‹ Le catéchisme romainChapitre 80 sur 230 · Marc, ni, 22 sq. — 2. Matth., xn · texte numérisé non relu

Marc, ni, 22 sq. — 2. Matth., xn

maître, et c'est pourtant là une institution divine (i); Il remet les péchés, et c'est un pouvoir réservé à Dieu (2). De telles attributions, cette puissance inouie, cette maîtrise sur la loi, ce pardon des péchés, sont-ils des privilèges délégués ou des droits naturels ? A la rigueur ils auraient pu être octroyés par Dieu à un Messie-homme.

20 Mais telle n'est pas la conclusion qui ressort de la parabole du vigneron et de celle du festin. Le maître de la vigne envoie finalement son fils, son unique, son héritier naturel, celui qui par son origine même a des droits de propriétaire sur la vigne. Le roi prépare un festin pour les noces de son fils, de son héritier légitime (3). L'allusion est assez transparente : ce maître de la vigne et ce roi représentent Dieu ; ce fils, c'est Jésus lui-même ; c'est donc qu'il est Fils de Dieu, non par adoption, mais par nature, par voie de génération, et Dieu comme son Père.

3° Une aussi importante conclusion, Jésus entend bien l'imposer à ses ennemis., les pharisiens, sans leur permettre de l'éluder. « Les pharisiens étant assemblés, Jésus leur fit cette question : « Que vous semble du Christ? De qui est-il fils? Ils lui répondirent : «De David. » — Comment donc, leur dit-il, David inspiré d'en haut Vappelle-t-il Seigneur, en disant : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assiedstoi à ma droite jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ï escabeau de tes pieds ? » Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils (4)? ' » Les pharisiens ne surent que répondre et renoncèrent à lui poser de nouvelles questions. Mais l'appel que fait Jésus

ï. Matlh., xii, 8 ; Marc,u, 28 ; Luc, vi, 5. — 3. Mallh., ix, 2; Marc, 11, 5 ; Luc, v, 20-21. — 3. Mallh., xxi, 33-42; xxu, 2 ; Marc, xii, 1-12 ; Luc, xx, 9-17. — 4. Matlh., xxu, 4a-46 ; Marc, xii, 35-37 ; Luc, xx, 4 1-44.

au témoignage de David, à ce titre de Seigneur que le Psalmistc donne à son fils et qui ne peut convenir qu'à Dieu, indique bien que si le Messie est fils de David selon la chair, il est quelque chose de plus que le fils de David, que le rejeton de sa race royale. N'est-ce pas marquer qu'il appartient, à un titre tout spécial et qui n'est autre que celui de fils, à la sphère du divin ? Son origine davidique est insuffisante à légitimer cette transcendance. En tant que descendant de David, Jésus est homme ; mais pour être Seigneur et pour s'asseoir, ace titre, à la droite de Dieu, il doit être Dieu. Jésus est le Messie, nous l'avons dit ; mais de plus il est Dieu.

[\° Le doute ne saurait exister si l'on tient compte de la manière expresse dont Jésus revendique cette filiation naturelle de Dieu, qui le met en rapport si intime avec le Père céleste, avec son Père. « En ce même tempsy Jésus dit encore : « Je vous bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux petits. Oui, Père, je vous bénis, de ce qu'il vous a plu ainsi. Toutes choses m'ont été données par mon Père. Personne ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils a voulu le révéler (i). ».

