LE QUATRIÈME COMMANDEMENT
humaine, du berceau à la tombe, dans tous les milieux où elle est appelée à vivre, et vis-à-vis de tous ceux avec lesquels elle est en contact, sous la direction paternelle de Dieu.
I. Rapports des commandements entre eux. — « Au point de vue de la dignité et de rexcellence de leur objet, dit le Catéchisme Romain, les trois premiers commandements sont tout à fait supérieurs ; mais ceux qui suivent sont tellement nécessaires qu'ils méritent bien d'être placés immédiatement après. Car si les premiers regardent directement notre fm, qui est Dieu, ceux-ci forment à la charité du prochain et conduisent même à Dieu, ce but suprême pour lequel nous aimons le prochain lui-même. C'est pourquoi Notre Seigneur a dit que l'amour de Dieu et l'amour du prochain sont deux commandements qui se ressemblent (i). »
« Les divers préceptes du Décalogue ont été gravés sur deux tables, dont la première contenait, au dire des saints Pères, les trois premiers commandements, et la seconde les sept autres : classement si rationnel qu'il devait nous faire comprendre l'importance relative des préceptes par cette distribution même. En effet, tout ce , que la loi divine ordonne ou défend dans les Livres sacrés, rentre dans deux catégories : il s'agit toujours ou \ de l'amour de Dieu, ou de l'amour du prochain. Or, les ' trois premiers commandements traitent de l'amour de ;Dieu, et les sept derniers de nos rapports sociaux et de notre commerce avec les hommes. D'où la division entre ! préceptes de la première table et préceptes de la seconde. j 2. Leurs différences. — « Les trois premiers ont Dieu I pour objet, c'est-à-dire le Souverain Bien, et l'objet des rautres est le bien du prochain. Ceux-là proposent l'amour souverain, ceux-ci un amour secondaire ; les uns regardent la fm suprême elle-même, les autres ce qui se rapporte à cette fm.
'aux évèques canadiens, 8 décembre 1897 ; cf. G oyau, L'ecoie ^aujourd'hui, Paris, 1906.
i, Cat. Rom,, P. III, Quar^ praec, Decalog.,n. i.
« De plus l'amour de Dieu dépend de Dieu même ; car c'est pour lui-même et non pour d'autres que Dieu doit être aimé par dessus tout. L'amour du prochain, au contraire, a sa source dans l'amour de Dieu et doit se modeler sur lui comme sur son vrai régulateur. En effet, chérir nos parents, obéir à nos maîtres, respecter nos supérieurs, tout cela est à faire parce que Dieu les a créés, parce qu'il a voulu les élever au dessus de nous, et que, parleur entremise, il veille sur les autres hommes et les gouverne. Et puisque c'est Dieu qui nous commande d'honorer ces personnes, nous devons le faire par là même que Dieu les a jugées dignes de cet honneur. D'où il suit que l'honneur rendu aux parents semble s'adresser plutôt à Dieu qu'aux hommes. C'est ce que l'on voit dans saint Matthieu, quand il s'agit du respect envers les supérieurs : « Celui qui vous reçoit, me reçoit (i) ; » et dans l'épître aux Ephésiens, quand il s'agit des serviteurs : « Serviteurs, obéissez à vos maîtres selon la chair avec respect et crainte et dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ, ne faisant pas seulement le service sous leurs yeux, comme pour plaire aux hommes, mais en serviteurs du Christ (2). ))
(( Joignez à cela que nul honneur, nulle piété, nul culte ne seront jamais assez dignes d'un Dieu pour qui notre amour doit s'accroître indéfiniment, et que, d'autre part, notre amour pour lui doit devenir de jour en jour plus ardent, puisque, par son ordre, nous devons l'aimer de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces. Au contraire, notre charité envers le prochain a ses limites, car le Seigneur nous ordonne de l'aimer comme nous-même. Celui donc qui dépasserait ces bornes au point d'aimer Dieu et le prochain également commettrait un grand crime. « Si quelqu'un vient à moi, dit le Seigneur, et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple (3). » C'est dans le même sens qu'il a été dit : a Laissez les morts ensevelir les morts (4), »
I. Matth,t X, 4o. — a. £'p/i., vi, 5-6. — 3. Luc, xiv, a6. — 4. Luc, IX, 60.