AVANT-PROPOS
Sans préambule, après avoir exposé le dogme, les rédacteurs du Catéchisme Romain entrent dans l'explication du Décalogue. Ils n'avaient pas, en effet, à justifier la morale traditionnelle et chrétienne, car elle était universellement admise, et nul système de morale « scientifique » ou « indépendante » n'était formulé. Nous n'en sommes plus là de nos jours. Tel est le désarroi actuel des intelligences et le trouble des idées qu'il y a, en morale, comme dans le domaine de la foi, une crise dont on ne saurait méconnaître l'étendue et la gravité. Impossible de rignorer, mais il importe de la signaler, car, au point de vue apologétique, elle constitue, par ses multiples efiTorts et son insuccès radical, un argument des plus significatifs en faveur de la « vieille morale. »
En effet, les émancipés de la foi, rationalistes ou libres penseurs, les uns par haine du catholicisme ou même de toute idée religieuse, les autres par dédain pour la métaphysique et par engouement pour les méthodes positives, se sont engagés à donner une morale nouvelle, en la tirant exclusivement des données de l'expérience ; une morale telle que les principes s'imposent à la conscience
Viij LE CATECHISME ROMAIN
avec la même force que les théorèmes de géométrie s'imposent à l'esprit ; une morale « humaine, » bien supérieure à celle du christianime, que Nietszche qualifiait de « morale d'esclaves, » et beaucoup plus apte à placer l'homme dans sa plus haute dignité. Voilà le but poursuivi. L'ont-ils atteint ?
On connaît leur plan de campagne : arrêté dans le secret des loges, il s'est manifesté peu à peu, en France, par des mesures législatives d'une complète hypocrisie au début, d'une insolence cynique et brutale dans la suite. Et l'action universitaire s'est jointe à l'action parlementaire : des professeurs de faculté, des inspecteurs, des directeurs de l'enseignement secondaire, des recteurs et des pédagogues ont secondé, par la plume, le mouvement anti-catholique.
Point de christianisme d'abord, et c'est là le premier article du nouveau Credo laïque. Sans doute, à défaut d'une religion révélée et positive, quelquesuns avaient cru sage et indispensable de maintenir au moins la religion naturelle avec la morale correspondante qu'elle implique. Mais on a trouvé que c'était encore trop. En conséquence, faisant table rase, la plupart ont même repoussé toute métaphysique, parce que, prétendent-ils avec Kant, on ne peut rien fonder sur elle : elle est abstraite, vide, et partant stérilisante (i) ; on a déclaré lui en vouloir à cause des accointances qu'elle garde avec les tra-
t. Essai éittie philosophie de ta soliâarUêf Paris, 1902» j^. 100.