Cette confession de son origine céleste et divine dépasse le ton ordinaire des Synoptiques ; elle rejoint l'enseignement de saint Paul et les affirmations du ive Evangile : elle est décisive. Le Père, dans le mystère de sa nature et de ses conseils, le Fils seul est à le connaître ; et ce Fils dépasse tellement les créatures par sa transcendance que le Père seul est à le connaître : entre le Père et le Fils

i. Matth., xi, 25-27; cf. Luc,, x, 21-24. Nous reviendrons, dans la leçon suivante, sur l'authenticité de ce passage.

similitude de connaissance, réciprocité unique, partant ressemblance et identité de nature. « Le Père et le Fils sont adéquats l'un à l'autre. Ce sont deux foyers conjugués qui constamment se renvoient leur lumière réfléchie et renforcée. Tel est le sens de cette exclamation triomphale. On Ta comparée avec raison à un aérolithe tombé du ciel de Jean. Nous sommes d'un coup transportés sur les hauteurs où se maintient le quatrième Evangéliste ; c'est le même souffle qui se fait sentir, le même horizon qui se dessine au loin. La vision de Jean a donc passé, une fois au moins, devant les yeux des Evangélistes, ses prédécesseurs... Jésus, parce qu'il est Fils de Dieu, a droit à l'héritage du Père... La filiation divine est à la base de tous ses attributs divins ; elle est l'antécédent logique et l'antécédent causal d'où dérive sa mission de Christ, sa toute-puissance de fondateur du royaume, son intimité avec le Père ; tout lui est donné parce qu'il est le Fils. Toute sa vie n'est que le développement de cette filiation préexistante. Le divin que le Sauveur revendique pour lui, dépasse non seulement en quantité et en degré celui que l'Ancien Testament attribuait au peuple d'Israël et à son roi théocra tique ; il est d'une autre qualité, d'une autre essence (i). »

Ce divin est « d'une autre qualité, d'une autre essence. » Il n'appartient à Jésus qu'au titre de Fils, et il n'est Fils de Dieu que parce qu'il est né du Père. Les droits divins qu'il exerce ne sont donc pas une récompense de sa piété ou de son zèle, ni le résultat d'une filiation adoptive, ils sont la conséquence de sa nature de vrai Fils de Dieu, ils constituent des

1. V. Rose, Etudes sur les Evangiles, dans la Revue biblique, 1900, p. 194-195. t

droits naturels. «Jésus, dans les Synoptiques, ne s'est pas appelé « Fils unique, » « Monogène, » mais il n'est pas moins le Fils par excellence, le Fils sans frère du Père sans égal... Nous sommes ici, non point dans la légende en travail de sublimation, mais au cœur de la conscience de Jésus, qui est la conscience de sa filiation divine, incommunicable (i). » Jésus est tout à la fois le Messie-homme et le Messie-Dieu, le Fils de Dieu et Dieu lui-même. C'est, nous venons de le voir, ce qu'autorisent à dire les Synoptiques. Leur témoignage, pour n'avoir point les formules explicites de saint Paul, de l'Epître aux Hébreux et du ive Evangile, n'en est pas moins suffisant, il est l'écho de la pensée, de la conscience et de l'enseignement de Jésus.

i. Jésus, Messie, Fils de Dieu. — « Pourquoi (Jésus) n'a-t-il pas laissé flotter l'étendard messianique sur le royaume de Dieu, se demande le lecteur surpris de trouver entre les débuts du Sauveur et sa révélation comme le Christ l'écart d'un apostolat de trois ans ? Il suffit de réfléchir que le mot Messie était devenu, grâce à des espérances nationales surexcitées, un programme politique. Ce nom, dont l'étymologie n'a jamais été en rapport avec le sens, se laisse solliciter et se prête à toutes les significations les plus lointaines' de son origine, les plus extravagantes aussi. Il avait été en quelque sorte capté et confisqué par les pharisiens ; discrètement, ils le transformaient en un symbole politique, dans lequel ils incarnaient la libération prochaine, l'inauguration d'un règne sans fin, où les préoccupations morales et religieuses seraient à l'arrière plan, où le temple et la loi seraient maintenus comme les principaux organes de purification et de sanctification. Jésus a refusé, au désert, de remplir ce programme ; il devait aussi refuser le titre.

i. Mgr Batiffol, L'enseignement de Jésus, Paris, 1906, p. 32 1,

Page 1