L ETABLISSEMENT DES ENFANTS
III. L'établissement des enfants. — i. Le choix d'un état. Après avoir donné à leurs enfants, comme il convient, la triple culture physique, intellectuelle et morale, les parents doivent encore pourvoir à leur avenir et les guider dans le choix d'un état. D'ordinaire, ce n'est pas l'ambition qui manque aux parents en faveur de leurs enfants, c'est la discrétion et la sagesse : ils les veulent plus haut placés qu'eux mêmes et ne réussissent trop souvent, faute de mesure, qu'à en faire des déclassés, ce qui est un grave inconvénient. « S'agit-il de la profession à choisir? Certes, il y a lieu détenir compte des attraits et des aptitudes que l'enfant révèle. Si l'attrait est impérieux, l'aptitude rare, ce serait une tyrannie de les combattre ; il sera permis néanmoins au père de les éprouver. L'épreuve subie, il s'inclinera devant cette manifestation de la Providence et sacrifiera s'il le faut, les espérances les plus humbles, mais pour lui-même plus douces, qu'il avait fon-
qui monte dans la vie, ce n'est pas, dit-on, d'apprendre la
religion, mais de Tignorer, pour se décider plus tard dans le
choix d'une religion, à moins qu'il n'en préfère aucune ; car,
on ne doit pas empiéter sur sa liberté. Théorie absurde, car,
si elle était strictement appliquée, toute intervention auprès
de l'enfant, de quelque nature qu'on la suppose, serait un
empiétement sur sa liberté; toute éducation, quelque rudi-
mentaire qu'elle fût, serait une main-mise sur son âme. Et,
Idans ces conditions, il n'y aurait qu'à laisser grandir Tenfant
à son gré, comme une plante ou comme un animal, sans la
moindre culture ; le résultat en serait monstrueux. Car l'ani-
jmal naît parfait : il est tout de suite et par le seul développe-
jment de sa propre nature tout ce qu'il doit être ; l'enfant, au
contraire, naît perfectible : il a besoin de recevoir tout ce qui
loit faire de lui un homme. La foi est comme la raison, comble la conscience, une part inaliénable de l'àme, et même la
)art la plus belle ; les parents ont le droit et le devoir de la [communiquer, comme la raison qu'elle couronne, comme la mscience qu'elle soutient, comme le plus riche fleuron du
)atrimoine domestique .
SgS LE CATECHISME ROMAIN
dées sur l'avenir de son enfant. Mais ces appels irrésistibles du talent et du génie se font rarement entendre. Le plus souvent l'adolescent a besoin d'être guidé dans son choix ; et c'est ici que la sagesse des parents doit intervenir, tantôt pour exciter une noble émulation, tantôt pour modérer des ambitions téméraires. Celui à qui la vie apparaît souriante, protégée par 1 aisance ou embellie par la richesse, apprendra d'un père chrétien à se créer des devoirs; celui dont la condition est obscure et laborieuse, apprendra à l'ennoblir par ses vertus au lieu de la maudire (i). »
Il n'est nullement interdit d'aspirer à des situations meilleures, mais encore doit-on y mettre une prudente réserve. Ce n'est que progressivement, étapes par étapes, qu'il convient de s'élever dans la hiérarchie sociale. Toute élévation prématurée offre plus de dangers que d'avantages; un jour ou l'autre, le défaut de transition nécessaire se fait cruellement sentir. On n'escalade pas les degrés, on les monte un par un, sous peine de n'être pas à sa place. Rien ne remplace une sage adaptation, fruit de l'accoutumance et de la tradition.
2. Le mariage. « La morale chrétienne a tracé avec précision les limites de la puissance paternelle en matière de mariage. Fidèle gardienne de cette doctrine qui fait naître le lien conjugal d'un vouloir libre, personnel et réciproque, l'Eglise catholique n'a jamais souscrit aux prétentions des législateurs humains lorqu'ils ont fait du consentement des parents une condition de validité. L'opposition de ceux-ci, fût-elle raisonnable, devra céder enfin, après de justes remontrances, devant une volonté
I. D'Hulst, Conf. deN. D., Carême de 1894, Paris, 1906 p. ï3i.