‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 175 sur 312 · I. Cal, Rom., toc. cit., n · texte numérisé non relu

I. Cal, Rom., toc. cit., n

3 go LE CATECHISME ROMAIN

été menée au grand détriment de l'éducation morale et de l'instruction religieuse des enfants. En France, particulièrement, la loi de 1882 a décrété que l'école serait neutre, sans aucune attache à une confession quelconque, sans aucun enseignement religieux. C'est ce que Ton a qualifié de loi de progrès, de loi de liberté, alors qu'elle n'est au fond qu'une loi de recul et d'oppression. L'homme et la société, disaiton, se suffisent ; ils sont les maîtres et les artisans exclusifs de leur destinée ; l'Etat n'a à assurer que leur développement naturel, en excluant toute ingérence religieuse ou confessionnelle, comme s'il n'existait pas de religion positive, comme si l'Etat n'avait aucun devoir envers Dieu. Conception monstrueuse, étayée sur un faux principe et devant aboutir, tant au point de vue religieux qu'au point de vue social, à de désastreuses conséquences. Ces conséquences, faciles à prévoir pour tout esprit clairvoyant, n'ont pas tardé à se faire sentir et à montrer expérimentalement ce que la loi dite de neutraUté scolaire avait d'injuste et d'immoral sous son titre équivoque et hypocrite. Aussi bien était-ce le but poursuivi secrètement par les sectes. Léon XIII ne s'y était pas trompé. Dès la première heure, et puis, chaque fois que l'occasion lui en a été offerte, il n'a cessé de dénoncer une loi au titre mensonger, de condamner le principe erroné sur lequel elle repose, d'en faire prévoir le redoutable contrecoup sur la société elle-même comme sur l'Eglise, et d'insister sur les devoirs qui s'imposent plus que jamais à la conscience des parents chrétiens. Recueillons son précieux enseignement.

2. Léon XIIl a dénoncé V école neutre. « En ce qui regarde la famille, dit-il (i), il importe souverainement que

i. Encyclique A^o6i7issi/na Ga//or«m ^ens, du 18 février 1884.

l'école neutre condamnée Sgi

les enfants nés de parents chrétiens soient, de bonne heure, instruits des préceptes de la foi et que l'instruction religieuse s'unisse à l'éducation, par laquelle on a coutume de préparer l'homme et de le former dès le premier âge. Séparer l'une de l'autre, c'est vouloir en réalité que, lorsqu'il s'agit des devoirs envers Dieu, l'enfance reste neutre : système mensonger, système par dessus tout désastreux, dans un âge aussi tendre, puisqu'il ouvre, dans les âmes, la porte à l'athéisme et la ferme à la religion. Il faut absolument que les pères et les mères dignes de ce nom veillent à ce que leurs enfants, parvenus à l'âge d'apprendre, reçoivent l'enseignement religieux et ne rencontrent dans l'école rien qui blesse la foi ou la pureté des mœurs. Cette sollicitude pour l'éducation de leurs enfants, c'est la loi divine, de concert avec la loi naturelle, qui l'impose aux parents ; et rien ne saurait les en dispenser. L'Eglise a toujours condamné ouvertement les écoles mixtes ou neutres, et a maintes fois averti les pères de famille afin que, sur ce point si important, ils demeurassent toujours vigilants, toujours sur leurs gardes. »

3. Devoir des parents d'assurer l'instruction religieuse à leurs enfants. « Que les parents considèrent quels grands et saints devoirs ils partagent avec Dieu à l'égard de leurs enfants ; qu'ils doivent les élever dans la connaissance de la religion, dans la pratique des bonnes mœurs, dans le service de Dieu ; qu'ils se rendent coupables en exposant de jeunes êtres naïfs et sans défense au danger de maîtres suspects. Dans ces devoirs qui dérivent de la procréation même des enfants, que les parents sachent qu'il y a, de par la nature et la justice, autant de droits, et que ces droits sont de telle nature qu'on n'en peut rien délaisser soi-même, ni rien en abandonner à quelque puissance que ce soit, attendu qu'il n'est pas permis à l'homme de délier une obligation dont l'homme est tenu envers Dieu. Que les parents considèrent donc qu'ils ont une grande charge de protection envers leurs enfants, mais bien plus grande encore à l'égard de cet^ vie supérieure et plus excellente des âmes à laquelle ils doivent les former ; et lorsqu'ils ne peuvent pas la remplir eux-mêmes, il est de

leur devoir de donner à leurs enfants des auxiliaires étrangers, en sorte que ceux-ci reçoivent et recueillent de maîtres autorisés l'enseignement religieux nécessaire (i). »

k' Importance de cette instruction au point de vue social. « Obéir ici à l'Eglise, c'est faire œuvre d'intérêt social et pourvoir grandement au salut commun. En effet, ceux dont la première éducation n'a pas ressenti l'influence de la religion grandissent sans avoir aucune notion des plus hautes vérités, de celles qui peuvent seules entretenir dans l'homme l'amour de la vertu et l'aider à dominer ses passions mauvaises. Telles sont les notions qui affirment un Dieu créateur, juge et vengeur, les récompenses et les châtiments de la vie future, le secours céleste que Jésus-Christ nous offre pour l'accomplissement consciencieux et saint de tous nos devoirs. Sans cet enseignement, toute culture des intelligences restera une culture malsaine. Des jeunes gens auxquels on n'aura point inspiré la crainte de Dieu, ne pourront supporter aucune des règles desquelles dépend l'honnêteté de la vie; ne sachant rien refuser à leurs passions, ils se laisseront facilement entraîner à jeter le trouble dans l'Etat (2). »

