châtiment pour leur désobéissance.
La théorie d'Origène fut vivement combattue par les Pères, puis abandonnée, sauf, à la fin du ive siècle, par le philosophe Némésius et le poète espagnol Prudence (f 4i3), ainsi que par les Priscillianistes. L'Ecriture, en effet, ne parle nulle part de l'existence des âmes avant leur union avec le corps ; et saint Paul affirme que l'homme n'a commis personnellement aucune faute avant sa naissance (i). Aussi le pape saint Léon le Grand a-t-il condamné la théorie de la préexistence, dans sa lettre à Turribius (2) ; et le 11e concile de Constantinople, en 553, v6 concile oecuménique, l'a englobée dans ses célèbres anathèmes contre les origénistes (3).
2. Tertullien se prononça pour le traducianisme. Il regarde la création de l'âme et la formation du corps comme simultanées ; car, dit-il, comme la vie cesse par la dissociation de l'âme et du corps, elle a dû commencer par leur association, grâce à l'acte générateur des parents, qui est un tout indivisible et qui produit l'homme dans sa nature complète, sans qu'on puisse assigner de priorité soit au corps, soit à l'âme. C'est le traducianisme dans loute sa crudité (4).
Cette opinion rallia peu de suffrages en Orient ; les Apollinaristes furent les seuls à l'accepter ; saint Grégoire de Nazianze la combattit. Elle eut plus de succès chez les latins. Saint Jérôme, il est vrai, la traite de ridicule. Saint Augustin blâme le sens grossièrement matérialiste du traducianisme de Tertullien : « Quo perversius quid dici polest (5) ? »
1. Rom,, y, i4 ; xi, 11. — 2. Denzinger, Enchir., n. 107. -*• 3. Denzinger, Enchir., n. 187, can. 1. — 4- De anima, Pair. lat„ t, n, col. 646-762. — 5. Epiai., cxc, i4; Patr. lai., t. xxxin, col. 861.
• Mais il ne sait quelle opinion embrasser; il hésite entre quatre réponses ; il trouve à chacune de telles difficultés qu'il a laissé le problème sans solution. Ou Tâme, dit-il, naît de l'âme des parents, mais
. alors que devient sa personnalité ? Ou bien elle est créée, mais alors d'où vient le péché originel ? Si elle est créée au moment de son union avec le corps, que signifie alors le repos du septième jour? si elle est créée avant, quelle est alors son existence antérieure? Il n'ose ni dire ni définir ce qu'il ne
«sait pas, et il écrit dans des Rétractations : « Je ne
. le savais pas, je ne le sais pas encore (i). » C'est la question du péché originel qui l'empêcha d'admettre fermement le créatianisme.
Le traducianisme £ut combattu par plusieurs Pères et par les Pélagiens. Les théologiens du moyen âge le répudièrent formellement ; saint Thomas ie traite d'hérésie (2). Il fut adopté par Leibnitz (7 1 7 16) dans ses Essais, et soutenu, au xrxe siècle, par Rosmini. Klee, Ubaghs, Frohshammer ont essayé de ressusciter le traducianisme mitigé qui avait paru soutenable à saint Augustin. Mais le livre de Frohshammer fat mis à l'index, en 1807; en 1866, le pape fit prier Ubaghs de renoncer à ce qu'il avait écrit en faveur du génératianisme ; et le Saint-Office condamna le génératianisme de Rosmini, en 1887. 3. Donc, pour expliquer l'origine des âmes, ni préexistence, ni génératianisme ou traducianisme même mitigé. C'est le créatianisme qui est la doctrine de l'Eglise : Dieu crée les âmes dans le temps
*et dans l'espace, quand les causes secondes concourent à l'œuvre génératrice. L'âme de l'enfant ne provient pas de l'âme de ses parents. Ni le concile
1. Relr., I, 1. 3 ; Patr. lai., t. xxxi, col. 687. — 2. Sutn. thzol.f I, Q. cxviu, a. 2,
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de Latran, ni celui du Vatican n'ont condamné for mellement le génératianisme, mais ce qu'ils enseignent est absolument inconciliable avec cette théorie. Or, ils enseignent la spiritualité de l'âme; l'âme ne saurait donc être produite par la génération corporelle. Et d'autre part elle ne pourrait provenir d'une autre âme que par émanation, ce qui répugne à sa nature essentiellement simple, ou par création, ce qui n'appartient qu'à Dieu.
