JÉSUS, HOMME-DIEU
Que lui importait un nom qui, dans les conceptions les plus épurées et les plus rectifiées, évoquait encore la puissance politique et la conquête par les armes ? Plus tard, quand il aura fondé le règne de Dieu dans les âmes, et non pas en ramenant en Palestine les tribus dispersées, quand il aura montré que le champ de son royaume est le cœur retourné vers Dieu et non pas la terre de Jérusalem la sainte, que le salut est la rédemption du péché et du mal et non pas la libération du joug romain, alors il prendra le titre de Messie. Il l'aura dégagé de la conception populaire en le transmuant, en quelque sorte, et en lui substituant un contenu nouveau. L'œuvre de Jésus ne s'expliquait pas avec ce titre équivoque et dangereux; sa personnalité se dénommait plus exactement par sa relation avec le royaume de Dieu, que connotaient le titre de Fils de l'homme et, plus encore, celui de Fils de Dieu. Pour les chrétiens d'origine païenne, pour tous ceux qui n'étaient pas hébreux fils d'hébreux, qui n'avaient pas caressé les rêves profanes d'un fils de David chargé de donner à Israël l'empire du monde, de maintenir la loi comme principe de vie morale et le temple comme foyer de vie religieuse, le titre de Messie n'avait pas d'importance. L'hellène qui entendait l'apôtre lui démontrer que Jésus était le Christ, n'était pas intéressé ; il ne comprenait qu'après de longues explications ; son attention se fixait, au contraire, dès qu'on le représentait comme Fils de Dieu. Le Sauveur ne pouvait retenir ce nom qu'en le vidant de son contenu messianique. S'il s'est déclaré Messie devant ses disciples et devant le grand-prêtre qui l'interrogeait, il voulait dire « qu'il était celui qui doit venir, » qu'il ne fallait pas attendre un autre prophète et une autre intervention de Dieu dans l'humanité, qu'il était le dernier révélateur du Père céleste, pour fonder une religion universelle et définitive. Pour nous, aujourd'hui encore, la formule — Jésus est le Christ — n'a pas d'autre sens. » V. Rose, Etudes sur les Evangiles, dans la Revue biblique, 1900, p. 179-180.
2. L'affirmation chrétienne du dogme dé THom- Xjie-Dieu. — « Elle est universelle et perpétuelle, d'une
a fa LE CATÉCHISME ROMAIN
perpétuité immuable, et cependant militante, qui résiste aux contradictions de la force jalouse, de la raison humiliée et des passions révoltées. Ne sont-ce pas deux caractère exclusivement propres à la vérité ? Si le dogme de l'Homme-Dieu n'était pas la fausse interprétation d'un fait historique, n'est-il pas évident qu'au lieu de s'enraciner de plus en plus dans les croyances du genre humain, il en eût été arraché depuis longtemps par les violences qui l'ont maintes fois assailli pendant près de dix-neuf siècles ? Au lieu de cela, il est obstinément affirmé : affirmé par le génie, affirmé par la plus grande, la plus sublime honnêteté. Tant de grands esprits n'ont-ils donc épuisé toutes les ressources de la science que pour étayer une sottise ? Tant de saints ont-ils mis leurs vertus au service d'un mensonge ? Bien plus ont-ils fait d'un mensonge le principe de leurs vertus ? Chose plus prodigieuse ! Le monde chrétien surabonde : il affirme généreusement et héroïquement. N'a-t-il donc la passion de la gloire de Dieu que pour la trahir par la diffusion d'une erreur monstrueuse ? N'a-t-il la passion du salut des âmes que pour les empoisonner par une odieuse superstition ? N'ouvre-t-il ses veines et ne fait-il parler son sang que pour confondre les notions les plus vulgaires de la raison ? Bref, l'apostolat et le martyre ne sont-ils qu'une perpétuelle scélératesse ou une perpétuelle folie ? Non, non, tout cela est impossible. Le bon sens nous oblige de raisonner ainsi ; universellement, perpétuellement, avec intelligence, honnêteté, dévouement, héroïsme, le monde chrétien affirme qu'il existe un Homme-Dieu. Cela n'est pas évident de soi, donc c'est Dieu lui-même qui l'a dit ; donc Dieu a été vu et entendu ; il a donné des signes de son intervention ; ces signes ont été constatés, examinés, discutés ; donc il faut croire. Voilà la preuve sommaire de la divinité de Jésus-Christ dont se contente la généralité des intelligences humaines. » Monsabré, Conf. xxxir9.
3. L'affirmation de Jésus-Christ. — « Jésus-Christ est Dieu ! Tout s'illumine aux clartés de cette vérité, comme s'illumine la nature aux rayons du soleil matinal.
« Jésus-Christ est Dieu ! Voilà l'explication de cette
perfection unique que nous avons tant admirée, et qui paraît si étrange dans un enfant de la race humaine. C'est la divinité qui pénètre cette grande âme et l'inonde de lumières et de vertus sans rivales ; car, comme le dit fort bien saint Thomas, plus un principe est parfait, plus il fait sentir profondément son action.
(( Jésus-Christ est Dieu ! Il ne pouvait pas y avoir icibas de justice pour le juger, et je ne suis point étonné de voir la malédiction divine poursuivre, à travers les siècles, ses persécuteurs, aujourd'hui dispersés loin du temple et de l'autel dont ils attendent en vain la restauration.
« Jésus-Christ est Dieu ! Si tous les oracles se donnent rendez-vous dans sa personne sacrée, cela devait être. Une si haute majesté méritait d'être prévenue par une préparation digne de sa grandeur, et Dieu ne pouvait manquer de lui donner la première place dans le plan de sa Providence.
« Jésus-Christ est Dieu ! Comment la nature pouvaitelle se soustraire à son pouvoir souverain ? Les prodiges sont dans la main de celui qui a fait toutes choses ; le Fils, égal à son Père, doit pouvoir tout ce que peut son principe éternel, opérer ce qu'il opère, et son nom seul a une force à laquelle se soumettent nécessairement toutes les forces du monde.
<c Jésus-Christ est Dieu ! Les siècles sont donc à lui. S'il s'empare de l'avenir, l'avenir docile lui doit des croyants, des adorateurs et des amants ; et la vertu féconde de sa foi et de son amour, transformant l'humanité, est une conséquence inévitable du dessein qu'il exprime, de la volonté qu'il manifeste.
« Jésus-Christ est Dieu ! Il faut qu'il soit haï, car les passions corrompues de la nature sont, partout et en tout temps, ennemies de la Divinité.
a Jésus-Christ est Dieu ! Il l'affirme à la terre, le ciel répond à son affirmation par des signes merveilleux et par ces tendres paroles du Père éternel : « Tu es mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances. »
« Jésus-Christ est Dieu ! Il l'a dit. Avons-nous besoin d'un autre témoignage ? » Ibid., Conf. xxxiu*
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Leçon XXVIe Jésus, Fils de Dieu
I. Erreurs sur la Divinité de Jésus-Christ. — IL La théorie de M. Harnach. — III. La théorie de M. Loisy.