« On ne peut faire que l'éducation chrétienne de la jeunesse importe grandement au bien de la société ellemême. Il est assez manifeste que d'innombrables et graves dangers menacent un Etat où l'enseignement et le système d'études sont constitués en dehors de la religion et, ce qui est pire encore, contre elle. Car dès qu'on met de côté ou qu'on méprise ce souverain et divin magistère qui apprend à révérer Dieu et, sur son fondement, à tenir tous les enseignements de l'autorité de Dieu dans une foi absolue, la science humaine s'abîme, par une pente naturelle, dans les plus pernicieuses erreurs, celles du naturalisme et du rationalisme. Et comme conséquences, le jugement et l'appréciation des idées et, par cela même, naturellement, des actes, étant remis à chaque homme,

I. Encyclique Officio sanetissimo, du 22 décembre 1887, aux évêques de Bavière. — 3. Encyclique ISobilissima Gallorum gens.

FUIR l'École neutre SgS

l'autorité publique des gouvernants s'en trouve affaiblie et débilitée. Car il serait extraordinaire que ceux qui ont été pénétrés de cette opinion, la plus perverse de toutes, qu'ils ne sont assujettis d'aucune manière au gouvernement et à la conduite de Dieu, reconnussent quelque autorité humaine et s'y soumissent. Or, les fondements sur lesquels repose toute autorité étant ébranlés, la société civile se dissout et s'évanouit ; il n'y a plus d'Etat et il ne reste partout que la domination de la force et du crime. Mais la société peut-elle, à l'aide de ses propres forces seulement, conjurer une si funeste catastrophe ? Le peut-elle en refusant le secours de l'Eglise? Le peut-elle surtout en combattant l'Eglise ? La réponse est claire et obvie pour tout esprit sage (i). »

5. Donc, fuir r école neutre. Telle est la. conclusion de ce qui précède ; et tel est l'impérieux devoir des parents sur lequel a insisté à plusieurs reprises le pape Léon XIII. 11 écrivait aux évêques polonais : (( Que les parents veillent à la préservation et au bien-être de leurs enfants, surtout à leur éducation ; qu'ils leur donnent par leur propre conduite un exemple meilleur et plus efficace que tout autre. Ils ne doivent pas croire, en effet, qu'ils pourront pourvoir à une bonne et honnête éducation de leurs enfants, ainsi qu'il est nécessaire, sans une très urande vigilance. Non seulement il faut fuir les ■coles et les collèges où, à l'enseignement, on mêle le parti pris l'erreur au sujet de la religion, ori lomine l'impiété, mais aussi ceux dans lesquels on l'enseigne pas la doctrine et la morale chrétiennes, 'écartées comme si c'étaient des objets inutiles (2). »

Trois ans plus tard, il écrivait aux évêques canaliens : « Il ne saurait être permis à nos enfants d'aller lemanderle bienfait de l'instruction à des écoles qui

I. Encyclique Officio sanctissimo, — 3. Encyclique aux évê- (ues polonais, 19 mars 1894.

Bg/l LE CATÉCHISME ROMAIN

ignorent la religion ou qui la combattent positivement, à des écoles où sa doctrine est méprisée et ses principes fondamentaux répudiés. Que si l'Eglise Ta permis quelque part, ce n'a été qu'avec peine, à son corps défendant, et en entourant les enfants de multiples sauvegardes qui, trop souvent d'ailleurs, sont reconnues insuffisantes pour parer au danger. Pareillement, il faut fuir à tout prix, comme très funestes, les écoles où toutes les croyances sont accueillies indifféremment et traitées de pair, comme si, pour ce qui regarde Dieu et les choses divines, il importait peu d'avoir ou non de saines doctrines, d'adopter la vérité ou l'erreur (i). »

Précédemment, dans son encyclique sur les devoirs civiques des chrétiens, le même Léon XIÏl avait rappelé le principe fondamental d'une telle conduite. « La famille, disait-il, est le berceau de la société civile, et c'est en grande partie dans l'enceinte du foyer domestique que se prépare la destinée des Etats. Aussi tous ceux qui veulent en finir avec les institutions chrétiennes s'efforcent-ils de s'attaquer aux racines mêmes de la famille et de la corrompre prématurément dans ses plus tendres

