‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 257 sur 312 · OPINION DES PÈRES SUR LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

OPINION DES PÈRES SUR LES SPECTACLES

condamné le théâtre d'une manière plus absolue que Platon. Aristole, dont la morale est plus accommodante, avait cherché comme d'ordinaire un moyen terme entre le devoir et le plaisir. Tout en affirmant que le théâtre purge les passions en les excitant, il ne laisse pas d'en exclure la jeunesse ; et après avoir émis dans sa Poétique cette théorie, à tout le moins fort singulière sur l'effet moral des spectacles, il la réfute lui-même dans sa Politique en disant que « l'action suit de près le discours et qu'on se laisse aisément gagner aux choses dont on aime l'expression (i). «

« Chez les Romains, l'opinion publique et les lois étaient d'accord avec la philosophie pour flétrir la profession de comédien. Gicéron chargé de plaider en faveur d'un auteur célèbre, se vit obligé d'employer toute son éloquence pour écarter le préjugé qu'inspirait contre cet homme la turpitude d'un tel état. Il disait dans son lY' livre des Tusculanes : « Si nous n'approuvions pas des crimes, la comédie ne pourrait subsister. » Quelques siècles plus tard, nous entendons l'empereur Julien parler des spectacles avec le dernier mépris et défendre aux prêtres païens d'y assister. Quant aux lois romaines, elles déclaraient infâmes tous ceux qui montaient sur la scène (2). .Enfin, les poètes eux-mêmes couvraient d'opprobre le métier d'acteur et signalaient les effets pernicieux du théâtre. Ovide n'était certainement pas un casuiste bien sévère ; mais il trouve dans ses Tristes des accents aussi énergiques que ceux de Juvénal pour marquer l'influence désastreuse des spectacles païens sur les mœurs. » Mgr Freppel, Tertallien, 3® édit., Paris, 1887, t. I, p. 180-182.

3. Pensées de quelques Pères. — « Nul spectacle qui n'excite un ébranlement dans notre âme ; nulle volupté qui ne suppose un entraînement, qui ne soit accompagnée d'une exaltation contraire à la sagesse

I . Poétique^ vi, vni ; Politique, vni, iv. — 2. « Quisquis in scenam prodierit, ait praetor, infamis est. » Digeste, L. II, De his qui notaniur infamia.

chrétienne. S'il en est qui par leur dignité, leur âge ou leur tempérament, puissent assister à de semblables représentations avec une certaine retenue, avec une modération apparente, il n'en est pas qui soient capables d'y garder une complète impassibilité. On ne va pas à des réunions dont le plaisir est le mobile, sans y porter une réelle affection, sans y risquer sa conscience. Où l'affection n'est pas, le plaisir ne saurait être ; le risque même est un attrait de plus...

• (( L'impudicité ne nous est pas moins interdite que la fureur. C'est un autre mur de séparation entre nous et le théâtre, ce domaine privé, ce royaume absolu des passions charnelles, où rien n'est approuvé, si ce n'est ce qu'on réprouve ailleurs. L'ordure en fait la suprême beauté. Danses, mimiques, intrigues, acteurs et spectateurs, nudités et parures, concourent au même résultat. L*a présence des femmes y met le comble, en achevant leur dégradation... Est-il besoin d'insister pour amener cette rigoureuse conclusion : voilà les pompes du diable, auxquelles nous avons renoncé dans la réception du sacrement de la foi ? Nous ne devons désormais participer à ces pompes ni par nos actions, ni par nos discours, ni par notre intervention même. » ïertullien, De spectaculis.

« L'homme dont la maison est tombée sous les coups des fleuves et des vents, parce qu'elle était bâtie sur le sable, je l'estime moins malheureux que les chrétiens attirés par l'hippodrome. Que nul ne vienne me répéter pour excuser cette diabolique passion : « Quel mal trouvez-vous à voir courir des chevaux ?» — Si vous voulez examiner de près ce qui se passe dans ces spectacles, vous y découvrirez partout l'action funeste du démon. Il ne s'agit pas seulement de chevaux qui courent ; on entend là de furieuses clameurs, d'insolents blasphèmes, toute sorte de propos insensés. Les courtisanes s'y montrent sans honte aux regards du public; de jeunes efféminés y rivalisent avec elles. Ne voyez-vous donc en cela nulle gravité, nul danger d'esclavage pour vos âmes ? Si des réunions fortuites sont en bien des cas une occasion (Je chute pour les imprudents et les out précipités au fond

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