REFLEXIONS DE BOSSUET SUR LA COMEDIE
de l'abîme, qu'en sera-t-il de ceux qui se jettent sciemment dans le piège, et dont les yeux se repaissent de ces ; tableaux impurs ? N'en sortent-ils pas déjà coupables ; d'adultère ?. . . Ne me dites plus : « En quoi ces fréquen- I tations peuvent-elles me nuire ?» — Ces courses de che- I vaux, ces spectacles profanes (par suite et à plus forte \ raison le théâtre), sans égard aux autres périls, sont capa- ! bles de porter à notre âme le coup mortel. Quand des ! choses condamnées par la simple raison, qui non seulei ment ne produisent aucun bien spirituel, mais le ruinent ' au contraire, absorbent notre temps ; quand nous nous livrons à des frivoles altercations, à des discours inutiles ou même dangereux, sommes-nous excusables, avonsnous un moyen de nous justifier ? » S. Jean Chrysostome, In Genesim, hom. vi.
4. Réflexions de Bossuet. — Contre ceux qui prétendent que le théâtre ne leur fait rien. « Si l'on ne connaît de maux aux hommes que ceux qu'ils sentent et qu'ils confessent, on est trop mauvais médecin de leurs maladies. Dans les âmes, comme dans les corps, il yen a qu'on ne sent pas encore, parce qu'elles ne sont pas déclarées ; et d'autres qu'on ne sent plus, parce qu'elles ont tourné en habitude, ou bien qu'elles sont extrêmes, et tiennent déjà à quelque chose de la mort, où l'on ne sent rien. Lorsqu'on blâme les comédies comme dangereuses, les gens du monde disent tous les jours qu'ils ne sentent point ce danger. Poussez-les un peu plus avant, ils vous en diront autant des nudités (et aussi de la danse) ; et non seulement de celles des tableaux, mais encore de celles des personnes. Ils insultent aux prédicateurs qui en reprennent les femmes jusqu'à dire que les dévots se confessent eux-mêmes par là et trop faibles et trop sensibles. Pour eux, disent-ils, ils ne sentent rien, et je les en crois sur leur parole. Ils n'ont garde, tout gâtés (lu'ils sont, d'apercevoir qu'ils se gâtent, ni de sentir le poids de l'eau quand ils en ont par dessus la tête ; et pour parler aussi à ceux qui commencent, on ne sent le cours d'une rivière que lorsqu'on s'y oppose ; si on s'y I lisse entraîner, on ne sent rien, si ce n'est peut-être un
mouvement assez doux d'abord, où vous êtes porté sans peine ; et vous ne sentez bien le mal qu'il vous fait que tôt après quand vous aous noyez. N'en croyons donc pas les hommes sur leurs maux, ni sur leurs dangers, que leur corruption, que l'erreur de leur imagination blessée, que leur amour propre leur cachent. »
Sur renseignement des Pères. « Dites que les Pères ne blâment pas toutes ces choses, et tout cet amas de périls que les théâtres réunissent ; dites qu'ils n'y blâment pas même les choses honnêtes qui enveloppent le mal et lui servent d'introducteur ; dites que saint Augustin n'a pas déploré, dans les comédies, ce jeu des passions et l'expression contagieuse de nos maladies, et ces larmes que nous arrache l'image de nos passions si vivement réveillées, et toute cette illusion qu'il appelle une misérable folie. Parmi ces commotions, où consiste tout le plaisir delà comédie, qui peut élever son cœur à Dieu ? qui ose lui dire qu'il est là pour l'amour de lui, et pour lui plaire ? qui ne craint pas dans ces folles joies et dans ces folles douleurs, d'étouffer en soi l'esprit de prière, et d'interrompre cet exercice qui, selon la parole de Jésus- Christ, doit-être perpétuel dans un chrétien du moins en désir et dans la préparation du cœur ? On trouvera dans les Pères toutes ces raisons et beaucoup d'autres. Que si on veut pénétrer les principes de leur morale, quelle sévère condamnation n'y lira-t-on pas de l'esprit qui mène aux spectacles, où, pour ne pas raconter ici tous les autres maux qui les accompagnent, l'on ne cherche qu'à s'étourdir et à s'oublier soi-même pour calmer la persécution de cet inexorable ennui, qui fait le fond de la vie humaine depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu ? » Bossuet, Maximes et réflexions sur la comédie^ 8, 12 ; OEuvres, Paris, i836, t. xi, p. 162, i63.
Leçon XVr
Septième Commandement
I. Ce qui est interdit : le vol. — IL Ce qui est prescrit : la réparation de l'injustice. — III. De l'aumône. — IV. Fausses excuses contre le vol.
LE Décalogue n'oblige pas seulement à respecter la personne d'autrui, mais encore ses biens matériels, sa propriété légitime (i) ; car, ainsi que le dit le Catéchisme Romain (2), « non content d'avoir placé notre vie, notre personne, notre honneur et notre considération sous la protection de ces deux préceptes : u Ta ne laeras point ; ta ne commettras point d'adallère, » comme sous une double égide, Dieu vient encore par ce nouveau commandement : « Ta ne déroberas point (3), » défendre et protéger nos biens extérieurs et nos richesses. » Dieu défend, en effet, par là de prendre ou de retenir injustement le bien d'autrui et de causer un dommage quelconque au prochain. Or, il est bien des manières de prendre injustement le bien d'au-
I. BIBLIOGRAPHIE : Voir les ouvrages déjà signalés en tête des leçons iv et suivantes; S. Thomas, Sam. tlieol., 11* 11^ , Q. Lvii-Lxiii, Lxvi, Lxxvn-Lxxix ; D*Hulst, Conf. de N. D., Carême de 1896. — 2. Cat. Rom.f P. 111, Sept, prœcept, Pecalogi, n. 4. — 3. Exod., XX, i5.
trui, soit en secret, par adresse ou tromperie, soit ouvertement et par force, soit encore par l'usure ou de mauvais procès ; et on le retient injustement, en ne payant pas ses dettes quand on le peut, en ne rendant pas un dépôt confié, ou en gardant une •chose trouvée sans chercher à qui elle appartient. D'autre part, on cause injustement un dommage au prochain, soit en lui occasionnant une perte, soit en Fempêchant de faire un gain légitime. Dès qu'il y a ainsi un préjudice causé, le droit naturel, la justice veut que l'on rétablisse l'équilibre injustement rompu, l'égalité lésée, autrement dit que l'on restitue ce que l'on a X3ris ou ce que l'on détient et que l'on indemnise le préjudice causé. De là deux parties : l'une, explicitement formulée, celle qui interdit le vol sous toutes ses formes ; l'autre, implicitement contenue dans la première, celle qui prescrit la restitution. Mais le Catéchisme Romain y ajoute avec raison les devoirs de la charité chrétienne envers les pauvres.