‹ Le Catéchisme romain, ou, L'Enseignement de la doctrine chrétienneChapitre 260 sur 312 · LE VOL · texte numérisé non relu

LE VOL

du bien qu'elle enlève, elle fait encore violence et implique un plus grand outrage.

« Il ne faut pourtant pas s'étonner de voir la loi formuler sa défense sous le terme adouci de vol plutôt que sous celui de rapine, car ce n'est pas sans motif. Le vol, en etîet, s'étend beaucoup plus loin et s'applique à plus de choses que la rapine, car celle-ci ne peut se pratiquer que par ceux qui l'emportent en puissance et en force. Du reste, tout le monde comprend que là où les péchés plus légers sont défendus, les péchés les plus graves du même genre le sont aussi (i). »

2 . Différents noms quon donne au vol. « La possession et l'usage injuste du bien d'autrui reçoivent divers noms selon la différence des choses qu'on enlève à leurs propriétaires malgré eux et à leur insu. Si l'on prend quelque chose à un particulier, c'est un vol ; si on prend le bien public, c'est un péculat. Réduire en servitude une personne libre ou s'approprier l'esclave d'autrui, c'est un plagiat. Dérober une chose sacrée, c'est un sacrilège, Tune des plus odieuses et des plus criminelles violations de ce précepte, mais tellement passée dans les mœurs que des biens, consacrés par la sagesse et la piété au culte religieux, à l'entretien des ministres de l'Eglise et au soulagement des pauvres, sont souvent convertis en aliment de la cupidité et de# plaisirs coupables des particuliers (2). »

IL Gravité de ce précepte. — Elle se tire de la

I. Cat. Rom.f loc, cit., n. 7-9. — 2. Cal. Rom., toc, cil,, n. 10. Ce ne sont pas toujours de simples particuliers qui se rendent coupables de ces vols sacrilèges, ce sont parfois des gouvernements, comme on Ta vu en France lors de la Révolution et tout dernièrement quand la République Française, après le vote de la loi de séparation, a fait voter la loi d'altribution des biens pris à l'Eglise pour les donner aux départements, aux communes ou aux bureaux de bienfaisance. Pour légal qu'on prétende le procédé, il n'en est pas moins la violation du septième commandement, que rien ne saurait justifier et que le pape Pie X a eu raison de flétrir et de condamner.

5 go LE CATÉCHISME ROMAIN

nature des droits qu'il viole et des conséquences qu'il entraîne.

1. Rien de plus opposé à la justice que le vol. Il viole, en effet, le droit de propriété; « La lumière naturelle de la raison suffît pour montrer la gravité du vol ; c'est un péché entièrement opposé à la justice, qui rend à chacun ce qni lui appartient. En effet, la distribution et le partage des biens, établis dès l'origine sur le droit des gens, confirmés par les lois divines et humaines, doivent être tellement sacrés qu'il faut que, sous peine de détruire la société, chacun puisse conserver ce qui lui est échu justement (i). Aussi, comme le dit l'Apôtre, « ni les voleurs..., ni les rapaces ne posséderont le royaume de Dieu (2). »

2. Conséquences qu'entraîne le vol. « La gravité et la malice de ce péché se révèlent encore par les conséquences qu'il entraîne après lui . De là, en efîet, tant de jugements indiscrets et téméraires sur une foule de personnes, des haines éclatantes, des inimitiés, et parfois même des condamnations très dures de personnes innocentes. Et que dire de la nécessité où Dieu met tous les hommes de satisfaire à celui qu'ils ont volé. « Point de rémission du péché, dit saint Augustin (3), sans restitution de l'objet enlevé. » La restitution, po#r les personnes habituées à s'enricliir aux dépens du prochain, présente les plus grandes difficultés, comme on peut en juger déjà par la conduite des autres et d'après son propre sens, et comme rétablit ce témoignage d'Iïabacuc : a Malheur à qui amasse ce qui n est pas à lui ! Jusqu'à quand ? A celui qui met sur soi un fardeau de gages (4) ! » Il appelle la possession du bien d'autrui un fardeau de gages (ou une boue épaisse), à cause de la difficulté qu'il y a d'en sortir et de s'en débarrasser (5). »

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