î. Encyclique Affari voSy 8 décembre 1897, aux cvêques canadiens. Dans cette même Encyclique le pape disait : ft La justice et la raison exig^cnt que nos élèves trouvent dans les écoles non seulement l'instruction scientifique, mais encore des connaissances morales en harmonie avec les principes de leur religion, connaissances sans lesquelles, loin d être fructueuse, aucune éducation ne saurait être qu'absolument funeste. De là la nécessité d'avoir des maîtres catholiques, des livres de lecture et d'enseignement approuvés par les évêques, et d'avoir la liberté d'organiser l'école de façon que renseignement y soit en plein accord avec la foi catholique, ainsi qu'avec les devoirs qui en découlent. Au reste, de voir dans quellf institution seront élevés les enfants, quels maîtres seront appelés à leur donner des préceptes de morale, c'est un droit inhérent à la puissance paternelle. )>

CRÉER ET ENTRETENIR DES ÉCOLES LIBRES SqS

rejetons. Ils ne se laissent pas détourner de cet attentat par la pensée qu'une telle entreprise ne saurait s'accomplir sans infliger aux parents le plus cruel outrage, car c'est à eux qu'il appartient, en vertu du droit naturel, d'élever ceux auxquels ils ont donné le jour, avec l'obligation d'adapter l'éducacation et la formation de leurs enfants à la fin pour laquelle Dieu leur a donné de leur transmettre le don de la vie. C'est donc une étroite obligation pour les parents d'employer leurs soins et de ne négliger aucun effort pour repousser énergiquement toutes les injustes violences qu'on veut leur faire en cette matière, et pour réussir à garder exclusivement l'autorité sur l'éducation de leurs enfants. Ils doivent, d'ailleurs, pénétrer celle-ci des principes de la morale chrétienne et s'opposer absolument à ce que leurs enfants fréquentent les écoles où ils sont exposés à boire le poison de l'impiété. Quand il s'agit de la bonne éducation de la jeunesse, on n'a jamais le droit de fixer des limites à la peine ou au labeur qui en résultent, si grands qu'ils puissent être (i). »

6. Donc, créer et entretenir des écoles libres. La dernière conséquence à tirer de la situation faite aux catholiques, dans divers Etats, par la législation scolaire, c'était, pour assurer aux enfants le bénéfice de l'instruction religieuse, de créer et d'entretenir des écoles libres. On comprit l'importance d'un tel devoir et, malgré les sacrifices matériels qu'il devait imposer, on n'hésita pas à le remplir. Léon XIII approuva hautement une telle conduite et exprima le désir de la voir se généraliser.

« Il n'est pas rare, écrivait-il, ce magnifique exemple de piété et de munificence donné dans les endroits où il n'y avait que des écoles neutres par des catholiques qui ont

>. Encyclique Sapieniiœ cfiristianx, lo janvier 1890,

ouvert des écoles à eux, au prix de grands efforts et à grands frais, et qui les entretiennent avec une grande constance. Certes, il est grandement à désirer que ces excellents et sûrs asiles de la jeunesse soient établis en plus grand nombre possible là où il y en a besoin, selon les nécessités et les ressources locales (i). »

L'école libre, dans certains Etats, est la seule ressource qui permette aux parents d'assurer à leurs enfants les bienfaits d'une instruction religieuse absolument indispensable. Ils lui doivent donc leurs préférences, leur concours, leurs sacrifices, en vertu de leur droit inaliénable et de leur devoir imprescriptible de transmettre avec la vie la foi dont ils vivent et dans laquelle ils entendent mourir (2).

2. Encyclique Officio sanctissimo. Le pape avait déjà dit dans Tencyclique Sapientiœ : « Ces catholiques de toutes nations qui, en dépensant beaucoup d'argent et plus encore de zèle, ont créé des écoles pour l'éducation des enfants, sont dignes d'être proposés à l'admiration de tous. »

Les catholiques français qui luttent si généreusement en faveur des écoles libres sont donc dans- la bonne voie. Ils ont le droit strict, au titre de contribuables et de citoyens, de se voir garantir par l'Etat la liberté d'élever leurs enfants dans les principes et la pratique de leur religion. L'Etat manquant à ses devoirs, ils ont le droit, coûte que coûte, d'avoir leurs écoles ; et si une légalité tyrannique osait leur en refuser l'exercice, ils n'auraient qu'à passer outre, en dépit de toutes les menaces et de toutes les pénalités. Les événements, en France, n'ont que trop justifié les appréhensions de LéonXllI. D'une part, les ennemis de TEglise ont fini par jeter le masque et ont cyniquement avoué l'objet de leur campagne, qui n'était pas seulement l'école neutre, sans morale, sans religion et sans Dieu, mais encore l'école contre la religion et contre Dieu. D'autre part, les générations d'adolescents, formées aux principes nouveaux, sont un scandale par la dépravation de leurs mœurs et un danger pour la sécurité publique par le nombre, la précocité et l'audace de leurs crimes. Cf. Goyau, L'école d'aujourd'hui, Paris, 1906. — 2. Il y a lieu de dissiper le sophisme lancé au xvin* siècle et qui est devenu le mot d'ordre d*un parti. Le droit de l'enfant

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