Reste donc que l'âme est directement créée par Dieu. Déjà, en i34i, Benoît XII avait signalé parmi les erreurs que devaient rejeter les Arméniens celle qui fait naître l'âme des enfants de l'âme de leurs parents. Le texte de la Genèse est formel pour l'âme d'Adam ; celui de VEcclésiaste (i) ne l'est pas moins pour l'âme de chacun d'entre nous.
[était « La poussière fait retour à la poussière, redevient ce quelle Et l'esprit retourne à Dieu, qui Va donné. »
4. L'âme ne proviendrait-elle pas de Dieu par émanation? Nullement; elle est créée de rien, proclame le concile du Vatican, qui condamne comme une hérésie Fémanation (2), d'accord avec l'enseignement traditionnel. Saint Léon le Grand avait dit, dans sa condamnation des Priscillianistes que l'âme n'appartient pas à la condition de Dieu (3) ; le concile de Tolède, en 447, aPrès avoir affirmé que « l'âme n'est pas la substance divine (4), » frappe d'anathème quiconque prétendrait qu'elle est une portion de Dieu ou la substance de Dieu (5). Saint Léon IX (io48-io54) insère dans le symbole de foi proposé à l'évêque Pierre cet article que « l'âme
1. Eccl, xii, 7. — 2. Const. Dei Filius, c. 1, can. 4 et 5. — S. Denzinger, Enehir., n. 106. — 4- Denzinger, ibid., n. ii3. — £. Denzinger, ibid., n. 124.
n'est pas une portion de Dieu, mais qu'elle est créée de rien (i). » Enfin Innocent XI (1676-1689) a condamné la proposition Ve de Molirios, où il était dit que « l'âme retourne à son origine, qui est l'essence de Dieu (2). »
5. L'âme étant créée par Dieu pour animer le corps humain, la question s'est posée de savoir à quel moment précis cette âme est unie au corps ; elle a été résolue de deux manières par les philosophes et les théologiens.
Saint Thomas croit que l'âme est créée et vient s'unir au fœtus, lorsque ce dernier possède tous les organes nécessaires à l'exercice des facultés. Jusque là le fœtus serait animé successivement par une âme végétative, puis par une âme sensilive, qui ferait place à l'âme raisonnable (3). Les partisans de cette opinion invoquent ce fait physiologique qu'au début de la fécondation il n'y a que des: phénomènes de segmentation où l'intervention d'une âme raisonnable n'est pas nécessaire ; et ils estiment qu'il ne convient pas à Dieu de créer des âmes pour tant d'embryons qui périssent avant d'arriver à une formation complète et sans pouvoir jamais être baptisés (4).
D'autres croient que l'âme est créée et unie au corps dès le premier moment de la conception, lorsque commence la vie propre de l'embryo : de ce que l'âme est le principe de la vie du corps humain, ils concluent qu'elle doit présider à sa formation ; et par là, disent-ils, leur opinion se concilie beaucoup mieux avec le dogme de l'immaculée conception (5).
1. Dcnzinger, ibid., n. 296. — 2. Denzinger, Enchir., n. 1092. — 3. Sum. theol.y I, Q. cxxui, a. 2. — 4. Cf. Blanc, Traité dô philosophie, t. n, p. 752-760 ; Mercier, Cours de philosophie, 1. 11, n. 225. — 5. Cf. Palmieri, Instituliones philosophicœ, t, u, p. 4*4»