PUISSANCES INTÉRIEURES DU PECHE
bunt civitatem. Qui dira l'intensité de ce besoin maladif qui nous presse, la fureur avec laquelle nous sommes portés à nous jeter sur tous les spectacles que, victimes du mirage et de l'illusion, nous jugeons capables de remplir nos yeux, notre imagination, la curiosité avec laquelle nous cherchons les visions susceptibles de combler le vide de notre esprit, les harmonies à même de griser nos oreilles ? Qui dira le génie avec lequel nous nous efforçons de verser dans nos coupes et dans nos aliments les flammes et les délices, de trouver dans nos amours la vivacité des joies et l'extase des émotions, l'obstination qui nous pousse à courir après la fortune, à l'obliger, bon gré mal gré, à nous ouvrir ses portes, l'avidité qui nous entraîne à nous promouvoir aux honneurs, aux dignités, au pouvoir? Qui dira l'âprelé qui nous entraîne à renverser sans pitié les lois, les barrières qui s'opposent à la réalisation de nos vœux, la colère que nous éprouvons vis-à-vis de quiconque tente de nous arrêter dans notre délire ? Voilà les sentiments qui sont en germe en chacun de nous et qui, sous mille formes diverses, éclatent à la première occasion, en outrageant la sagesse, la justice, la fraternité, la religion.
(( Que deviendrons-nous, si une puissance ferme ne vient nous retenir sur la pente de nos passions, si une clarté ne vient éclairer nos ténèbres, si une volonté ne vient mettre un frein à nos convoitises ? Mais, hélas ! notre raison, elle aussi, a été atteinte. Déjà, dans l'ordre spéculatif, elle hésite, elle chancelle, elle s'égare ; dans l'ordre pratique, le moindre objet qui brille l'éblouit, la moindre tempête la déroute, la moindre imagination l'abuse. Elle change, elle se trompe, elle se contredit, et, au lieu de nous guider dans la droiture, elle se laisse séduire et met son ampleur au service du mal.
« La volonté reste qui, par essence, est une faculté du bien, la volonté dont l'objet est le bien universel et qui devrait, par son poids, maintenir l'équilibre et dominer le mouvement de la vie. Mais la volonté a été mutilée comme le reste, la fièvre qui règne dans les régions inférieures envahit son domaine, la complaisance pour Tini-
quité, la gagne, aiguillonnée par les appétits, elle contracte une alliance avec eux, devient leur complice ; elle entre dans la barque du crime, elle soufïle dans les voiles et, sous son impulsion, le misérable esquif conduit aux naufrages l'ameetla conscience.» Janvier. Conf. deN.-D., Carême de 1907, vi^ Conf.